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Faut-il équiper les frégates Horizon de missiles de croisière ?

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Faut-il équiper les frégates Horizon de missiles de croisière ?

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Mises en service en octobre 2010 et juin 2011, les deux plus puissantes frégates de la Marine nationale sont de superbes unités. Avec toutefois une importante lacune : elles n’embarquent pas de missiles de croisière. Certes, le Forbin et le Chevalier Paul ont, avant tout, été développés pour la défense aérienne et, plus particulièrement, la protection d’un groupe aéronaval ou amphibie contre des attaques d’avions ou de missiles. Néanmoins, comme toute frégate, il s’agit de bâtiments polyvalents, conçus également pour la lutte antinavire (missiles Exocet MM40 Block3) et le combat littoral, comme elles l’ont démontré en Libye, en 2011, où elles ont pilonné des objectifs côtiers avec leur artillerie principale de 76 mm, tout en utilisant largement leurs moyens de guerre électronique (dont les brouilleurs). De plus, elles disposent de solides moyens de détection sous-marine (sonar de coque, antenne remorquée, torpilles MU90 et hélicoptère pouvant déployer un sonar trempé et des MU90). En somme, les frégates du type Horizon sont capables de répondre à l’essentiel des situations auxquelles peuvent être confrontées des unités de premier rang. Pour être « parfaites », il ne leur manque qu’une capacité : être capables de lancer des missiles de croisière afin de pouvoir détruire des cibles terrestres situées à grande distance.

 

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Espace libre pour deux lanceurs supplémentaires

 

 

L’ajout de missiles de croisière navals (MdCN), en l’occurrence le Scalp Naval qui sera qualifié en 2014 pour être lancé depuis les nouvelles frégates multi-missions (FREMM), est tout à fait envisageable. Moyennant l’intégration de cette arme dans le système de combat des bâtiments, ce qui ne poserait pas de problème majeur puisque le CMS est récent, les Forbin et Chevalier Paul pourraient embarquer 16 MdCN, sans avoir besoin de réduire le nombre de missiles surface-air destinés à la défense aérienne (32 Aster 30 et 16 Aster 15). Dès leur conception, les Horizon ont, en effet, intégré une réserve de place afin, le cas échéant, de pouvoir installer deux lanceurs verticaux octuples supplémentaires, s’ajoutant aux six déjà en place (du type Sylver). A l’origine, il était plutôt envisagé de pouvoir renforcer le nombre d’Aster mais, aujourd’hui, on peut considérer qu’il serait plus utile d’utiliser l’espace libre (du moins tant qu’il l’est puisque les marins ont horreur du vide) pour loger des Scalp Naval. L'opération pourrait être ménée au cours d'un arrêt technique, sachant que la première Indisponibilité périodique pour entretien et réparation (IPER) du Forbin doit intervenir à partir de cet hiver. 

 

 

 

La plage avant du Chevalier Paul avec ses lanceurs Sylver (© MER ET MARINE - VG)

La plage avant du Chevalier Paul avec ses lanceurs Sylver (© MER ET MARINE - VG)

 

 

Renforcement des capacités militaires et diplomatiques

 

 

Ainsi gréés, les Forbin et Chevalier Paul, à l’instar des destroyers américains du type Arleigh Burke, pourraient non seulement remplir leur fonction principale de défense aérienne et les autres missions liées au combat naval, mais également servir d’outils diplomatiques et militaires de premier ordre pour frapper en profondeur, depuis la mer et à distance de sécurité, les infrastructures stratégiques d’un adversaire.  L’importance de la frégate, et derrière elle les capacités d’action du pays, serait alors toute autre. L’exemple est actuellement frappant au large de la Syrie. Certes, le Chevalier Paul, avec ses puissants moyens électroniques, est à même de surveiller et de contrôler un vaste espace aérien, y compris au dessus de la Syrie, et éventuellement d’assurer le guidage des raids potentiels de l’aviation. Toutefois, là où les destroyers américains, avec leurs dizaines de missiles de croisière Tomahawk, font peser une sérieuse menace sur les  infrastructures stratégiques du régime syrien, le Chevalier Paul est, de ce point de vue, comme un chien sans croc.

 

 

Tir d'essai d'un Scalp Naval (© DGA)

Tir d'essai d'un Scalp Naval (© DGA)

 

 

Complémentaires aux FREMM

 

 

Pour les stratèges français, l’intérêt du MdCN ne fait depuis longtemps aucun doute. L’expérience américaine a montré qu’il s’agissait d’un outil très précieux, la seule présence d’un bâtiment doté de missiles de croisière suffisant d’ailleurs, souvent, à tempérer les velléités d’un pays hostile. MBDA a donc été chargé de concevoir une arme de ce type, dérivée du Scalp EG mis en œuvre sur les Rafale de l’armée de l’Air et des Tornado de la Royal Air Force britannique. Le MdCN équipera les nouvelles frégates multi-missions, dont 11 exemplaires doivent être construits (9 équipées de MdCN et 2 à vocation antiaérienne), ainsi que les futurs sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda, dont la tête de série sera livrée en 2017 par DCNS. C’est donc d’abord avec les FREMM que la marine française va disposer d’un missile de croisière, le tir de qualification du MdCN étant prévu au printemps prochain sur la Normandie, seconde frégate tricolore de ce type.

 

 

L'Aquitaine, tête de série du programme FREMM (© MICHEL FLOCH)

L'Aquitaine, tête de série du programme FREMM (© MICHEL FLOCH)

 

 

L’idée d’équiper les Horizon de missiles cette arme ne remet pas en question l’intérêt des FREMM, dont la mission principale est la lutte anti-sous-marine. Il s’agirait simplement, dans un contexte de contraction du format de flotte pour des questions budgétaires, de compléter à moindre coût les capacités de deux frégates de premier rang, qui peuvent être amenées à être déployées seules et doivent pouvoir faire face à tout type de situation. L’intérêt parait évident dans le cas syrien puisqu’avec une seule frégate, dans le cadre d’une intervention limitée, la France pourrait agir, à l’instar des américains, quand bon lui semble et sans contrainte. Cela, grâce à une plateforme endurante pouvant demeurer sur zone de nombreux mois, en suivant de près l’évolution de la situation et en étant capable d’agir immédiatement. Au lieu de cela, si la France doit participer à une intervention contre le régime de Damas, elle sera obligée de lancer avec l’armée de l’Air un raid à longue portée, complexe, logistiquement lourd et probablement plus onéreux puisque, de toute façon, il faut au moins une frégate sur zone.

 

 

Vue d'artiste d'un MdCN tiré d'une FREMM (© MDCN)

Vue d'artiste d'un MdCN tiré d'une FREMM (© MDCN)

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