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Fish2EcoEnergy : Lorient veut créer une rupture technologique à la pêche

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Fish2EcoEnergy : Lorient veut créer une rupture technologique à la pêche

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Fish2EcoEnergy ou comment réduire de 35% la consommation de combustible des bateaux de pêche et, en même temps, les rejets de CO2. C’est l’objectif ambitieux sur lequel travaille depuis plusieurs années l’association France Pêche Durable & Responsable. Premier étage de la fusée : un programme de trois ans, qui a bénéficié d’un budget de 3.5 millions d’euros abondé par des subventions publiques et privées. Celui-ci a permis l’étude et la mise en place d’une propulsion duale GNC-gasoil/électrique sur le chalutier boulonnais La Frégate III et de travailler à la mise en place de nouvelles techniques de pêche (comme la nasse à poisson) ainsi que de nouveaux matériaux, moins énergivores. « Un succès total avec tous les objectifs atteints », se félicite l’association créée en 2008, qui met à disposition les conclusions des tests menés en conditions opérationnelles.

Le bon moment pour innover

Après Boulogne, la deuxième étape sera lorientaise, en partenariat avec l’armement APAK, dirigé par Eric Guygniec et qui arme actuellement cinq chalutiers artisans. Après la modernisation, place à la construction neuve et à la création d’une « rupture technologique ». « C’est le bon moment », note Eric Guygniec, « la moyenne d’âge de la flottille de pêche française est de 27 ans, les bateaux sont souvent vieux, mal motorisés, polluants… tout cela ne rend pas notre métier et ses conditions de travail très attractifs pour les jeunes ». Et cela précisément au moment où le secteur de la pêche, pendant longtemps en crise, connaît une belle embellie liée au phénomène conjugué d’une ressource en bonne santé, d’un poisson qui se vend bien et d’un carburant beaucoup moins cher. « Il faut réfléchir sans tarder à ce que nous voulons pour nos bateaux de demain ».

Fin septembre 2015, l’APAK et FPD&R ont donc décidé de se lancer dans ce qu’Eric Guygniec appelle « la suite logique du travail effectué à Boulogne ». Le nouveau programme, qui va également durer trois ans, vise à créer un tout nouveau modèle de navire qui puisse être à la fois propre, économe et qui offre de belles conditions de travail à l’équipage. « Il va falloir jouer sur tous les paramètres et nous ne nous interdisons rien dans l’élaboration du cahier des charges de ce navire idéal ». Nouvelle forme de carène, gestion de l’énergie optimisée, amélioration du traitement, du stockage et de la valorisation des produits à bord, réduction des émissions et des rejets à la mer mais également propulsion innovante… Tous les paramètres vont être revus.

Des concours d'innovation pour les architectes navals et les ingénieurs

Après avoir défini, avec l’armateur et ses patrons, les caractéristiques du navire (taille, jauge, métiers, apparaux de pêche et puissance), FPD&R est actuellement en train de solliciter des partenaires publiques et privés pour obtenir des soutiens financiers. L’association est également en contact avec des écoles d’ingénieurs, bureaux d’études, chantiers navals et industriels qui sont intéressés par le projet. Elle vise ainsi la mise en place d’un groupe de travail réunissant professionnels, techniciens et scientifiques pour établir une liste de toutes les innovations susceptibles d’être adaptées à la pêche, qui devront pouvoir être validées par l’administration maritime. Deux concours primés, un destiné aux architectes navals et l’autre aux écoles d’ingénieurs, et destinés à récolter les plus belles idées d’innovation, vont être lancés d’ici le mois d’août. « Nous sommes également en train de visiter des chantiers étrangers, où nous découvrons beaucoup de choses qui se pratiquent à l’étranger et qui peuvent être très intéressantes pour nous », poursuit Eric Guygniec.

Un projet concret en 2017

Le dernier trimestre 2016 verra le bilan de ces différentes investigations et l’avis, indispensable, de la direction des pêches maritimes et de l’aquaculture sur le permis de mise en exploitation du futur bateau. Le montage financier s’effectuera au premier semestre 2017. Pour une concrétisation dans la foulée, comme l’espère Eric Guygniec et sans doute, autour de lui, la communauté lorientaise qui pourrait jouer une belle carte en se plaçant comme moteur de l’innovation à la pêche. « Beaucoup de partenaires sont intéressés : le port de Lorient, la Scapêche, le Crédit maritime et la Coopérative maritime, Piriou, Coprexma, Barillec… En travaillant tous ensemble, nous pourrons inventer l’avenir de notre métier », conclut Eric Guygniec.