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Export : Quel avenir pour DCNS ?

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Export : Quel avenir pour DCNS ?

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La commande d'une frégate multi-missions par le Maroc a donc été confirmée le 18 avril, lors d'une visite de François Fillon à Rabat. D'un coût estimé à 470 millions, ce navire sera réalisé à Lorient par DCNS, sur le modèle des FREMM (version anti-sous-marine) développées pour la marine française. D'une longueur de 137 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes en charge, le navire sera équipé de missiles antiaériens Aster, de missiles antinavire Exocet MM40, de torpilles MU90 et d'un canon de 76mm. Il pourra en outre embarquer un hélicoptère. « Cette acquisition représente notre premier succès à l'exportation pour ce programme. Ceci nous ouvre de nouvelles perspectives commerciales pour ce type de bâtiments sur un marché mondial de renouvellement et de modernisation de nombreuses marines. Plusieurs marines ont exprimé leur intérêt pour cette frégate de nouvelle génération. Ainsi, la coopération entre la France et le Royaume du Maroc constitue un facteur de développement en direction de nouveaux pays, notamment en Méditerranée et au Proche et Moyen Orient », souligne Bernard Planchais, Directeur Général Délégué de DCNS.

Après les Sawari II, DCNS espère vendre d'autres frégates en Arabie Saoudite (© : DCNS)
Après les Sawari II, DCNS espère vendre d'autres frégates en Arabie Saoudite (© : DCNS)

Après une année blanche, en 2007, en matière de gros contrats à l'export, le groupe français espère donc que la commande marocaine sera suivie d'autres bonnes nouvelles. Les « contrats décrochés aujourd'hui préparant l'avenir », pour reprendre les paroles de Jean-Marie Poimboeuf, président de DCNS, il est impératif pour l'industriel de renforcer ses positions à l'étranger. Après l'achèvement du programme saoudien Sawari II en 2005 (si l'on excepte les réparations toujours inachevées de la frégate Makkah, endommagée en décembre 2004), il ne restera plus à DCNS, à compter de 2009, que les sous-marins Scorpène indiens comme gros contrat à l'export. Les Scorpène malaisiens seront alors livrés, tout comme les dernières frégates pour Singapour (programme Delta). Le Français fonde de sérieux espoirs dans la FREMM, qu'il espère bien vendre en d'ici 2009, dans une version antiaérienne, à la Grèce. Equipée d'une cinquantaine de missiles (Aster30, Mica VL, Scalp Naval et Exocet MM40), ce marché de 2 à 3 milliards d'euros porterait sur six navires, à réaliser localement. Pour se faire, un accord de coopération a été signé avec le chantier grec Elefsis, situé près d'Athènes. Une opportunité existe également en Arabie Saoudite où DCNS propose sa nouvelle frégate. Après de longues années de discussion et le refus de Ryad d'acheter des avions de combat Rafale, le dossier de l'industriel français pourrait avancer, d'autant qu'un marin (l'amiral Oudot de Dainville, ex-patron de la flotte française), a pris les commandes de la Sofresa. Outre des frégates, les Saoudiens envisageraient de plus, selon certaines sources, de se doter de sous-marins. Ryad ne serait en revanche plus, mais celà reste à vérifier, intéressée par une version rapide de la corvette Gowind (la Fastwind), imaginée par DCNS pour concurencer le Littoral Combat Ship (LCS) américain. Le Français espère néanmoins placer son premier contrat de Gowind en Bulgarie, où une lettre d'intention a été signée fin 2007. Quatre corvettes sont en jeu, ainsi que deux autres, éventuellement, pour la Géorgie.

La corvette Gowind (© : DCNS)
La corvette Gowind (© : DCNS)

En dehors de l'Arabie Saoudire, DCNS prospecte au Moyen et Proche-Orient différents Etats, désireux de développer leurs forces navales pour faire face à la montée en puissance des problématiques maritimes et d'une éventuelle « menace » iraniennes. Les Emirats Arabes Unis regarderaient de près la possibilité d'acheter des sous-marins. Pour ces pays n'ayant jamais eu ce type de navires, DCNS se positionne avec le SMX-23 Andrasta, petit sous-marin côtier robuste et simple d'utilisation.
En Méditerranée, outre la Grèce et après le Maroc, la France s'intéresse de près à la modernisation de la marine algérienne. La FREMM étant trop grosse pour ce marché et la corvette Gowind trop petite, DCNS présente une nouvelle famille de frégates de 4000 tonnes en moyenne, la FM400, ce qui lui permet au passage de compléter sa gamme de produits avec un navire polyvalent prenant la relève des La Fayette.
La Turquie souhaite toujours, pour sa part, commander six nouveaux sous-marins avec une mise en service de la première unité à l'horizon 2015. Dans ce cadre, DCNS est en compétition contre l'Allemand TKMS et son U214, ainsi qu'avec l'Espagnol Navantia et son S80. Toujours en matière de sous-marins, le Français reste en lice au Pakistan pour la vente de trois bâtiments. Selon certaines sources, Islamabad aurait officieusement choisi, à l'été 2007, le 214 allemand, mais les troubles civils et politiques ayant secoué le pays, depuis, auraient permis à DCNS de revenir dans la course.

