Marine Marchande
Façade atlantique : Des propositions pour assurer l'avenir de l'enseignement maritime

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Façade atlantique : Des propositions pour assurer l'avenir de l'enseignement maritime

Marine Marchande

Le Comité Maritime de la Façade Atlantique va se réunir demain, à la maison de la mer de Nantes. Le COMAFAT fera notamment le bilan de 12 mois de combat pour le maintien et le développement de l'enseignement maritime sur le littoral atlantique. On s'en souvient, début 2008, il était notamment question, dans le cadre de la réforme souhaitée par le gouvernement, que les écoles de la Marine marchande (EMM) de Nantes et Saint-Malo ferment leurs portes. Après une forte mobilisation dans les Pays-de-la-Loire et en Bretagne, cette menace a finalement été écartée. Mais, pour le COMAFAT, il convient de rester particulièrement vigilant. « Il faut éviter le piège dans lequel nous sommes tombés en 1998. A l'époque, particulièrement pour Nantes, l'école avait été conservée mais cela avait abouti à une déception, car elle avait perdu la formation de la polyvalence (formation des officiers sur les deux domaines : pont et machines, ndlr). Que les sites soient de nouveau maintenus, c'est très bien. Mais il faut s'assurer du contenu des formations et de l'avenir des établissements. C'est maintenant qu'il faut bouger », prévient Gustave Viala, délégué du comité. Pour le COMAFAT, la réflexion doit être interrégionale, à la fois au niveau des EMM de Nantes et Saint-Malo, mais aussi des 7 lycéens professionnels maritimes de la façade atlantique. « Les lycées sont très importants car ils entretiennent un vivier. L'enseignement secondaire maritime est la colonne vertébrale de cet enseignement comme pour les autres types de cursus. S'ils sont en recul, il y aura une rupture et « refaire des marins » ne sera pas facile ». L'interaction est d'autant plus importante qu'aujourd'hui les écoles de Nantes et Saint-Malo recrutent une bonne partie des futurs officiers chez les marins ayant appris leurs métiers dans les LPM.

Deux formations différentes pour les quatre écoles

Avant de détailler les propositions du COMAFAT, il n'est pas inutile de rappeler la situation actuelle. Depuis la fermeture de Paimpol, en 1988, les EMM ne sont aujourd'hui plus que quatre, se répartissant en deux ensembles. Marseille et Le Havre proposent essentiellement une formation polyvalente d'officier, dite filière A ou « Académique », c'est-à-dire l'ancien diplôme de capitaine au long cours et celui d'officier mécanicien de 1ère classe, devenus C1NM. C'est la Polyvalence. A partir de la fin des années 90, les deux autres écoles, Nantes et Saint-Malo, ont été progressivement spécialisées dans la formation professionnelle, dite filière B. C'est la Monovalence pont ou machine. Les deux établissements accueillent des marins déjà en activité et reprenant une formation pour évoluer professionnellement vers le grade d'officier (pont ou machines) ou progresser dans celui-ci. La plupart des élèves de ces deux établissements sont sortis, quelques années plus tôt, des lycées professionnels maritimes.

Redonner une polyvalence à Nantes et créer une formation paramaritime

Afin de faire face à la pénurie d'officiers dans la Marine marchande française (le manque est estimé à 600 postes), Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, a annoncé en janvier 2008 son souhait de tripler le nombre de diplômés des écoles. Cette hausse significative a notamment pour but de compenser les pertes très élevées de brevetés issus des écoles mais ne restant finalement pas plus de 12 à 15 ans dans Marine marchande (la proportion de ce qui est pudiquement appelé « évaporation » serait de 70% selon le COMFAT). Dans cette optique, la nouvelle école du Havre devrait voir ses capacités augmenter significativement par rapport à l'actuelle structure. Mais la construction de la nouvelle EMM normande, dont ont parle depuis plusieurs années, n'est toujours pas lancée. Et il parait difficilement imaginable que le futur bâtiment soit opérationnel avant trois à cinq ans. Du coup, le COMAFAT propose une solution transitoire, en redonnant à l'école de Nantes une formation polyvalente. L'idée est d'augmenter rapidement le nombre de places disponibles, en s'appuyant sur une structure existante. « On pourrait rétablir à Nantes la polyvalence jusqu'à temps que Le Havre monte en puissance. Durant ce temps il est possible de voir si une formation polyvalente doit être maintenue dans l'Ouest. Mais surtout, en parallèle, une formation paramaritime pourrait être étudiée pour voir le jour à Nantes. Le potentiel s'adresse aux 70% qui s'évaporent dans un marché qui existe bel et bien. Il y a une ouverture pour ceux qui souhaitent, à priori, faire carrière dans d'autres secteurs maritimes que la navigation. La demande est notamment très importante dans les ports et chez les industriels. Cette formation pourrait être suivie en interne ou en externe et on pourrait bien imaginer que des élèves en 5ème année du Havre et de Marseille puissent venir à Nantes pour la suivre ».

