Marine Marchande
FIDELIO, l'odyssée d'Alice

FILM

FIDELIO, l'odyssée d'Alice

Article gratuit
Marine Marchande

 

L’histoire 

Alice, 30 ans, est marin. Elle laisse Félix, son homme, sur la terre ferme, et embarque comme mécanicienne sur un vieux cargo, le Fidelio. A bord, elle apprend qu’elle est là pour remplacer un homme qui vient de mourir et découvre que Gaël, son premier grand amour, commande le navire. Dans sa cabine, Alice trouve un carnet ayant appartenu à son prédécesseur. La lecture de ses notes, entre problèmes mécaniques, conquêtes sexuelles et mélancolie amoureuse, résonne curieusement avec sa traversée. Au gré des escales, au milieu d’un équipage exclusivement masculin, bercée par ses amours qui tanguent, Alice s’expose au bonheur de tout vivre à la fois et tente de maintenir le cap…

 

 

(©

2014 Pyramide/Louise Matas)

 

A propos du film : par Lucie Borleteau

L’idée de départ

Longtemps, j’ai pensé réaliser un documentaire. J’ai rencontré des hommes et des femmes qui naviguent ou ont navigué, je les ai écoutés parler du métier, du monde, des difficultés ou des joies à concilier la vie de marin et la vie amoureuse. Et je me suis lancée dans l’écriture d’une fiction.

 

Tourner sur un bateau

La plus grande difficulté de fabrication et de production que nous avions à résoudre, c’était celle du tournage sur un cargo. Je savais dès le départ que je ne voulais pas tourner en studio : le décor « réel » d’un bateau de la marine marchande, notamment la salle des machines, procure une impression très forte.

 

 

(©Apsara Films)

(©Apsara Films)

 

Après beaucoup de recherches, nous avons eu la chance de trouver un navire qui correspondait à ce que je cherchais, un bateau de l’âge du Fidelio (20 à 30 ans) encore en activité : un décor habité, patiné, qui avait une âme. Toutes les scènes “de bateau” ont été tournées à bord, avec des traversées en mer de plusieurs jours pour les séquences qui le nécessitaient.

Nous avons vécu une collaboration étroite avec les marins du bord. Au début, on se regardait de loin avec réserve. Mais les marins ont vite vu que nous travaillions dur, tandis que les techniciens de cinéma ont été très impressionnés par la dureté des conditions de travail à bord, l’organisation du travail par rôles, un peu comme dans le cinéma, et aussi la solidarité entre les membres de l’équipage. Un électricien du bord s’est retrouvé à intégrer notre équipe pour nous guider notamment dans les installations spécifiques, un autre a obtenu un petit rôle dans le film…Sans la complicité des marins, nous n’aurions jamais pu tourner à la passerelle de nuit en pleine mer, ni faire démarrer le moteur après un balayage à l’air par l’actrice !

 

L’importance du bateau

Quand les marins parlent de leur navire, ils en parlent souvent comme d’une personne. Le Fidelio est un personnage que j’ai ausculté pendant tout le film, il a un destin.

Le cargo m’intéressait aussi comme microcosme qui a vu la mondialisation avant tous les autres lieux de travail. Le casting de l’équipage respecte cette variété de nationalités mais aussi de milieux, de parcours.

Du point de vue de l’intrigue amoureuse, le bateau est un huis clos qui devient au gré des sentiments d’Alice son paradis ou son enfer.

 

 

 

(©Apsara Films)

(©Apsara Films)

 

La vie des marins

Filmer le travail d’une mécanicienne, c’était filmer un travail peu connu du public, assez opaque – même si les conseils de mon amie marin nous ont permis de garder une intrigue technique vraisemblable – mais aussi filmer le danger potentiel – la machine comme une grosse bête à dompter. Filmer le travail, c’était donner à voir une solidarité entre les hommes, unis contre les forces contraires de la mer ou de la machine, malgré de grandes différences de communautés, de langues, malgré aussi un certain racisme plus ou moins conscient.

La vie de marin a ceci de particulier qu’on ne quitte jamais son lieu de travail et que dans la vie à bord coexistent le collectif et l’intime. Les Français embarquent 3 mois, les Roumains 4 mois, les Philippins jusqu’à 9 mois sans rentrer chez eux ! De plus, en mer, le temps est suspendu : la durée des voyages est déconnectée de l’immédiateté à laquelle nous sommes habitués.

La vie à bord, rythmée par les repas pris en commun, les célébrations, qui se poursuivent même au cours des escales, et aussi l’ennui, les plages de repos, sont également là pour mettre en valeur les moments passés dans l’intimité d’Alice.

Nous avons respecté scrupuleusement des éléments réels : les places attitrées à table dans le carré, avec les mécaniciens face à la mer parce qu’ils ne la voient pas de la journée, les costumes et les personnages du baptême, l’ennui au quart à la passerelle, le karaoké du carré philippin… Ce sont des petits détails comme ceux-là qui donnent toute sa saveur au film, qui rend hommage à tous les marins croisés pendant l’écriture et la préparation du film, à cette profession pas comme les autres qui fait rêver la littérature depuis l’Antiquité.

 

FIDELIO L’odyssée d’Alice, un film de Lucie Borleteau avec Ariane Labed, Melvil Poupaud et Anders Danielsen Lie- le 24 décembre au cinéma

Plus d’infos sur facebook/FIDELIO.LEFILM