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Focus : La difficile modernisation de la marine russe

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Forte de plus de 300 bâtiments (1.04 million de tonnes) et de 146.000 hommes, la marine russe a repris de la vigueur après sa longue période de quasi-absence à la mer, qui a suivi l’effondrement de l’ex-URSS. Depuis quelques années on peut assister en effet à de nombreux déploiements temporaires en Arctique, en Atlantique nord, en Baltique, en Méditerranée, en océan Indien et dans le Pacifique ouest. Ils sont articulés soit autour du porte-avions Kuznetsov, soit du croiseur nucléaire Petr Velikiy, soit de l’un des 3 croiseurs du type Slava. Mais ce sont le plus souvent des destroyers du type Udaloy, les 2 frégates du type Neustrashimiy ou des bâtiments de débarquement de chars du type Ropucha qui les constituent, ces bâtiments étant accompagnés d’un pétrolier-ravitailleur et – prudemment – d’un remorqueur de haute mer pour remédier aux possibles avaries de propulsion. Cette présence à la mer ne peut que s’accentuer sous l’impulsion très volontariste du président Poutine.

 

 

Le porte-avions Kuznetsov (© : MARINE RUSSE)

 

Croiseur du type Slava (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Destroyer du type Udaloy (© : MARINE NATIONALE)

 

Frégate du type Neustrashimiy (© : US NAVY)

 

Bâtiment de débarquement de chars du type Ropucha (© : MICHEL FLOCH)

 

 

Cependant, le renouvellement de la flotte peine à se faire en raison d’une perte de compétence évidente des chantiers russes. S’il y a beaucoup de mises sur cale, il y a en revanche moins de lancements et très peu de mises en service, que ce soit pour les sous-marins ou les bâtiments de surface. Ainsi le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de nouvelle génération, le Yuriy Dolgorukiy (du type Borey), mis sur cale en 1996, a vu sa mise en service reportée à plusieurs reprises ; pour finalement être prononcée le 10 janvier 2013. Le second bâtiment de la série (Aleksandr Nevskiy) a commencé fin 2012 ses essais à la mer et doit être mis en service en juillet prochain, alors que le troisième (Vladimir Monomakh) a été lancé le 30 décembre 2012. Deux autres doivent être mis sur cale en 2013, l’Alksandr Suvorov et le Mikhail Kutuzov. Mais la mise au point du nouveau missile balistique Bulava devant équiper ces sous-marins n’est toujours pas officiellement validée, 10 ans après le lancement du projet.

 

 

SNLE du type Borey (© : SEVMACH)

 

 

Il en est de même pour la nouvelle génération de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) avec la tête de série, le Severodvinsk mis sur cale en 1993, dont la mise en service n’est prévue que pour 2013, ainsi que pour la nouvelle génération de sous-marins classiques, dont le prototype Sankt Petersburg, mis sur cale en 1997, n’est pas vraiment opérationnel bien qu’il ait été officiellement admis au service en 2010. La construction de ses 2 sisterships a même dû être interrompue mais devrait reprendre en 2013.

 

 

Le Severodvinsk (© : DR / COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

 

Le Sankt Petersburg (© : DR / COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

 

 

Concernant les bâtiments de surface, la construction à St-Pétersbourg d’un nouveau grand destroyer de 12.000 tonnes, comparable aux Slava en termes de gabarit, est envisagée à partir de 2015/2016. Inquiète du niveau de discrétion acoustique des nouveaux sous-marins classique, comme les 212 allemands, la marine russe envisage, par ailleurs, d’achever la coque de la troisième frégate du type Neustrashimiy (le Tuman), lancée en 1990 et restée en l’état, en bâtiment de lutte ASM pour la flotte de la Baltique.  

Toutefois, comme pour les sous-marins, les programmes de nouveaux bâtiments de surface déjà lancés sont marqués par d’importants retards. Ainsi, la nouvelle frégate Admiral Gorshkov, mise sur cale en 2006 et lancée en 2010, ne va commencer ses essais à la mer qu’en 2013 ; une quatrième unité de ce type (l’Admiral Ivan Isakov) ayant été commandée pour une mise sur cale en 2013.

