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Florence Parly lance la refonte du MCO naval

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Florence Parly lance la refonte du MCO naval

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En déplacement à Toulon mardi 5 mars, la ministre des Armées, après un passage à bord du porte-avions Charles de Gaulle à l’occasion de son départ pour la mission Clemenceau, s’est rendue dans la base navale varoise, sur le chantier de l’arrêt technique majeur de la frégate Courbet, actuellement conduit par les Chantiers de l’Atlantique. L’occasion pour Florence Parly, après avoir initié la reforme du maintien en condition opérationnelle dans l’aéronautique, d’annoncer un plan de modernisation du MCO naval. Elle s’appuie en cela sur un audit confié à Jean-Georges Malcor, qui avant de diriger CGGVeritas entre 2009 et 2018, était directeur général adjoint de Thales en charge de la division navale du groupe. Le plan qui en découle sera mis en œuvre par le chef d’Etat-major de la Marine nationale, l’amiral Christophe Prazuck, et le directeur central du Service de Soutien de la Flotte, l’ingénieur général de l’armement Guillaume de Garidel.

 

Florence Parly avec les amiraux et élus locaux lors de sa visite (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Florence Parly avec les amiraux et élus locaux lors de sa visite (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

 

Le Courbet en cale sèche à Toulon (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Le Courbet en cale sèche à Toulon (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

Une activité considérée comme déjà performante

L’entretien des forces navales françaises coûte environ 1 milliard d’euros par an et mobilise quelques 4500 personnels étatiques et industriels, sans compter les équipages. Le taux de disponibilité des bâtiments atteint actuellement 71% pour les unités de surface et près de 50% pour les sous-marins, malgré le fait que plus de la moitié de ces derniers ont désormais un âge supérieur à 25 ans. Des résultats plutôt très bons au regard de ce que l’on peut constater dans d’autres forces navales équivalentes. La ministre, qui avait déjà souligné la qualité de la maintenance des navires par rapport à d’autres secteurs militaires, l’a reconnu d’emblée mardi : « en comparaison avec d’autres pays, je peux dire que le MCO naval actuel est performant, il remplit ses objectifs dans les budgets impartis et donne satisfaction aux utilisateurs finaux ».

Repenser l’organisation du MCO

Mais il faut selon Florence Parly aller plus loin. « Ces résultats et ces belles perspectives ne doivent pas détourner notre regard de certaines faiblesses structurelles. De nouveaux enjeux nous attendent au tournant : en premier chef, la montée en gamme technologique de nos bateaux qui appelle à repenser l’organisation du MCO naval, aujourd’hui trop complexe. L’organisation et l’efficacité du MCO naval ont fait leurs preuves. Mais nous pouvons faire plus, confirmer la disponibilité de nos navires dans la durée et lorsque c’est possible, l’accroître ». Une amélioration attendue notamment dans le cadre de la réduction du format de la flotte et du passage au double équipage sur certaines séries de bâtiments. Ce sera en particulier le cas pour les nouvelles frégates multi-missions (FREMM), dont le nombre de jour en mer devrait par conséquent pouvoir être accru. 

Refondre la gouvernance

Première priorité affichée : transformer la gouvernance du MCO naval. « Il est temps que tous les acteurs s’invitent à une même table, avec un maître mot : "coordination". Il est fondamental de renforcer la coordination entre le SSF, responsable du MCO naval, et le SID, responsable du MCO des infrastructures ainsi que des programmes d’infrastructures portuaires. Être tous à la même table, concrètement, c’est partager les mêmes objectifs entre les directions centrales du SSF et du SID. Et au niveau local, c’est instaurer la participation systématique du SID aux instances de coordination du MCO, sous la présidence du SSF. Je sais que d’excellentes initiatives ont été prises, comme celle du contrat opérationnel entre le SSF et le SID sur la zone Vauban de Toulon. C’est justement ces particularités locales qu’il faut généraliser et formaliser », a dit Florence Parly, qui souhaite aussi associer la Direction Générale de l’Armement dans le cadre des programmes neufs. Car le MCO représente jusqu’à 60% du coût de possession global des bâtiments sur leur durée de vie. « La maintenance n’est pas accessoire, ce n’est pas le gadget de fin de chaîne que l’on peut mettre de côté après avoir conçu et construit de nouveaux navires. Un des 16 chantiers de transformation du ministère a permis de définir les nouvelles méthodes de conduite de programme d’armement, pour remettre la maintenance au coeur des programmes. Car c’est au sein des équipes de programme que sont élaborés les éléments qui structurent ensuite le MCO sur la durée de vie du navire. Ce sont aussi les équipes programmes qui sont à l’origine de la contractualisation du MCO initial. Et c’est ensuite au SSF d’assumer des choix techniques et financiers auxquels il doit être mieux associé. Je crois à un principe simple : qui paye, décide. Il est donc nécessaire de donner au SSF les moyens d’assumer ses responsabilités dès le stade de conception de sorte que le MCO ne soit plus une variable d’ajustement ».  

