Construction Navale
Fincantieri : Géant européen et spectre chinois

Actualité

Fincantieri : Géant européen et spectre chinois

Construction Navale

Le groupe public italien est quant à lui pour la troisième fois sur les rangs pour reprendre son concurrent français. Il avait présenté une offre en 2006, lorsqu’Alstom avait mis en vente les Chantiers de l’Atlantique (finalement cédés au Norvégien Aker Yards) puis s’était positionné en 2013/2014, au moment où STX Offshore & Shipbuilding, en pleine déconfiture financière, avait été mis sous tutelle par ses banques créancières qui avaient entrepris de céder ses actifs pour renflouer les caisses.

20 chantiers dans le monde

Fruit d’une consolidation progressive de la navale italienne, et par là même dépositaire d’un héritage vieux de plus de deux siècles, Fincantieri, créé en 1959, réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de 4.5 milliards d’euros et compte 20 chantiers dans le monde employant 19.000 personnes, auxquelles s’ajoutent quelques 80.000 sous-traitants. Présent sur le segment des bâtiments militaires, des paquebots et d’autres navires civils, ainsi que de l’offshore, le constructeur, basé à Trieste, compte en Italie 7700 salariés et 8 chantiers (Monfalcone, Marghera, Ancône, Sestri Ponente, Catellammare di Stabia, Palerme, Riva Trigoso et Muggiano).

Il a, ces dernières années, suivi une ambitieuse stratégie de développement à l’international. Ainsi, Fincantieri dispose désormais de trois chantiers aux Etats-Unis (Marinette Marine à Marinette et Surgeon Bay ainsi qu’ACE Marine) et, suite à la prise de contrôle de STX OSV en 2013, de cinq chantiers en Norvège (Aukra, Langsten, Brattvaag, Brevik et Søviknes), ainsi que Tulcea et Braila en Roumanie, Promar au Brésil (un second chantier brésilien, Niteroi, a été fermé en 2016 faute d’activité) et Vung Tau au Vietnam. L’ensemble, désormais connu sous le nom de Vard, est spécialisé sur le secteur offshore, actuellement en crise. Les chantiers tournent donc au ralenti mais Fincantieri, en dehors de Niteroi, est parvenu à préserver les sites et profite de son activité florissante dans la croisière pour mutualiser les moyens du groupe. Les chantiers roumains produisent par exemple des blocs de paquebots au profit des sites italiens dont les moyens de production sont saturés. Dans le même temps, Fincantieri a décroché des commandes de petits navires d’expédition dont il a confié la réalisation à Vard, avec les quatre Explorer de Ponant et la nouvelle unité d’Hapag-Lloyd Cruises.

 

Le chantier norvégien de Brattvaag (© VARD)

Le chantier norvégien de Brattvaag (© VARD)

Rachat total de Vard en cours

Presque quatre ans après la reprise des parts sud-coréennes (50.75%) de STX OSV, coté à Singapour depuis 2010, Fincantieri a décidé d’intégrer complètement cette société et, s’il parvient à en posséder au moins 90%, la sortira de la bourse. Dans cette perspective, une offre d’achat a été lancée par sa filiale Fincantieri Oil&Gas auprès des autres actionnaires de Vard, qui détiennent aujourd’hui 44.37% du capital. Le coût de l’opération, si elle est menée à bien, devrait être supérieur à 80 millions d’euros.

Le pari de la Chine

Egalement actionnaire d’Etihad Shipbuilding aux Emirats Arabes Unis, Fincantieri est en train de développer son activité en Russie et en Iran grâce à différents partenariats locaux, tout en s’implantant de manière spectaculaire en Chine. Ainsi, il a cette année entériné deux accords majeurs : le premier avec Huarun Dadong Dockyard (HRDD) pour la maintenance, la réparation et la refonte de navires de croisière à Shanghai, et le second avec China State Shipbuilding Corporation pour la construction de paquebots chez Shanghai Waigaoqiao Shipbuilding.

Cette alliance, la première du genre, va voir SWS réaliser des copies du Carnival Vista, paquebot de 133.500 GT et 3950 passagers livré au printemps dernier par le chantier de Monfalcone au groupe américain Carnival, principal client de Fincantieri.

Ce dernier est étroitement lié à l’opération puisqu’il s’agit d’un jeu de billard à trois bandes. Les futurs paquebots réalisés en Chine seront en effet exploités par une société commune formée par Carnival, CSSC et le fonds souverain chinois CIC Capital. Alors que les chantiers chinois subissent comme les autres la crise du transport maritime, la croisière est un des seuls secteurs en plein développement et Pékin veut sa part du gâteau, sachant que le marché asiatique des vacances en mer est celui qui connaitra la plus forte croissance dans les années à venir. D’où l’idée de créer une grande compagnie nationale capable de capter cet essor des croisières en Chine et d’en faire profiter les constructeurs locaux. Sauf que ces derniers n’ont pas le savoir-faire nécessaire à la réalisation de paquebots.

D’où l’accord avec Fincantieri, qui a accepté de vendre aux Chinois les plans

Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire