Construction Navale
Fabrice Lepotier : « Avec Efinor, les Chantiers Allais repartent sur des bases solides »

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Fabrice Lepotier : « Avec Efinor, les Chantiers Allais repartent sur des bases solides »

Construction Navale

C’est l’une des surprises du salon Euronaval, qui ouvrira ses portes lundi au parc des expositions du Bourget. Repris il y a quelques semaines par le groupe normand Efinor, les Chantiers Allais se lancent sur le marché des bateaux gris. Le constructeur cherbourgeois dévoile, dans cette optique, toute une gamme d’intercepteurs et de patrouilleurs en aluminium allant de 15 à 35 mètres.

Créée en 1984 à Dieppe par François Allais, l’entreprise, qui a déménagé fin 2005 sur la zone nord de la base navale de Cherbourg (emprise libérée suite au changement de statut des anciens arsenaux, devenus DCNS), avait comme spécialité historique les crew boats. Les fameux Surfer, navires rapides de transport de personnel, destinés à l’offshore, ont été livrés en grande quantité à Bourbon, client principal d’Allais. Mais la crise de l’industrie pétrolière et gazière a entrainé un net ralentissement de l’activité, et donc un effondrement des commandes. Après avoir réalisé quelques 300 bateaux, la société, qui employait jusqu’à 200 personnes il y a cinq ans et avait ramené ses effectifs à 76 salariés en 2015, a été placée en redressement judiciaire au mois de mars. Six mois plus tard, une nouvelle page de son histoire s’est ouverte début septembre avec Efinor. « Mon idée était de reprendre ce chantier pour son savoir-faire, reconnu au niveau mondial, et ses capacités humaines, avec notamment des chaudronniers et soudeurs qui savent réaliser un bateau de A à Z. Le deuxième point positif et que l’outil industriel, l’infrastructure et l’organisation sont très performants », explique Fabrice Lepotier, président d’Efinor.

 

Un Surfer de Bourbon chez Allais dans les années 2000 (© : MARINE NATIONALE)

Un Surfer de Bourbon chez Allais dans les années 2000 (© : MARINE NATIONALE)

 

Un groupe déjà bien présent dans la navale

Spécialisé dans la métallurgie de pointe, le groupe industriel normand, qu’il a fondé il y a 28 ans, réalise un chiffre d’affaires annuel de 50 millions d’euros et emploie aujourd’hui 600 personnes. Son activité se répartit en trois branches : Ingénierie (250 salariés), Manufacturing (300 salariés) et Maintien en condition opérationnelle (50 salariés). Avec, de longue date, une activité dans la navale : « Nous travaillons depuis de nombreuses années comme sous-traitants et fournisseurs des chantiers de Saint-Nazaire et de DCNS à Cherbourg, Brest et Lorient, avec de l’ingénierie, des travaux sur des systèmes d’armes, des emménagements sur des paquebots et frégates, du soudage de coque de sous-marin… Selon les années, le naval représente de 30 à 50% de l’activité d’Efinor, avec une proportion à peu près similaire dans le secteur de l’énergie, très porteur, et une belle montée en puissance dans l’aéronautique, qui représente désormais 10% de notre chiffre d’affaires. Nous travaillons aussi dans l’Oil&Gas et poursuivons notre stratégie de diversification ».

« Le potentiel et les compétences sont toujours là »

Avec une telle expérience dans la navale, quand Allais dépose son bilan, Fabrice Lepotier se dit immédiatement qu’il faut faire quelque chose : « Avec Efinor, Allais repart sur des bases solides. Ce chantier a connu une très belle réussite pendant 30 ans grâce au talent de François Allais et l’implication des personnels. Elle a toujours gagné de l’argent jusqu’à ce retournement de conjoncture avec la problématique d’être très dépendant d’un client historique. Mais le potentiel et les compétences sont toujours là et en adossant au chantier les capacités et les moyens d’un groupe dont l’ADN est également le métal, nous pouvons assurer sa pérennité. C’est pourquoi nous avons décidé de franchir le pas et de saisir l’opportunité de développer notre présence dans la navale avec une activité complémentaire ».

Mais il a fallu réduire les effectifs, seuls 45 personnes étant reprises. Quant au fondateur, il demeure au chantier : « François Allais travaille à mes côtés sur la partie relationnelle avec les clients, le design et l’élaboration des offre. Sa présence est essentielle, sinon nous n’aurions pas repris l’entreprise. Car on ne s’improvise pas architecte, assemblier et intégrateur, même si on a une solide expérience dans la navale ».  

