Construction Navale
Faute de FREMM, que deviendrait Aker Yards Lorient ?

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Faute de FREMM, que deviendrait Aker Yards Lorient ?

Construction Navale

Partie intégrante d'Alstom Marine jusqu'en 2006, Aker Yards Lorient a été repris par le groupe norvégien Aker Yards en même temps que les Chantiers de l'Atlantique. Sur le site, où 120 personnes travaillent, l'inquiétude demeure, bien que la direction ait affirmé, début 2007, que cette filiale n'était « pas à vendre ». Après la livraison du transbordeur Bangor en mai 2006 puis du petit pétrolier Anatife en décembre dernier, le carnet de commande du chantier ne compte plus qu'un autre transbordeur, sistership du Bangor. Cette unité de 13 millions d'euros, d'une longueur de 46 mètres pour une capacité de 450 passagers, représente 73.000 heures de travail. Elle ne permettra toutefois pas d'assurer de la charge au-delà de 2008. C'est pourquoi Aker Yards s'est positionné, l'année dernière, sur le marché des frégates multi-missions (FREMM), destinées à la Marine nationale. En raison d'une cadence très élevée, qui verra la livraison d'un bâtiment tous les sept mois à compter de la seconde unité, DCNS Lorient ne sera pas en mesure d'assurer, seul, la production de ces navires. La partie avant pourrait, en conséquence, être sous-traitée. Plusieurs schémas auraient été envisagés par Aker Yards. Le premier porterait sur la réalisation de la coque et de l'armement à Lorient, la seconde s'appuyant sur les chantiers à faible coût de main d'oeuvre du groupe : Damen, en Ukraine, ou Tulcea, en Roumanie. Toutefois, selon plusieurs sources, les premières offres présentées par Aker seraient loin d'être aussi compétitives que celles de ses concurrents. Le constructeur lorientais serait même plus cher que DCNS sur la partie coque. La perspective d'assurer une dizaine d'années de charge à l'ex-ALN semble donc s'éloigner. « D'autres projets sont à l'études pour assurer du travail au chantier », assure-t-on néanmoins chez Aker Yards France. Le site se positionnerait, notamment, sur la réalisation de petits ferries pour la Norvège.

Au moins cinq chantiers civils en lice pour les frégates multi-missions

Aucune décision n'a, pour le moment, été prise concernant le montage industriel des frégates multi-missions. Les choix, qui devaient initialement être révélés à l'été, pourraient ne pas être dévoilés avant l'année prochaine. Suite à la colère des personnels et des syndicats, qui ont dénoncé une « externalisation massive de la charge de travail », la direction de DCNS a accepté fin mars de donner une nouvelle chance à ses établissements de Lorient, Brest et Cherbourg pour tenter de décrocher le marché de la partie avant des frégates. Les différents sites devraient rendre leur copie mi-juin, avec des objectifs de productivité et de réduction de coûts accrus. Il s'agit de faire aussi bien que les offres les plus compétitives présentées par les chantiers civils. Selon nos informations, au moins cinq groupes auraient répondu à l'appel d'offres lancé par DCNS. Outre Aker Yards, Piriou s'est également porté candidat. Afin de réduire la facture, le chantier breton envisagerait de travailler avec un chantier polonais sur la coque nue, qui serait ensuite armée à Concarneau. Un autre Français, moins connu, serait également sur les rangs. Travaillant depuis de longues années avec l'ex-DCN sur des prestations de construction et de réparation navale, Spie Ouest Centre, filiale d'Amec Spie, proposerait une réalisation des coques en Europe de l'Est (Gdansk est évoqué) avec un armement à Lorient. Enfin, plusieurs industriels étrangers se sont manifestés. En dehors du Bulgare Bulyards, dont le pays pourrait négocier des anneaux de frégates en échange de la commande de corvettes, on parle des chantiers polonais de Gdynia et croates de Kraljevica.

Eviter de choisir entre coût et qualité

Pour DCNS, le choix s'avère délicat. Si l'aspect social reste épineux, les coûts très faibles imposés par l'Etat français sur le programme FREMM limitent considérablement les marges de manoeuvre. Les établissements de DCNS, apparemment compétitifs sur la réalisation de la coque, restaient très chers, en début d'année, sur l'armement et le soutien chantier. En revanche, si la construction en interne semble plus onéreuse, elle serait la seule à répondre intégralement aux spécifications exigées par le contrat. Alors que certaines options extérieures paraissent alléchantes sur le papier, l'industriel craint une prise de risques en matière de qualité et, par voie de conséquence, sur son image de marque en cas de problème. « D'un point de vue financier, certaines solutions semblent plus intéressantes que d'autres sur le court terme mais il faut faire très attention. Il ne faudrait pas être obligé de reprendre ou modifier certains blocs non conformes, ce qui se traduirait par un surcoût », nous a confié une source industrielle.
Lancé fin 2005, le programme franco-italien FREMM prévoit la réalisation de 17 frégates pour la France et 10 pour l'Italie. Les 8 premiers bâtiments français ont été commandés, les 9 autres faisant l'objet de tranches optionnelles à affermir en 2011 et 2013. Le coût total du programme est estimé à 11 milliards d'euros, dont 6.5 pour la France.
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- Voir la fiche technique des frégates multi-missions