La ministre souhaite également développer le « brassage des expériences » entre le SSF et les ingénieurs de la DGA, afin que ces derniers puissent mieux prendre en compte les enjeux de la maintenance dès la phase de conception des bateaux et de leurs systèmes. Pour cela, les ingénieurs devront aller plus sur le terrain et suivront des périodes d’embarquement à bord des navires.  

Evolution du SLM

Florence Parly veut par ailleurs faire évoluer le Service Logistique de la Marine (SLM) : « D’abord, pour maintenir la compétence de nos marins, à terre comme à la mer, et pour accroître encore la disponibilité de nos bâtiments, il est primordial que le SLM continue de s’ouvrir aux nouvelles technologies et devienne en quelque sorte une université technologique. Des parcours professionnels qualifiants et donc valorisants doivent être mis en oeuvre en ce sens. Ensuite, il faut connaître le coût du SLM; la mise en oeuvre d’une comptabilité analytique durant l’année 2019 devra répondre à ce besoin. Ces éléments de comptabilité analytique nous permettrons d’estimer les coûts d’intervention des moyens militaires de soutien et de mieux piloter le plan stratégique du SLM, à deux voix avec le SSF ».

Elargir le MCO naval à de nouveaux acteurs industriels

Au niveau des industriels, des changements vont également intervenir, le ministère souhaitant ouvrir plus largement le MCO, dont ne bénéficie aujourd’hui, pour l’essentiel, que quelques grands acteurs, au premier rang desquels Naval Group, auquel s'ajoutent principalement pour les marchés ouverts à la concurrence CNN MCO, Piriou et les Chantiers de l’Atlantique. « J’ai pris conscience que la politique industrielle du SSF demeurait trop confidentielle et ne permettait pas à tous les acteurs industriels d’avoir suffisamment de visibilité sur leurs opportunités, notamment dans le domaine des marchés mis en concurrence. Nous veillerons donc à mieux valoriser la politique industrielle du MCO naval pour la rendre plus attractive aux acteurs du marché, et tirer le meilleur parti du tissu dynamique des PME ».

Profiter des progrès technologiques

Florence Parly a parallèlement manifesté sa volonté de soutenir la stratégie des industriels en faveur des nouvelles technologiques permettant d'optimiser la maintenance des bâtiments. C’est le cas par exemple du recours à la digitalisation, au développement de la maintenance prédictive ou encore aux travaux autour de la fabrication additive. « Il faut poursuivre en ce sens, et former aux technologies du futur dans le domaine du MCO. Anticiper les besoins de révisions de nos navires grâce à l’analyse de données massives, ou ce qu’on aime aujourd’hui appeler le big data ; entraîner des modèles statistiques sur ces données, ou ce que l’on nomme machine learning ; rendre nos bateaux plus intelligents et plus autonomes grâce au smart shipping ; ce sont autant d’initiatives étatiques et industrielles engagées ces dernières années, toutes pleines de promesses pour un MCO naval modernisé. Il faut maintenant voir plus loin. Concevoir ces dispositifs, c’est déjà une étape et pas des moindres, et il faut désormais les mettre en oeuvre, pour gagner en efficacité et en disponibilité ». Le tout, a rappelé Florence Parly, en s’attachant au contrôle et à la sécurité des données et de leur gestion dans un environnement ouvert à la concurrence. « Ces approches devront évidemment être menées dans le respect des exigences de cyber sécurité. Je rappelle également une chose : la donnée, qui est le véritable carburant de ces technologies, doit être valorisée et gouvernée par l’Etat ».  

Un atout à l’export

Florence Parly a, enfin, insisté sur l’importance du MCO sur le marché export. « Beaucoup connaissent la performance de notre MCO naval. Mais il faut le reconnaître, notre modèle est original: les rôles et expertise de l’équipage et du SSF en France sont majeurs, c’est d’ailleurs ce qui fait notre fierté. Il nous faut donc mieux l’expliquer et fournir un meilleur accompagnement dans ce domaine du MCO. Valoriser sur la scène universitaire internationale notre savoir-faire en termes de MCO naval y contribuerait de la plus belle des manières, sans compter les bénéfices qu’en tireraient également nos marins et nos ingénieurs ». Dans cette perspective, la ministre a retenu l’idée de l’amiral Prazuck de mettre en place une offre de formation de niveau master MCO Maritime, « à l’interface entre la Marine nationale, les universités et écoles d’ingénieurs, les entreprises de la filière navale ».

 

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