Deux Surfer en construction

Côté activité, Allais n’abandonne pas l’offshore. Malgré la conjoncture très difficile, il y a encore des demandes, sauf que souvent, les clients souhaitent disposer de navires avec un très faible préavis. C’est pourquoi Efinor a décidé de lancer la construction, en stock, de deux Surfer de 19 mètres. Ils seront prêts fin janvier et fin février. Mais le groupe concentre actuellement tous ses efforts dans un nouveau domaine, celui des bateaux destinés à l’action de l’Etat en mer. « François Allais avait, en fait, déjà entrepris de diversifier l’activité et, avant la mise en redressement du chantier, travaillait sur différents design, dont certains dans le naval de défense ». Un secteur actuellement très porteur dont le nouveau propriétaire a décidé de faire une priorité. « Nous avons de solides atouts avec d’excellents bateaux et un chantier extrêmement performant et renommé, qui bénéficie d’une image de qualité et de longévité que nous voulons poursuivre ».

 

Surveyor 240 (© : EFINOR)

Surveyor 240 (© : EFINOR)

 

Une nouvelle gamme pour l’action de l’Etat en mer

Appuyé par le groupe, qui dispose aussi d’architectes navals, les bureaux d’études d’Allais ont donc planché sur une gamme complète de bateaux gris allant jusqu’à 35 mètres, allant de la vedette au patrouilleur capable de surveiller et protéger une zone économique exclusive, en passant par des intercepteurs ultrarapides pour des missions telles que la lutte contre les trafics illicites, la piraterie et le contre-terrorisme. Une gamme répartie en deux familles, Blitz et Surveyor (voir notre article détaillé), qui sera pour la première fois présentée au Bourget la semaine prochaine. Efinor, traditionnellement présent à Euronaval, a en effet décidé d'ouvrir son stand aux nouveaux produits des Chantiers Allais dédiés à l’action de l’Etat en mer. « Ce sera notre premier salon avec Allais mais nous avons déjà mené une très importante campagne de prospection avec des résultats concrets puisque nous avons des offres en cours ».

 

Le Blitz 55 (© : EFINOR)

Le Blitz 55 (© : EFINOR)

 

Une concurrence qui ne fait pas peur

Le marché des intercepteurs, patrouilleurs et vedettes est certes porteur, compte tenu de l’augmentation des menaces maritimes et tensions croissantes entre pays. Mais il est également très concurrentiel, notamment en France, où de nombreux acteurs sont déjà positionnés sur ce segment. « Il y a de la concurrence, c’est vrai, mais nous sommes prêts pour la bagarre, on a l’habitude », lance Fabrice Lepotier, qui a déjà relevé bien des défis, à commencer par le développement de son entreprise, qu’il créa à l’âge de 22 ans avec un simple CAP de chaudronnerie en poche.

Synergies avec le groupe sur d’autres productions

L’homme a donc de l’ambition et clairement de l’énergie, mais c’est aussi un stratège qui construit progressivement : « Il faut être prudent et notre prévisionnel n’est volontairement pas très ambitieux. Nous pouvons nous permettre de prendre le temps de bien faire les choses puisque même si nous ne vendions pas de bateau tout de suite, nous avons de quoi faire travailler le chantier ». C’est aussi ça la force de cette reprise, puisqu’Efinor a choisi d’implanter dans la base navale cherbourgeoise, où Allais occupe plus de 17.000 m² de locaux, un site multi-compétences. « Nous allons y rapatrier les activités de notre filiale Normetal, qui était implantée terre-plein des Mielles et travaillera l’acier dans trois nefs. Nous aurons aussi une partie inox et l’aluminium avec Allais, qui pourra aussi nous accompagner sur d’autres projets menés par le groupe ».

Vers des constructions en acier

Avec aussi, c’est la logique, la possibilité de diversifier l’offre d’Allais vers des coques en acier, complétant ainsi l’offre historique des bateaux en aluminium « Nous avons toutes les compétences pour cela, les qualifications en matière de soudage, les modes opératoires et l’expérience. Certains de nos charpentiers métaux travaillent actuellement sur les FREMM, alors que nous avons déjà sorti à Cherbourg des blocs de 400 tonnes pour la navale et que Normetal a aussi réalisé, par le passé, deux coques en acier de chalutiers. Et dans le même temps les équipes d’Allais, sur les constructions en acier, pourraient se charger de la motorisation, de l’intégration, de la menuiserie et bien entendu des études, puisqu’elles sont faites en interne avec si besoin l’appoint des architectes navals d’Efinor, qui nous permettent de pouvoir monter rapidement en puissance ».

Une diversification sur d’autres segments ?

Bien décidé à surfer sur cette nouvelle dynamique, les Chantiers Allais entendent bien signer leur grand retour sur la scène navale française et, au-delà du marché des bateaux gris et de l’offshore, songent bien entendu à d’autres secteurs. Peut-être la pêche, ou encore les navires de service aux énergies marines, même si ce marché émerge beaucoup moins rapidement que prévu. Mais là encore, Fabrice Lepotier ne veut pas précipiter les choses : « Nous allons mettre en place des études de marché sur différents domaines et nous verrons ce qu’il en résultera. Pour le moment, l’heure est à cette nouvelle gamme dédiée à l’action de l’Etat en mer, avec laquelle nous avons déjà beaucoup à faire ».

 

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