Le soutien des professionnels

Du côté des professionnels, les propositions du comité, notamment sur le volet paramaritime, sont largement soutenues. « Il faut que la formation maritime passe à la vitesse supérieure. Nous avons besoin de marins en mer, mais aussi à terre. Par exemple, dans le secteur de l'expertise maritime, on manque gravement d'experts pont et machines. On trouve des gens issus du milieu universitaire alors que c'est un métier de praticien », explique Dominique Hardy, président de la station de pilotage de la Loire. Officiers de Marine marchande chargés d'amener « à bon port » les navires venant en escale au coeur d'une vaste zone portuaire peuplée de nombreuses entreprises et industries, les pilotes sont des observateurs privilégiés du secteur. « Les besoins dans le paramaritime sont vraiment importants et la polyvalence de la formation est très appréciée. Les officiers ont en effet une approche globale : technique, humaine et administrative. A terre, cette qualité est très prisée dans les entreprises et les usines, par exemple dans les unités de production électrique, où l'on trouve beaucoup d'anciens marins ». Dominique Hardy fait partie de ceux qui plaident pour la polyvalence dans l'enseignement maritime, non seulement pour son intérêt à terre, mais aussi à la mer. « Quand on est passé par les machines on n'a pas la même perception de la manoeuvre. Il y a une meilleure compréhension globale du fonctionnement du navire ». Pour le patron des pilotes de la Loire, l'enseignement maritime doit s'adapter à l'évolution de la société. « Les habitudes sociales changent. Les carrières sont de plus en plus courtes et les besoins en formation sont donc de plus en plus importants. S'il y a une formation polyvalente et une formation spécifique au paramaritime, les débouchés seront importants ». Quant à l'existence et au développement de l'école de Nantes, elle semble pour Dominique Hardy une évidence : « 70% des marins français sont bretons, la justification de l'école de Nantes va de soi ».

Saint-Malo et les lycées maritimes

Comme nous l'avons vu, Nantes et Saint-Malo sont étroitement « liées » aux lycées professionnels maritimes, d'où provient le vivier dans lequel elles puisent. Sur la façade atlantique, quatre lycées sont situés en Bretagne et les trois autres en Pays-de-la-Loire, Poitou-Charentes et Aquitaine.
Au COMAFAT, on propose, par exemple, qu'un LPM par région serve de « Lycée Préparation » vers la Marine marchande, amenant ainsi une amélioration de la visibilité des carrières et des formations.
Saint-Malo, de son côté, pourrait servir de « Centre d'Orientation ». Pour Gustave Viala : « On pourrait imaginer d'accéder à une formation d'officier avec une classe préparatoire, condensé (ou non) d'un BTS (ou un IUT). Elle offrirait une mise à niveau en maths et physique avec pour objectif d'homogénéiser les promotions et de libérer des heures en EMM en ne revenant pas sur ces fondamentaux. Elle permettrait aussi une formation technologique dans des disciplines utiles à bord (froid, informatique, électrotech, électronique de puissance, automatisme, connectique ...) Il s'agit d'idées qu'il faut rendre applicables en répartissant les rôles entre les cursus scolaires. Les élèves en lycée professionnels pourraient aller vers Saint-Malo pour obtenir ou (compléter) le niveau suffisant pour les EMM et être orientés vers l'une ou l'autre des deux filières de formation d'officiers ».

Nommer un « chef de projet » pour aboutir à des décisions

Toutes ces pistes sont présentées aux élus locaux et au ministère. Le COMAFAT demande désormais à l'Etat de nommer un « chef de projet » pour conduire la réflexion et aboutir à des décisions. « La profonde réforme en cours est exceptionnelle dans l'enseignement maritime, il faut la réussir. L'accès à l'enseignement supérieur et au titre d'ingénieur impliquent une part recherche. Nous avons déjà montré antérieurement que la façade atlantique était très largement pourvue en Grandes Ecoles et en Universités pour conclure des partenariats. Cerise sur le gâteau, le Pôle de compétitivité Mer à vocation internationale est un excellent catalyseur de la recherche et l'innovation. Il induit des pistes nouvelles dans les énergies marines par exemple ou encore dans la sûreté et la sécurité maritimes ».
Le comité demande aussi avec insistance la tenue sur la façade atlantique d'un forum interrégional sur la formation aux métiers maritimes. Il s'agit de renforcer les liens avec l'environnement socioéconomique vers les candidats et leurs familles, les collectivités territoriales régionales, le tissu industriel du maritime et paramaritime, le monde de l'enseignement et la « tutelle », pour affermir la volonté interrégionale sur l'aménagement du territoire.