Construction Navale
Fincantieri va étendre sa coopération avec la Chine à tous les secteurs maritimes civils

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Fincantieri va étendre sa coopération avec la Chine à tous les secteurs maritimes civils

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Après les paquebots, au tour de l’offshore, des ferries, des yachts et autres navires spéciaux. Le constructeur italien Fincantieri a annoncé hier avoir conclu un nouvel accord, aux ambitions bien plus vastes, avec le groupe China State Shipbuilding Corporation, l’un des principaux conglomérats publics de chantiers chinois. Signé à Pékin en présence du ministre italien des Finances, Giovanni Tria, et du patron de l’équivalent transalpin de la Caisse des dépôts, le projet couvre cette fois l’ensemble du spectre d’activités de Fincantieri dans la construction navale civile. « L'accord prévoit que les parties discutent de la possibilité d'étendre leur collaboration actuelle, qui compte une coentreprise dédiée aux premiers navires de croisière construits en Chine pour le marché local et d'autres activités connexes », explique Fincantieri, qui évoque « un certain nombre de projets de recherche et développement dans plusieurs domaines de la construction navale : navires pour l'industrie pétrolière et gazière, cruise-ferries, méga-yachts, infrastructures de production d’acier, ingénierie marine et acquisition d’équipements ». Pour les équipements de paquebots, le groupe italien cite comme exemples la fourniture de cabines préfabriquées ou encore des prestations de décoration intérieure.

Rappelant sa volonté de « mettre en place une chaîne d'approvisionnement fiable sur le segment des croisières en Chine », une chaîne présentée comme une opportunité pour son réseau de sous-traitants, Fincantieri souligne que le nouvel accord, qui complète et élargit le périmètre de celui de l'an dernier uniquement focalisé sur les paquebots, lui permet avec CSCC d’ « envisager des possibilités de coopération supplémentaires et donc étendre la portée de l'accord à d'autres domaines ».

Afin d’aboutir à sa mise en œuvre, un groupe de travail sino-italien de six personnes (trois membres chacun) est créé. « Ce groupe a pour objectif, d’ici la fin de l’année, de conclure les activités préliminaires: définir les opportunités potentielles pour chacun des domaines identifiés pour la collaboration, analyser la taille du marché et identifier les canaux de vente préférentiels, analyser les partenariats potentiels entre CSSC et Fincantieri ou son réseau de fournisseurs ».

Pour mémoire, Fincantieri a conclu en février 2017, avec CSSC mais aussi l’armateur américain Carnival, client historique des chantiers italiens, un accord portant sur la construction de deux paquebots avec une option pour quatre unités supplémentaires. Livrables à partir de 2023, ces navires seront dérivés des unités de la classe Carnival Vista et Costa Venezia, navires de plus de 130.000 GT et 1900 cabines actuellement construits en Italie. Ils verront le jour au chantier Shanghai Waigaoqiao Shipbuilding, qui fait partie du groupe CSSC. Dans le même temps, une lettre d’intention avait été signée avec les autorités de Baoshan, l’un des districts de Shanghai, afin de développer une supply chain locale dédiée à la construction de navires de croisière. Parallèlement, Fincantieri avait entériné un autre accord avec le chantier Huarun Dadong Dockyard pour développer les compétences locales nécessaires à la maintenance et la refonte de paquebots exploités en Chine et plus largement en Asie.

Cette alliance italo-chinoise a suscité beaucoup d’inquiétude en Europe, où les autres acteurs du secteur craignent un transfert de technologie mortifère à terme pour les chantiers européens. L’Allemand Meyer Werft est notamment monté au front au printemps sur le sujet, Fincantieri lui répondant vertement sur Mer et Marine, détaillant au passage son projet d’assistance aux chantiers chinois (voir notre article du 3 mai 2018).

Les autorités françaises suivent aussi cette question de près, au moment où Fincantieri est sensé prendre le contrôle de Saint-Nazaire. Le processus de reprise semble d’ailleurs vraiment trainer en longueur, officiellement du fait de facteurs légaux et administratifs, mais peut-être aussi en raison de la détérioration sensible des relations entre Paris et Rome ces derniers mois. 

Dans ce contexte politique tendu, il conviendra de voir si la consolidation de la coopération sino-italienne peuvent avoir un impact sur la reprise des Chantiers de l’Atlantique. Tout comme sur un autre dossier intimement lié, celui du projet d’alliance entre Naval Group et Fincantieri dans le domaine naval militaire, sur l’hôtel duquel il faut se souvenir que la France avait accepté, à l’été 2017, de laisser Saint-Nazaire aux Italiens. Or, si les bateaux gris ne font pas partie à ce jour de l’accord entre Fincantieri et CSSC, dans la partie complexe et sensible qui se joue actuellement, tout grain de sable est susceptible de gripper la machine.

 

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