Construction Navale
Fin d'une période faste pour la construction de paquebots

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Fin d'une période faste pour la construction de paquebots

Construction Navale

2011 constitue, en quelque sorte, la fin de l'incroyable vague de constructions neuves enregistrée depuis 10 ans dans le secteur de la croisière. En tout, seuls cinq navires de plus de 600 cabines sortiront des chantiers européens dans les 12 prochains mois, soit moitié moins que les années précédentes. Ce trou d'air est consécutif à la nécessité, pour les compagnies, de digérer les investissements réalisés précédemment, de parvenir à remplir les unités entrant en flotte et, bien entendu, résulte des difficultés liées au financement de nouveaux projets suite à la crise de 2008. Du coup, le faible nombre de nouvelles commandes enregistrées depuis 2007 commence, vraiment, à se faire sentir, plongeant presque tous les constructeurs dans une situation assez précaire, voire très délicate.

Le chantier de Papenburg  (© : MEYER WERFT)
Le chantier de Papenburg (© : MEYER WERFT)

Seul Meyer Werft s'en sort bien

Seul l'Allemand Meyer Werft tourne à plein régime, parvenant à maintenir son activité à un haut niveau et disposant d'une belle visibilité sur deux bonnes années, qui plus est avec une clientèle très diversifiée. Le chantier de Papenburg, qui vient d'achever le paquebot Disney Dream (128.000 tonneaux, 1250 cabines) livrera, cette année, l'AIDAsol (71.000 tonneaux, 1087 cabines) et le Celebrity Silhouette (122.000 tonneaux, 1443 cabines).
Commençant à être sévèrement touché par le manque de commandes, le groupe italien Fincantieri n'achèvera, quant à lui, que quatre navires, dont seulement deux de grande taille. Il s'agit du Carnival Magic (130.000 tonneaux, 1826 cabines), du Costa Favolosa (114.000 tonneaux, 1506 cabines), du Marina d'Oceania Cruises (65.000 tonneaux, 630 cabines) et de L'Austral de la Compagnie du Ponant (10.600 tonneaux, 132 cabines).
Toujours en Italie, le chantier génois T. Mariotti livrera au printemps le Seabourn Quest (32.000 tonneaux, 225 cabines), dernier d'une série de trois unités et ultime navire de croisière de son carnet de commandes.
Quant à STX Europe, aucune livraison de paquebot n'est prévue en 2011. Alors que les sites finlandais du groupe n'ont plus de bateaux de croisière en commande et jouent actuellement leur survie (*), Saint-Nazaire devra attendre mi-2012 pour sortir son prochain paquebot, le MSC Divina (139.000 tonneaux, 1751 cabines).

Le Norwegian Epic, livré en juin 2010  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Le Norwegian Epic, livré en juin 2010 (© : STX France - BERNARD BIGER)

En attendant les nouveaux projets

Après cette année difficile, 2012 s'annonce à peine meilleure, avec huit paquebots de 65.000 à 140.000 tonneaux devant entrer en flotte, soit trois pour Meyer Werft (Disney Magic, AIDA, Celebrity Reflection), trois pour Fincantieri (Carnival Breeze, Costa Fascinosa, Riviera) et deux pour STX France (MSC Divina et l'unité de GNMTC). Et il convient de remplir de toute urgence le carnet de commandes pour 2013, qui ne compte actuellement que deux navires chez Meyer Werft (AIDA, NCL) et un chez Fincantieri (Princess Cruises) ; puis 2014 où seuls les Allemands (un NCL) et les Italiens (un Princess) ont, pour l'heure, des navires de programmés.
La situation est donc difficile mais le secteur de la croisière, bénéficiant toujours d'une forte croissance, peut vite rebondir si le contexte financier s'améliore et que les banques prêtent de nouveau de l'argent. C'est, semble-t-il, ce que les armateurs attendent actuellement. Car de nombreux projets sont dans les tuyaux, par exemple au sein des groupes américains Carnival (notamment Costa et Holland America) et Royal Caribbean, mais aussi de plus petites compagnies, comme l'Allemande Hapag-Lloyd. Plusieurs contrats devraient donc aboutir cette année mais, en raison du retard pris par leur concrétisation, la plupart des chantiers n'éviteront pas le trou d'air et devront, coûte que coûte, résister et conserver leur savoir-faire et celui de leur réseau de sous-traitants en attendant la remontée en puissance.

Le chantier de Turku  (© : STX EUROPE)
Le chantier de Turku (© : STX EUROPE)

Le carnet de commandes réduit de moitié en deux ans

Pour mémoire, 20 navires de croisière sont actuellement en commande pour une livraison d'ici 2014. Cela représente une capacité de 53.000 lits en base double et un investissement global de plus de 13 milliards de dollars. A première vue, l'activité générée semble considérable mais, pour bien mesurer la baisse charge pour les chantiers, il convient de rappeler ce qu'étaient les chiffres il y a deux ans. Ainsi, en janvier 2009, le carnet de commandes atteignait 38 navires (84.400 lits) livrables jusqu'en 2012, pour une valeur de 21.5 milliards de dollars. Le carnet de commandes des constructeurs européens s'est donc réduit de près 50% en 24 mois. Cette évolution imposera sans nul doute une adaptation des capacités industrielles, notamment en Italie et en Finlande, où des plans sociaux et fermetures de chantiers sont en cours ou à l'étude.
Il faudra aussi voir comment se développera la construction navale sud-coréenne sur le marché de la croisière, dans lequel elle voit une diversification permettant d'atténuer la pression chinoise sur les navires de commerce. Les chantiers asiatiques se montrent de plus en plus pressants sur les navires à passagers et certains armateurs, comme l'Américain NCL l'a récemment reconnu, n'hésitent plus à consulter en Corée du sud.
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(*) Le site de Turku, qui a livré son dernier paquebot (Allure of the Seas) en octobre dernier, ne compte actuellement que sur la réalisation d'un ferry pour Viking Line, dont la construction doit débuter cette année. Rauma, qui vient d'achever le premier des deux nouveaux ferries de P&O, n'a plus en commande que son sistership (livrable en septembre prochain) et un navire de recherche pour l'Afrique du sud (2012). Quant au chantier d'Helsinki, il est sorti en décembre de la division Cruise & Ferries de STX Europe. Versé à une société commune créée avec le groupe russe United Shipping Vessels, ce site se focalise désormais sur les navires polaires, notamment les brise-glaces.

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