Le SMX-23 Andrasta (© : DCNS)
Le SMX-23 Andrasta (© : DCNS)

DCNS propose différentes variantes du BPC, de 14.000 à 27.000 tonnes (© : DCNS)
DCNS propose différentes variantes du BPC, de 14.000 à 27.000 tonnes (© : DCNS)

Client historique des anciens arsenaux, perdu en raison de l'embargo décrété à la fin des années 70 pour répondre à l'Apartheid, l'Afrique du sud est, de son côté, intéressée pour acquérir des bâtiments de projection. Deux unités seraient en jeu, avec une construction au moins partiellement locale. DCNS propose la famille des bâtiments de projection et de commandement (BPC), adoptés par la Marine nationale. Le concurrent le plus sérieux de DCNS est assurément Navantia, dont le BPE (Buque de Proyeccion Estrategica) s'est imposé en juin 2007 face au BPC en Australie. L'industriel français peut, néanmoins, compter sur l'implantation locale de Thales. Son actionnaire industriel a récemment achevé, avec succès, l'installation et la mise au point du système de combat et des équipements électroniques des nouvelles frégates sud-africaines. Pour se faire, l'électronicien a largement coopéré avec des entreprises locales, développant nombre d'emplois dans un secteur de pointe.
De l'autre côté de l'Atlantique, c'est le Brésil qui semble aujourd'hui le client potentiel le plus « chaud ». Le pays souhaite, en effet, renouveler sa flotte sous-marine et DCNS serait bien placé, d'autant que le groupe pourrait aider les industriels locaux à réaliser les parties non atomiques du futur sous-marin nucléaire d'attaque brésilien. Il s'agit là d'un argument de poids face à l'offre de l'Allemand TKMS. DCNS peut aussi s'appuyer sur l'excellente image apportée en Amérique latine par les deux Scorpènes réalisés pour le Chili (2005 et 2006). Après avoir décroché la modernisation du système de combat des deux autres sous-marins chiliens (type 209 allemand construits en 1984), DCNS se positionne d'ores et déjà sur leur remplacement, qui interviendra au cours de la prochaine décennie. On notera d'ailleurs qu'il en sera de même pour tous les sous-marins d'origine allemande en service dans la région. Colombie, Argentine ou encore Equateur doivent songer à leur succession, à compter de 2015. Avec une présence accrue en Amérique du sud grâce au Scorpène chiliens et aux contrats de modernisation décrochés dans plusieurs pays (Chili, Venezuela, Equateur), le groupe français doit d'ores et déjà se positionner sur ces marchés de renouvellement, dont les contrats pourraient commencer à tomber dans les deux ou trois prochaines années.

Un Scorpène chilien (© : DCNS)
Un Scorpène chilien (© : DCNS)

Et puis il reste bien entendu la région océan Indien - Asie, en pleine croissance et présentant une source de croissance potentielle considérable. Après avoir vendu six Scorpène à l'Inde fin 2005, pour lesquels une construction en transfert de technologie a été retenue, il s'agit désormais de remporter le « Batch II », une nouvelle série de six sous-marins qui pourraient être dotés d'un système de propulsion en circuit fermé. Plus à l'Est, la Malaisie, un client avec lequel les relations sont apparemment excellentes, pourrait poursuivre sur sa lancée après la commande de deux premiers Scorpène. Outre une extension de cette flotte, l'acquisition d'un bâtiment de projection et ne serait pas à exclure, ce type de navire, grâce à ses capacités d'emport de matériel et d'hôpital flottant, pouvant être d'un grand intérêt dans la région.

La frégate singapourienne Intrepid (© : JEAN-LOUIS VENNE)
La frégate singapourienne Intrepid (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Enfin, Singapour, où DCNS a implanté sa première filiale étrangère en 2005. Suite à la réalisation des six frégates de la classe Formidable (dont 5 construites chez Singapore Technologies Marine), le groupe français souhaite mettre à profit cette coopération jugée très réussie. Il s'agit de se servir de Singapour comme tremplin vers le marché asiatique et, pourquoi pas, décrocher d'autres contrats singapouriens.
Les perspectives de ventes à l'export sont donc assez nombreuses mais DCNS reste confronté à une concurrence très rude de la part des Allemands et, dans une moindre mesure, des Russes et des Espagnols. Il convient également de noter que la plupart des projets portent sur des programmes à réaliser en transfert de technologie. Le groupe ne peut donc compter sur eux pour garnir la charge de travail de ses établissements français. Le marché domestique, qui représente aujourd'hui plus de 70% de l'activité de DCNS, reste donc essentiel. Car, si le développement du marché à l'export permettra sans nul doute d'améliorer les résultats de l'entreprise, ce sont bien les programmes français comme les FREMM et les Barracuda qui font travailler les sites français et les vastes bassins d'emplois qui en dépendent.

La FREMM française (© : DCNS)
La FREMM française (© : DCNS)

Le SNA Barracuda (© : DCNS)
Le SNA Barracuda (© : DCNS)

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