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Feu vert pour les sous-marins nucléaires du type Barracuda

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Feu vert pour les sous-marins nucléaires du type Barracuda

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La première tranche du programme des nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque devrait être notifiée d'ici samedi, c'est en tous cas ce que plusieurs sources concordantes ont appris à la rédaction de Mer et Marine. Ainsi, Michèle Alliot-Marie serait en mesure de tenir son engagement de lancer le programme Barracuda avant la fin de l'année 2006, comme elle l'avait annoncé dans un entretien accordé à notre site Internet, en octobre, à l'occasion d'Euronaval (*). La notification devrait donc être annoncée dans les 72 prochaines heures, sauf si le délai administratif de deux jours entre la signature et l'officialisation tombe à Noël, auquel cas la communication pourrait être reportée après les fêtes.
Comprenant les études de conception et de développement, ainsi que la construction du bâtiment tête de série, le coût de la première tranche s'élève à 1.4 milliard d'euros, dont la moitié pour les études. Ce premier contrat sera suivi, au fil des années, par la confirmation de tranches optionnelles, jusqu'à la commande du sixième et dernier navire de cette série. Pour mémoire, il faut se souvenir que le mois de décembre a été marqué par un certain pessimisme face aux difficultés du ministère de la Défense à financer l'ensemble des nombreux programmes récemment lancés. Selon certaines sources, le ministre de la Défense aurait, par conséquent, demandé à l'Elysée une rallonge budgétaire. Outre DCN, Areva, qui conçoit la chaufferie nucléaire, est impliqué à hauteur de 15% dans le programme.

Programme naval conventionnel le plus cher de l'histoire

Projet majeur pour DCN, dans lequel l'ensemble des établissements sera impliqué (à commencer par Cherbourg qui assemblera les sous-marins), Barracuda est aussi le plus important programme naval français de l'histoire. En effet, son budget prévisionnel, de 7.87 milliards d'euros, dépasse celui du projet des 17 frégates multi-missions (6.5 milliards) et même celui des deux porte-avions (Charles de Gaulle et PA2), dont le coût final, hors aviation, devrait avoisiner celui des FREMM. Seul le programme des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) du type Le Triomphant est nettement plus élevé. Lancé au milieu des années 80, le projet des quatre SNLE-NG aura coûté, à l'admission au service actif du Terrible en 2010, quelques 15.4 milliards d'euros. Cette enveloppe comprend le développement, l'industrialisation, la logistique et même le système de liaison satellite Syracuse, sans oublier l'adaptation au missile M 51 du quatrième sous-marin. Ce nouveau missile balistique, d'une portée de 9000 kilomètres, fait, quant à lui, partie d'un autre programme, pour un montant de 8 milliards d'euros (5 pour le développement et 3 pour la production). Il faut enfin ajouter le prix du chantier d'adaptation au M 51 de la base des SNLE, à l'Ile Longue, soit 660 millions d'euros. La modernisation de Force océanique stratégique (FOST), qui assure l'essentiel de la dissuasion nucléaire française, se sera donc élevée à un peu plus de 24 milliards d'euros. Si le chiffre brut peut impressionner, réparti sur 25 ans, cela représente à peine un milliard d'euros d'équipement chaque année, un coût « relativement » raisonnable pour offrir au pays une assurance vie dont seules quatre nations dans le monde sont dotées.

Des SNA plus grands, plus discrets et mieux armés

Afin d'assurer la protection des sous-marins stratégiques, des porte-avions et des approches maritimes, tout en assurant des missions d'intervention ou de renseignement, les sous-marins d'attaque à propulsion nucléaire, par leur autonomie et leurs capacités militaires, sont indispensables. En livrant le Rubis en 1983, DCN avait réussi un véritable tour de force technique en construisant le plus petit sous-marin nucléaire du monde, long de seulement 73.6 mètres pour un déplacement de 2670 tonnes en plongée. Les bâtiments contemporains oscillent entre 5200 tonnes (HMS Trafalgar) et 7000 tonnes (USS Los Angeles). Ce prodige de compacité présentera néanmoins quelques désavantages, notamment en matière d'habitabilité, de maintenance, de discrétion acoustique ou encore d'emport d'armes (14 torpilles et missiles antinavires seulement). Pour la génération suivante, l'état major de la marine a donc opté pour un navire plus gros. Avec une longueur de 99.4 mètres pour 5300 tonnes en plongée, les Barracuda pourront emporter 20 torpilles lourdes, missiles antinavires et, pour la première fois dans la sous-marinade française, des missiles de croisière. A l'instar des Tomahawk mis en oeuvre sur les unités britanniques et américaines, le Scalp naval, d'une portée de plus de 1000 kilomètres, permettra aux Barracuda de frapper des objectifs terrestres loin des côtes et en toute discrétion. Les opérations spéciales et le renseignement prenant une place de plus en plus importants, les futurs SNA sont conçus pour embarquer une dizaine de commandos, ainsi qu'un caisson amovible fixé derrière le kiosque afin de stoker l'ensemble de leur matériel. Les bâtiments présentent, bien évidemment d'autres nouveautés, que nous avions décrites dans un récent article auquel nous vous renvoyons (**). La durée de réalisation, entre la signature du contrat et la livraison du premier exemplaire, étant de 120 mois, le Barracuda n°1 devrait quitter Cherbourg début 2017 pour remplacer, quelques mois plus tard, le Rubis, alors âgé de 34 ans. A compter du second submersible, le rythme de production sera d'une unité tous les deux ans.
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(*) Voir l'entretien accordé par Michèle Alliot-Marie à Mer et Marine

(**) Voir notre article du 25/10/06

- Voir la fiche technique des SNA du type Barracuda

- Voir la fiche technique des SNA du type Rubis

- Voir la fiche technique des SNLE du type Le Triomphant


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