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Fincantieri plaide pour une coopération renforcée avec DCNS

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A l’occasion d’un séminaire sur le secteur naval européen organisé à Rome le 27 septembre, Giuseppe Bono, président de Fincantieri, a clairement appelé au renforcement des relations avec le groupe français DCNS : «  Nous devons travailler ensemble. Aujourd'hui il y a une concurrence entre les entreprises européennes, alors que la compétition devrait être entre les Européens et le reste du monde. L'intégration et la consolidation de l'industrie navale en Europe est importante et les Français disent la même chose », a expliqué le patron du constructeur italien, dont les propos sont notamment repris par Defense News. Giuseppe Bono a précisé qu’il estimait que la consolidation européenne viendrait d’ « un partenariat stratégique entre DCNS et Fincantieri en particulier dans le domaine des navires de surface », hypothèse que Mer et Marine révélait dès juin 2015.

Premières concrétisations en vue

D’après nos informations, les discussions sont en fait bien engagées et les premiers actes concrets d’une coopération renforcée entre les deux groupes pourraient être annoncés dans les mois qui viennent. Il ne s’agira pas, dans un premier temps, d’un rapprochement très poussé, comme la création d’une société commune dédiée aux bâtiments de surface, qui avait été évoquée en 2015. Les deux groupes, qui entendent manifestement suivre leur tempo et ne pas subir des décisions politiques ne tenant pas suffisamment compte des réalités industrielles, veulent y aller progressivement. Alors que DCNS et Fincantieri se connaissent bien pour avoir travaillé ensemble sur les programmes de frégates Horizon puis FREMM, le renforcement de la coopération pourrait passer dans un premier temps par des projets communs de R&D, la mise en place de synergies dans l’acquisition d’équipements, ou encore, le cas échéant, dans l’utilisation croisée de capacités, si l’un des partenaires voit par exemple son outil industriel saturé.

Achats croisés et mutualisations

La mutualisation des achats d’équipements a déjà été expérimentée avec succès dans le cadre des deux programmes de frégates franco-italiennes, FREMM étant un cas intéressant puisque, contrairement à Horizon qui portait sur des bâtiments quasiment identiques, chaque pays a développé son propre design et opté pour des systèmes parfois très différents. Mais il y a eu un accord bipartite sur une part importante des grands équipements, comme la propulsion ainsi qu’une partie des systèmes d’armes et de l’électronique. Ce qui a permis de réduire les coûts. De là, on pourrait imaginer des achats groupés sur d’autres plateformes, même si elles sont différentes, à l’image des futurs FTI françaises et PPA italiens, et pourquoi pas de programmes remportés par l’un ou l’autre à l’export.

En plus de fournisseurs communs, DCNS et Fincantieri ont, en outre, tout à gagner à s’acheter mutuellement des équipements en fonction des spécialités de chacun. Les Français pourraient par exemple vendre certaines pièces mécaniques, comme les réducteurs, des systèmes de management de plateforme ou encore des stabilisateurs, alors que les Italiens produisent des moteurs et des systèmes hydrauliques qui ne font pas partie des activités de DCNS.

L’ « Airbus naval » contre l’éclatement européen

Sur la base d’une coopération de ce type, les liens pourraient ensuite progressivement se renforcer et servir de base à la constitution progressive, au fil du temps, d’un « Airbus naval » ouvert à d’autres acteurs européens.

A Paris comme à Trieste (siège de Fincantieri), on considère en tous cas que l’éclatement de l’industrie navale de défense en Europe, et même la démultiplication des acteurs sur certains segments, ne peut pas durer. Elle est en effet jugée « suicidaire » à long terme face à la montée en puissance de la concurrence asiatique, coréenne comme chinoise, mais aussi russe et bientôt indienne.

Taille critique

Aujourd’hui, les experts du secteur estiment que pour faire face à la compétition internationale, il faudra atteindre la taille critique d’un groupe dégageant autour de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dans le naval militaire. C’est le gabarit des trois leaders américains et de BAE Systems (qui réalise l’essentiel de son activité aux Etats-Unis), alors que le Russe OSK est monté à environ 4 milliards d’euros et que les Coréens comme les Chinois semblent devoir atteindre rapidement ce cap.

Or, DCNS, leader européen du secteur, n’en est « qu’à » 3 milliards, alors que Fincantieri comme l’Allemand TKMS en sont à moins de 1.5 milliard.

Les Italiens s’intéressent aussi à Saint-Nazaire 

Le chiffre d’affaires du groupe italien s’est en fait monté à 4.4 milliards d’euros en 2015 car Fincantieri est un groupe dual dont l’essentiel de l’activité est réalisée dans le secteur civil, en particulier celui des paquebots. Or, indépendamment des discussions avec DCNS, on sait que le constructeur transalpin regarde de près la mise en vente des chantiers nazairiens. Sa candidature n’est pas officielle mais plusieurs sources sûres évoquent des discussions sur le sujet entre Paris et Rome. Alors que DCNS ne souhaite pas devenir l’actionnaire majoritaire de STX France, sans exclure une entrée minoritaire au capital selon les solutions qui émergeront, Fincantieri se heurte néanmoins à une très forte défiance sur les bords de Loire de la part des syndicats et élus locaux.

 

Fincantieri Naval Group (ex-DCNS)