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Fin de vie difficile pour les frégates Cassard et Jean Bart

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Elles devaient être désarmées il y a au moins 5 ans, elles devront encore tenir, si possible, jusqu’en 2022. Seules survivantes d’un programme qui devait initialement compter 7 unités afin de remplacer les escorteurs d’escadre « Tartar » Bouvet, Kersaint, Dupetit-Thouars et Du Chayla, puis le croiseur Colbert ainsi que les frégates Suffren et Duquesne, les deux frégates antiaériennes du type F70 de la Marine nationale connaissent une fin de vie difficile. Très sollicités, du fait en particulier du très faible nombre d’unités de défense aérienne dont dispose la flotte française, les Cassard et Jean Bart, mises en service en 1988 et 1991, font désormais plus que donner des signes de fatigue. Avec à l’arrivée le risque de connaitre des situations de plus en plus difficiles, voire dangereuses. Fin 2016, le Cassard, qui avait appareillé avec le porte-avions Charles de Gaulle pour sa dernière campagne en date contre Daech en Méditerranée orientale, a par exemple été victime d’une importante avarie sur son système propulsif. Le bâtiment, avec une ligne d’arbres cassée, fut contraint de rentrer à Toulon. Heureusement, la marine a pu dépêcher en urgence l’une de ses deux récentes frégates de défense aérienne du type Horizon, le Forbin (le Chevalier Paul étant parti avec le Cassard avant de quitter le groupe aéronaval suite à l'arrivée de son sistership), qui s’apprêtait à partir pour un long déploiement vers l’océan Indien. Précipitant son appareillage, ce bâtiment a pu assurer la protection du Charles de Gaulle jusqu’à la fin de son déploiement au large de la Syrie. Un coup de chance car la marine aurait tout aussi bien pu se retrouver sans unité disponible pour remplacer au pied levé le Cassard, laissant alors le groupe aéronaval sans capacités de défense aérienne appropriée.

 

Le Cassard escortant le Charles de Gaulle au large de la Syrie en 2016 (© MARINE NATIONALE)

Le Cassard escortant le Charles de Gaulle au large de la Syrie en 2016 (© MARINE NATIONALE)

Le Chevalier Paul aux côtés du Charles de Gaulle avant l'arrivée du Forbin (© MARINE NATIONALE)

Le Chevalier Paul aux côtés du Charles de Gaulle avant l'arrivée du Forbin (© MARINE NATIONALE)

 

Le Jean Bart, rentré le 4 décembre à Toulon après un déploiement de plus de quatre mois jusqu’au Moyen-Orient, a quant à lui été confronté à un important incendie dans ses machines en cours de mission. L’équipage est parvenu à maitriser le sinistre et réparer les installations touchées, mais cet évènement semble lui aussi sonner comme un avertissement. « La frégate antiaérienne Cassard est hors d'âge. Sa ligne d'arbres s'est cassée en pleine mer et il y a eu un incendie dans les machines du Jean Bart. Ces bâtiments sont à bout de souffle et doivent être remplacés par de nouvelles frégates de défense aérienne à partir de 2022. Je dois donc prendre des mesures palliatives sur les bateaux les plus anciens pour qu'ils continuent à naviguer en sécurité pour les équipages. Il faut surveiller et réparer les fissures dans les coques et les chaises de lignes d'arbres. On a évalué ce coût à une centaine de millions d'euros dans le projet de loi de programmation militaire. La priorité est d'accueillir des bateaux neufs, mais avec l'étalement des programmes, il faut bien adopter des mesures palliatives. Je n'ai aujourd'hui que quatre frégates de défense aérienne et si j'enlève celles de l'ancienne génération, il ne m'en reste plus que deux », a expliqué le 26 octobre l’amiral Prazuck, chef d’état-major de la marine, devant la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat.