 

 

Vue de l'Admiral Serguei Gorshkov (© : DR / COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

Frégate du type Gepard (© : RED-STARS.COM)

 

 

La construction des 2 frégates légères du type Gepard a duré plus de 10 ans et celle des Steregushchiy demande 7 à 8 années. Concernant ces dernières (8 exemplaires commandés à St-Petersbourg et Komsomolsk-sur-Amur), le programme a pris du retard et ne donne pas satisfaction, notamment pour les bâtiments construits dans le second chantier.  Au point que la poursuite du programme pourrait être compromise.

 

 

Frégate du type Steregushchiy (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

 

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les bâtiments amphibies eux-aussi connaissent des déconvenues identiques : le nouveau bâtiment de débarquement de chars Ivan Gren, mis sur cale en 2004, n’a été lancé qu’en 2012 et devrait rester seul de son type, contrairement aux prévisions (6 programmés initialement).

 

Pour remédier à ces carences, la marine russe a décidé de commander en urgence des bâtiments éprouvés, pour lesquels certains chantiers n’ont pas perdu la main puisqu’ils ont continué à en construire pour l’exportation : il s’agit des sous-marins classiques du type Kilo dans leur version améliorée (construite récemment pour la Chine, l’Algérie et le Viêtnam) dont 6 exemplaires ont été commandés par la Russie pour être livrés à partir de 2014.

Pour les bâtiments de surface, il s’agit des frégates du type Krivak IV construites à l’origine spécialement pour l’Inde, qui en arme 5 et bientôt 4 autres supplémentaires. La marine russe en a commandé 6 en 2010 et 2011 car il ne reste plus que 2 Krivak à l’inventaire de ses forces. Mais la première Krivak IV, l’Admiral Grigorovich, voit son lancement reporté de fin 2012 à l’automne 2013, sa mise en service étant désormais prévue en 2014.  

 

Vue de l'Admiral Serguei Gorshkov (© : DR / COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

 

Frégate indienne du type Krivak IV (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

L’autre démarche adoptée a été de s’adresser à un constructeur étranger, DCNS et les chantiers français STX de St-Nazaire en l’occurrence, pour obtenir rapidement 4 grands bâtiments de projection : les 2 premiers, les Vladivostok et Sebastopol, commandés en 2011, seront livrés en 2014 et 2015, une partie étant construite à St-Petersbourg puis transportée par mer à St-Nazaire. La signature pour la construction des 2 autres n’est pas encore effective car elle devrait comprendre une partie plus importante à réaliser en Russie, celle-ci souhaitant bénéficier d’un transfert de technologie.

 

 

Vue des futurs bâtiments de projection russes (© : DCNS)

 

 

En attendant ces nouvelles livraisons, la marine russe doit continuer ses missions avec les bâtiments de l’ancienne génération : SNLE des types Delta IV qui ont été modernisés et Delta III qui sont prolongés en attendant la livraison des Borey, SNA des types Oscar II, Akula I/II, Sierra I/II et Victor III, sous-marins du type Kilo de 1e génération et, pour ce qui concerne les bâtiments de surface, croiseurs des types Kirov et Slava, destroyers des types Udaloy et Sovremenniy (dont le nombre est en décroissance), bâtiments de débarquement du type Ropucha, voire des navires âgés de 30 à 40 ans qui connaissent une longévité exceptionnelle en mer Noire, tels le croiseur lance-missiles Kerch (dernier survivant du type Kara), le destroyer lance-missiles Smetliviy (dernier survivant du type Kashin) et les frégates Ladniy et Pytliviy (dernières survivantes du type Krivak).

 

 

SNLE du type Delta IV (© : RUSSIAN NAVAL BLOG)

 

SNA du type Akula II (© : MARINE NATIONALE)

 

Le destroyer Kerch (© : DR / COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

 

 

 

Article de Bernard Prézelin, auteur de Flottes de Combat

 

 

 

Flottes de Combat, l'ouvrage de référence des forces navales (© : MARINES EDITIONS)

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