Energies Marines
F. Renelier (Bessé): «Les assureurs suivent attentivement les EMR»

Interview

F. Renelier (Bessé): «Les assureurs suivent attentivement les EMR»

Energies Marines

François Renelier est responsable de la cellule EMR au sein du cabinet de courtage Bessé, grand spécialiste de l’assurance de l’industrie, notamment maritime. Bessé accompagne de nombreux projets liés aux énergies marines renouvelables, comme les hydroliennes de Sabella ou d’EDF, ainsi que des industriels équipementiers comme Alstom, DCNS ou encore Areva. Comme courtier, et entouré d’une équipe d’ingénieurs spécialisés employés par la filiale Sofimar du groupe Bessé, il doit définir, avec ses clients, les modalités de couverture de ces tous nouveaux équipements et trouver les assurances capables d’assurer ces risques, qui n’ont, jusqu’ici, pas de précédent. C’est donc avec un regard d’expert qu’il détaille l’émergence de ce nouveau type d’assurance.

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MER ET MARINE : Comment le marché de l’assurance aborde-t-il cette nouvelle filière industrielle des énergies marines renouvelables, inconnue jusqu’à encore une dizaine d’années, et représentant des enjeux technologiques, industriels et financiers colossaux ?

FRANCOIS RENELIER : Ce n’est pas tous les jours, en effet, que l’on voit une toute nouvelle filière, une « masse assurable », émerger. Le seul parallèle moderne que l’on pourrait trouver serait celui de l’Oil&Gas dans les années 70. C’est donc certainement un marché que les assureurs regardent avec attention et sur lequel ils veulent se développer.

Mais c’est également un marché dans lequel le risque n’est pas bien connu et difficile à modéliser : la technologie est en cours de développement, les sites de production sont en mer et soumis à des phénomènes météos ou des accidents comme des collisions avec des navires, les opérations de manutentions, de pose ou de dépose impliquent des moyens nautiques imposants et donc des risques nombreux et divers… Alors, il faut trouver des solutions pour que ces opérations puissent être assurées sans que cela n’obère l’équilibre financier de ces projets. C’est notamment cela le rôle d’un courtier : élaborer une analyse des risques, définir ce qui est assurable, ce qui ne l’est pas, ce que l’entreprise peut prendre à son compte, le niveau de protection, le montant de la franchise. 

Et ensuite, de trouver sur le marché des assurances capables de couvrir seules, ou plus généralement à plusieurs, les risques que nous avons choisi de faire assurer. Une grande partie de notre rôle est justement de relativiser le manque d’antériorité de ces nouveaux marchés. Et ce notamment grâce à l’analyse techniques de nos ingénieurs « maison »,  qui permettent de valoriser des éléments connus auprès des assureurs ou encore à la présence d’un « marine warranty surveyor », un expert nommé par l’assurance pour suivre les travaux de construction et qui peut, s’il l’estime nécessaire, opposer un veto qui suspend la couverture d’assurance.

Mais, généralement,  il y a clairement une volonté, de la part des assurances, d’acquérir de la connaissance et d’apprendre cette nouvelle filière industrielle.

Qui sont les assurances qui interviennent sur ce marché ?

Il y a le traditionnel marché britannique, les assurances de Londres, qui travaillent déjà sur les champs de la mer du Nord ainsi que leurs filiales scandinaves, et notamment la danoise Codan. Il y a ensuite un marché continental, avec des assureurs suisses, allemands et français.

Il n’existe pas, encore, en France, de branche dédiée à ce marché. C’est une réflexion actuellement en cours au sein de Fédération Française des Sociétés d’Assurance et qui pourrait mener à un régime spécifique. Ce qui permettrait de fixer, dans la loi, une grille spécifique de taxe d’assurance, contributions catastrophe naturelle et terrorisme. Et donc de baisser le prix de l’assurance pour nos clients.

Est-ce cher d’assurer les nouvelles énergies marines ?

Le coût marginal de l’assurance est en effet fort, et il le restera potentiellement dans les prochaines années.  D’où l’importance de bien définir ce qu’il est raisonnable d’être assuré ou pas : la pose, la dépose, la réparation, la perte d’exploitation, la conception, les risques météo…

La ligne entre le risque industriel et la prime d’assurance va se définir en fonction de chaque porteur de projet.  On voit par exemple un mouvement de concentration des acteurs du milieu, au sein de grands groupes et ceux-ci ont une capacité d’auto-assurance qui est forte.

Comment cela se passe-t-il en France ?

En France, les futurs sites EMR sont financés en mode projet, ce qui signifie qu’ils sont décorrélés  des groupes industriels qui les portent. Ils doivent être rentables et assurables comme s’ils étaient seuls au monde. Et là encore, les profils sont très différents entre les gros consortiums et les entreprises qui doivent assurer leur démonstrateur, comme Sabella ou Ideol. Pour ces derniers, la taille du risque est plus petite mais l’enjeu est de protéger leur savoir-faire à une étape fondamentale puisque, si ça se passe mal à ce stade, c’est l’avenir de l’entreprise qui peut être compromis.

Un des éléments positifs en France est que l’on peut suivre la courbe de croissance des dossiers : prototype, fermes pilotes, industrialisation… ce qui donne le temps aux assureurs de mieux connaître la filière avec des risques qui, actuellement, sont encore d’une dimension raisonnable.

 

Propos recueillis par Caroline Britz

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