 

Les quatre FAA et FDA exceptionnellement réunies en mai 2017 au large de la Provence (© MARINE NATIONALE)

Les quatre FAA et FDA exceptionnellement réunies en mai 2017 au large de la Provence (© MARINE NATIONALE)

 

Très employé et vieillissant, le matériel devient de plus en plus fragile, alors que les F70 AA souffrent depuis longtemps de problèmes structurels. Comme leurs cousines anti-sous-marines, sur la base desquelles elles furent construites, les frégates du type Cassard ont vu leur coque renforcée au début des années 2000. Après l’apparition de fissures, des renflements de 60 mètres de long ont été ajoutés sur chaque bord afin d’accroître la résistance de la structure, 100 tonnes de béton étant par ailleurs coulées dans les fonds pour accroître la stabilité de ces plateformes. Le développement de frégates antiaériennes sur la base d’une coque d’unité anti-sous-marine de même taille a notamment abouti à des bateaux beaucoup plus denses que les F70 ASM et chargés dans les hauts. Ce qui, évidemment, n’a pas arrangé les problèmes de fatigue.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la marine souhaitait au début des années 2000 remplacer par des Horizon les Cassard avant que celles-ci atteignent leur limite d’âge. L’autre raison étant l’obsolescence du système d’armes principal des FAA, équipées de vieux missiles américains SM-1 MR provenant des anciens Bouvet et Kersaint (désarmés en 1982 et 1983) et installés sur les frégates après une mise à niveau aux Etats-Unis.

 

Système SM-1 MR sur le Cassard (© MARINE NATIONALE - OLIVIER NICOLAS)

Système SM-1 MR sur le Cassard (© MARINE NATIONALE - OLIVIER NICOLAS)

 

D'ailleurs, leur remplacement par des Aster avait été également envisagé, mais cela aurait nécessité une coûteuse refonte. De plus, l’intégration de lanceurs verticaux en lieu et place de la rampe Mk13 et de la soute à SM-1 MR semblait aussi poser des problèmes de poids sur une coque déjà fragilisée. Cette option fut donc abandonnée, tout comme la construction des troisième et quatrième FDA prévues dans le cadre du programme Horizon. Le coût des Forbin et Chevalier Paul étant considéré comme trop élevé, il fut décidé en 2005 d’adapter deux des nouvelles frégates multi-missions (FREMM) en unités de défense aérienne.

C’est cette alternative qui prévaut toujours, même si le programme FREMM a été au fil des années largement raboté, passant de 17 à seulement 8 frégates, dont les deux derniers exemplaires succèderont aux Cassard et Jean Bart, les six premiers assurant la relève des 7 F70 ASM, mais aussi des deux dernières F67, dont l’ultime représentant, le De Grasse, a été désarmé en 2013. La réduction des capacités anti-sous-marine inhérente à cette baisse du nombre de plateformes équipées d’un sonar remorqué sera compensée par construction des cinq futures frégates de taille intermédiaire (FTI), dont la tête de série doit être livrée par Naval Group (ex-DCNS) fin 2023.

 

La FREMM Languedoc devant le Jean Bart à Toulon (© MARINE NATIONALE)

La FREMM Languedoc devant le Jean Bart à Toulon (© MARINE NATIONALE)

 

Appelées FREMM DA, ou FREDA, les remplaçantes des F70 AA auront donc des capacités de défense aériennes renforcées, avec notamment un radar Herakles plus puissant, un système de combat adapté à ce domaine de lutte et l’emport de 32 missiles Aster 30, en lieu et place des 16 Aster 15 et 16 missiles de croisière naval (MdCN) des six premières FREMM.

Débutée en 2016, la construction de la première FREMM DA, l’Alsace, se poursuit à Lorient. Naval Group a déjà réalisé de nombreux blocs du bâtiment, dont l’assemblage va commencer une fois que la coque de la sixième FREMM, la Normandie, sera sortie du hall de construction. La mise à l’eau de ce bâtiment est prévue au premier trimestre 2018, sa livraison devant intervenir à l’automne 2019. L’Alsace doit quant à elle être réceptionnée par la marine en 2021, alors que celle de la seconde FREMM DA, la future Lorraine, suivra en 2022. Evidemment, il devrait s'écouler du temps entre la livraison et la mise en service. 

