Science et Environnement
Fabien Boileau : « 10 ans après sa création, le parc marin d’Iroise est une réussite »

Interview

Fabien Boileau : « 10 ans après sa création, le parc marin d’Iroise est une réussite »

Science et Environnement

Le premier parc naturel marin français va fêter cette année ses 10 ans. Créé le 28 septembre 2007 en mer d’Iroise, à la pointe Bretagne, il est né de la volonté de protéger l’environnement maritime et d’améliorer sa connaissance, tout en permettant le développement d’activités économiques durables. La gestation de cette structure, administrée par un Conseil réunissant tous les acteurs concernés par ce milieu sensible, fut très longue, partisans et détracteurs s’opposant vivement pendant une quinzaine d’années. Puis, finalement, sa création a été décidée et, après 10 ans de retour d’expérience, l’initiative apparait comme une réussite et a fait des émules. Sept autres parcs marins ont en effet vu le jour, le dernier autour du cap Corse et de l'Agriate en juillet 2016. Celui de Mayotte, en 2010, est devenu le premier parc naturel marin Outre-mer et le golfe du Lion, créé fin 2011, le premier en Méditerranée. S’y sont ajoutés le parc des Glorieuses en février 2012, celui d'Arcachon en juin 2014, puis celui de l'estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, en avril 2015. Un autre devrait suivre, en Martinique.

Avec Fabien Boileau, son directeur délégué, nous faisons le bilan des 10 premières années du Parc naturel marin d’Iroise.

MER ET MARINE : Tout d’abord, pouvez-vous nous rappeler ce qu’est un Parc naturel marin et quelles sont ses missions ?

FABIEN BOILEAU : Le parc naturel marin est une aire marine protégée reposant sur trois piliers fondamentaux. D’abord, l’acquisition de connaissances, mais nous ne sommes pas un organisme de recherche fondamentale, nous le faisons dans un but de gestion. Ensuite, la protection de l’espace et, troisièmement, le développement d’activités économiques durables compatibles avec le principe de protection. L’un des principaux enjeux du parc est en effet de trouver un équilibre entre l’économie et la préservation de l’environnement.

Le décret de création du parc marin nous donne trois informations : son périmètre, la composition de son Conseil de gestion - et là on retrouve déjà cet équilibre entre protection et développement - ainsi que les orientations générales, qui se doivent d’être équilibrées.

L’avantage des parcs naturels marins sont multiples pour la protection de l’environnement et le développement économique. Comme nous faisons de l’acquisition de connaissances, les données sont publiques. Un porteur de projet a donc accès à différentes informations, par exemple sur les habitats ou les espèces. Il peut dès lors travailler en amont sur l’incidence de l’activité qu’il souhaite développer. Grâce aux études que nous menons, on sait notamment qu’il y a des endroits où il est plus facile de travailler que d’autres.

Un parc naturel marin n’est donc pas une réserve figée…

Absolument pas et c’est bien son objectif. Dans les décrets de création, il n’y a pas d’interdiction. La différence par rapport à des zones Natura 2000 par exemple est, qu’ici, nous partageons une connaissance avec tout le monde alors qu’en général, chaque porteur de projet réalise ses propres études et conserve les résultats.

Mais vous n’allez pas jusqu’à réaliser les études d’incidence…

Non. La règle actuellement est que le porteur de projet réalise son étude d’incidence. En revanche, nous facilitons les choses en mettant à disposition nos connaissances. Avec comme prérequis qu’il ne s’agit pas seulement de réaliser du développement économique mais qu’il doit se faire dans le cadre de la protection de l’environnement. Pour cela, nous avons un tableau de bord permettant le suivi du milieu, qu’il s’agisse d’habitats, d’espèces, de pêche... Toutes ces connaissances n’existent pas forcément en zones Natura 2000 ou, en tous cas, ne sont pas publiques.

Quels rapports entretenez-vous avec les professionnels de la mer ?

Qu’il s’agisse notamment d’activités touristiques ou de pêche, nous travaillons main dans la main, au quotidien, avec les professionnels ;