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Fermeture du GERBAM de Lorient : Le ministère de la Défense face à Natura 2000

Dans la famille « Village gaulois résistant au rouleau compresseur parisien », le GERBAM, près de Lorient, continue de tenir la dragée haute au ministère de la Défense. Le centre d'essais de la Délégation Générale pour l'Armement (DGA), situé à Gâvres, fait en effet partie des sites menacés par la Revue Générale des Politiques Publiques (RGPP). Depuis des mois, le personnel lutte contre cette fermeture, jugée « absurde » par les syndicats. Après avoir démontré le manque de pertinence opérationnelle et économique du projet (*), sans pour autant convaincre, les réfractaires ont décidé de sortir l'arme fatale : L'Europe et Natura 2000. Cette carte maîtresse est abattue au meilleur moment, c'est-à-dire quand la France prend la présidence de l'Union et doit montrer « pattes blanches » sur des dossiers aussi sensibles que celui de l'environnement. Or, Le GERBAM est situé au coeur d'une zone Natura 2000.


Le Gerbam assure la réparation des digues quand elles sont endommagées par les tempêtes

Un plan de sauvegarde de la biodiversité financé par l'Europe

Mieux, en novembre 2006, Bruxelles a lancé un programme, qu'elle finance à hauteur de 800.000 euros, afin d'assurer la sauvegarde de la biodiversité sur le massif dunaire Gâvres-Quiberon (**). Car ces dunes abritent de nombreuses espèces protégées. En tout, une bonne vingtaine d'espèces et d'habitats à intérêt communautaire. Côté plantes, on trouve notamment l'Omphalode du littoral, qui n'existe que sur le littoral de l'ouest français, le Liparis de Loesel, une variété très rare d'orchidée, ou encore l'Oseille des rochers. En matière d'oiseaux, le Oedicnème criard et l'Aigrette garzette ont eux aussi élu domicile à Gâvres.
La ligne de défense des « gaulois » du GERBAM est donc claire. « Le site est aujourd'hui entretenu et dépollué par des personnels formés à la norme environnementale ISO 14001 et qui travaillent en harmonie avec les collectivités locales. Suivant le projet du ministère, le centre doit être fermé, les personnels affectés ailleurs et les terrains versés à la marine pour l'entrainement des commandos. Or la marine n'a pas les moyens ni les personnels formés pour assurer la dépollution du site », affirme-t-on à la CFDT. Selon le syndicat, l'Etat n'aurait, de plus, pas entamé les procédures obligatoires dans un tel cas. « Ils ne peuvent pas s'en débarrasser comme ça. Il faut passer par l'Europe car tous les projets susceptibles d'affecter les habitats naturels et les espèces présents sur un site Natura 2000 doivent faire l'objet d'une évaluation des incidences. Il faut mener des études d'impact. Or, pour l'heure, rien n'a été fait ». Le syndicat se dit donc très étonné de la tournure que prend le dossier. « Avant la présidence français de l'Union européenne, Jean-Louis Borloo et Hervé Morin avaient affirmé que la France se devait d'être exemplaire en matière d'environnement. L'attitude du ministère de la Défense ne semble pas aller dans cette direction. Quant au ministre de l'Ecologie, cela fait deux mois que nous lui avons écrit et nous n'avons toujours pas de réponse ».


Tir d'exercice sur une frégate (© : MARINE NATIONALE)

Le plus vieux centre d'essais français

Créé en 1830, le plus ancien centre d'essais français, le Groupe d'Etudes et de Recherches en Balistique, Armes et Munitions (GERBAM) a été rattaché en 2005 au Centre d'essais des Landes et rebaptisé à cette occasion CEL-M-G. La Marine nationale est le principal client du centre, avec la location à l'année d'un champ de tir pour l'entraînement des flottilles de la base de Landivisiau (Finistère). L'aéronavale y mène ses exercices depuis 1968. Le site de Gâvres est également utilisé pour les commandos marine et fusillers marins de Lorient, qui viennent, notamment, s'entraîner au maniement des mitrailleuses et autres pièces de 12,7mm. Les campagnes des navires sont, quant à elles, menées au large de Belle-Île. Le centre s'est aussi fait une spécialité des essais de matériaux, qu'il s'agisse de coques ou de blindages, avec par exemple des tests d'incendie sur des structures navales. Ces essais permettent de vérifier les caractéristiques des matériaux et donc de déterminer la vulnérabilité des navires. Différents industriels, comme le missilier MBDA, profitent des moyens du site, tout comme des groupes du secteur civil. Ainsi, les ex-Chantiers de l'Atlantique, désormais Aker Yards, y mènent des tests sur la tenue au feu des cloisons. De Gâvres jusqu'à la pointe de Quiberon, le GERBAM s'étale sur 1600 hectares, dont 400 ha de terrains militaires. Le trait de côte, interdit au public lors des tirs, s'étend sur une trentaine de kilomètres. Pour permettre aux vacanciers de profiter des plages, les essais cessent entre le 15 juin et le 15 septembre.
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(*) Initialement, la DGA avait estimé que la fermeture permettrait un gain financier de 3 millions d'euros par an. Mais, après une expertise plus poussée, les défenseurs ont calculé que l'opération se solderait finalement par 18 millions de pertes par an. « C'est le coût du transfert de matériel ou encore du déplacement plus lointain des avions devant réalisé des essais ou exercices. Ce chiffre n'a d'ailleurs pas été contesté par le ministère de la Défense lors des dernières réunions », précise-t-on à la CFDT.

(**) Au financement européen s'ajoutent les participations financières de la direction régionale de l'environnement en Bretagne, du conseil régional de Bretagne, du conseil général du Morbihan, du Conservatoire national botanique de Brest, de la Fondation Total pour la Biodiversité et la mer et du syndicat mixte Gâvres-Quiberon.