En attendant, il faut donc maintenir tant bien que mal leurs aînées, qui ne naviguent encore, il faut le souligner, que grâce aux compétences de leurs équipages et aussi du remarquable travail d’entretien conduit par Naval Group avec le Service de Soutien de la Flotte. C’est notamment ce qui a permis au Jean Bart de réaliser cette année par moins de 187 jours hors de son port base, soit l’activité opérationnelle la plus soutenue d’une unité de surface française en 2017, après celle du Forbin (198 jours). Mais cela ne se fait pas sans mal, comme on l’a vu, et au bout d’un moment il n’est plus possible de faire des miracles. Modernisées une dernière fois entre 2012 et 2014, avec en particulier le remplacement du radar DRBJ-11B par un nouveau SMART-S, les Cassard en sont au stade des soins palliatifs, pour ne pas dire de l’acharnement thérapeutique. Avec à la clé un coût de plus en plus important pour leur maintien en condition opérationnelle.

Mais la marine n’a pas vraiment le choix, ces deux bateaux, bien qu'âgés et rencontrant des difficultés, demeurant indispensables. Les Forbin et Chevalier Paul ne peuvent en effet assurer seules les missions de défense aérienne, allant de la protection du porte-avions et celle des bâtiments de projection et de commandement (comme c’est le cas actuellement pour le Chevalier Paul avec le BPC Tonnerre dans le cadre de la mission Bois Belleau) à l’escorte de convois en cas de crise, en passant par la très précieuse capacité de recueil de renseignement. En effet, malgré l’obsolescence de certains matériels, les F70 AA constituent toujours d’excellents « piquets radars », leurs puissants senseurs, qu’il s’agisse des radars ou des moyens de guerre électronique, permettant de suivre les mouvements aériens dans une très vaste zone et d’analyser les signatures électromagnétiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Cassard et Jean Bart sont très régulièrement envoyées dans des zones de crise ou de fortes tensions, que ce soit en mer Rouge, en océan Indien et dans le golfe Persique, mais aussi, ces dernières années, vers le sud de la Méditerranée et sa partie orientale, où depuis 2012 elles ont largement contribué au suivi de situation en Syrie.

 

Le Cassard (© MARINE NATIONALE - LOIC BERNARDIN)

Le Cassard (© MARINE NATIONALE - LOIC BERNARDIN)

 

Ces bâtiments sont d’ailleurs si indispensables que le Cassard, après son retour à Toulon en fin d’année dernière, a rapidement repris la mer après seulement quelques réparations temporaires sur sa ligne d’arbres défectueuse. Celle-ci ne pouvant être remise en état immédiatement, le bâtiment a navigué à plusieurs reprises de mars à mai, sur une seule « patte », en Méditerranée occidentale, effectuant des missions de surveillance et participant à différents entrainements. Ce n’est qu’en juin que la frégate a pu passer en cale sèche, dont elle va sortir après sa remise à l'eau cette semaine, au terme d’un lourd et coûteux arrêt technique qui aura notamment permis de remettre en service sa ligne d’arbres. Le Cassard, qui sera de nouveau opérationnel début 2018, doit encore, avant sa mise en retraite, bénéficier d’un ultime arrêt technique majeur, programmé courant 2019. Quant au Jean Bart, son dernier ATM avant retrait du service est prévu l’année prochaine, qui s’annonce délicate pour la composante de défense aérienne de la Marine nationale, puisque le Forbin va lui-aussi passer en cale sèche pour une importante phase de maintenance.  

Longs de 139 mètres pour une largeur de 14 mètres et un déplacement de 5000 tonnes en charge, les Cassard et Jean Bart ont été conçus pour atteindre 30 nœuds, leur propulsion ne comprenant pas une turbine à gaz comme les F70 ASM mais uniquement quatre gros moteurs diesels totalisant une puissance de 43.200 cv. Armés par 250 marins, ces bâtiments mettent en œuvre un système surface-air SM-1 MR (un missile à poste sur la rampe Mk13 et 40 en soute), deux systèmes surface-air à très courte portée Sadral (6x2 missiles Mistral en batterie), 8 missiles antinavire Exocet MM40, une tourelle de 100mm, de l’artillerie légère, deux tubes lance-torpilles (les vieilles L5 n’ont apparemment pas été remplacées par des MU90 comme sur les F70 ASM) et un hélicoptère Panther.

 

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