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Focus : La marine russe

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Focus : La marine russe

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Après une quinzaine d'années très difficiles liées à l'effondrement de l'empire soviétique, la Marine russe a repris des couleurs ces derniers temps sous l'impulsion énergique du président Poutine qui, conserve le même pouvoir décisionnaire dans ses nouvelles fonctions de premier ministre. L'envolée du cours des matières premières énergétiques que sont le pétrole et le gaz et dont la Russie dispose en grande quantité, lui a facilité la tâche ces dernières années.

Le Kuznetsov (© : MARINE RUSSE)
Le Kuznetsov (© : MARINE RUSSE)

Pour la première fois depuis la guerre froide, on a assisté durant l'hiver 2007-08 à un déploiement significatif d'une escadre russe composée du porte-avions Kuznetsov, du croiseur lance-missiles Moskva, de deux destroyers du type Udaloy, de deux pétroliers-ravitailleurs et de deux remorqueurs de haute mer en Atlantique et en Méditerranée. S'il n'avait pas l'ampleur des exercices Okean de l'époque soviétique, ce déploiement voulu par le pouvoir politique était bien réel et rassemblait des navires de deux flottes, celles du Nord et de la mer Noire. Son but était de montrer à la face du monde que la Russie était de retour sur les mers, dont elle avait été quasiment absente depuis 1990, et qu'il faudrait désormais compter de nouveau avec elle. Un nouveau déploiement est d'ailleurs organisé cet hiver autour du croiseur nucléaire lance-missiles Pierre Le Grand (Petr Velikiy), qui croisera en Méditerranée et dans les Caraïbes, le Kuznetsov appareillant lui aussi pour des manoeuvres en Atlantique et Méditerranée, où il retrouvera, comme il y a un an, le croiseur Moskva (ex-Slava).

Le Moskva (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Moskva (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Ces démonstrations de force ne compensent pas cependant le retard accumulé au cours des quinze dernières années dans le renouvellement de la flotte et même dans l'entretien des navires existants. Si la décision de construire six porte-avions nucléaires de 50 000 tonnes récemment annoncée paraît irréaliste, elle peut toutefois contribuer à une relance du processus de constructions de bâtiments de taille significative, car depuis plus d'une décennie, seuls des navires de tonnage très modeste ont continué à être livrés par les chantiers navals russes.

Le Dolgorukiy (© : MARINE RUSSE)
Le Dolgorukiy (© : MARINE RUSSE)

Cela est particulièrement nécessaire pour la composante sous-marine. Si le premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins de nouvelle génération, le Yuriy Dolgorukiy (type Borey), est sorti de son hall de construction pour être baptisé en 2007 puis mis à flot en février 2008, après douze années de construction, il n'a pas encore pris la mer. De plus, les missiles stratégiques qui l'arment, les SS-NX-30 Bulava, ne sont toujours pas opérationnels malgré quatre années d'essais. Deux autres SNLE du même type sont néanmoins en construction et un quatrième sera mis sur cale cette année. Il est grand temps pour la Russie qu'ils entrent en service car après le désarmement des Yankee, Delta I et Delta II intervenus ces dernières années, viendra bientôt le tour des Delta III.

Sous-marin du type Akula (© : MARINE RUSSE)
Sous-marin du type Akula (© : MARINE RUSSE)

Ne vont donc subsister à court terme que six Delta IV (tous modernisés récemment) et trois Typhoon (dont un seul doté de nouveaux missiles). La situation est également délicate pour les sous-marins nucléaires d'attaque puisque bientôt les Victor III auront disparu et deux des trois Akula en cours d'achèvement vont être transférés à la Marine indienne. Le Nerpa, qui devait l'être en 2009, a été victime d'un grave accident lors de sa première sortie en mer, en octobre. Le déclenchement d'un système d'extinction d'incendie a provoqué la mort de 20 personnes.

Sous-marin classique du type Lada (© : MARINE RUSSE)
Sous-marin classique du type Lada (© : MARINE RUSSE)

En matière de SNA, une seule nouvelle classe est en construction, le type Severodvinsk dont un seul exemplaire est en chantier depuis maintenant quatorze ans. De plus, la situation n'est guère meilleure pour les sous-marins classiques : seules deux unités du type Lada sont en construction, le bâtiment tête de série, le St Petersburg, étant pour sa part maintenant en service. On notera, par ailleurs, que le sous-marin Sarov est opérationnel depuis le mois d'août. Il s'agit d'un bâtiment dérivé du type Kilo et muni d'une propulsion auxiliaire nucléaire.

Le croiseur Pierre le Grand (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le croiseur Pierre le Grand (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Les navires de combat de surface connaissent également une situation difficile car les dernières grandes unités incorporées sont le croiseur nucléaire Petr Velikiy, mis en service en 1998, et le destroyer lance-missiles Admiral Chabanenko opérationnel depuis 1999. De nombreux Sovremennyy et plusieurs Udaloy ont été désarmés ainsi que la quasi-totalité des frégates des types Krivak I et II dont il ne reste plus que quatre exemplaires. Un début de renouvellement timide a commencé avec l'admission au service actif, en février 2008, de la frégate légère Steregushchiy, soit six ans après sa mise sur cale. Quatre autres en sont à différents stades de réalisation.

Le Steregushchiy (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Le Steregushchiy (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)



Le Steregushchiy (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Le Steregushchiy (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

De nouvelles classes de navire de combat de surface devraient voir le jour, notamment les frégates du type Dozornyy de 4500 tonnes dont la tête de série, l'Admiral Gorshkov, a été mise sur cale en 2006. L'ex-frégate Novik sera achevée comme navire-école sous le nom Borodino et un nouveau type de destroyers, le projet 21956, est destiné à remplacer les Sovremennyy dans un premier temps. Notons enfin que les deux frégates du type Neustrashimyy dont la construction avait été arrêtée à la fin des années quatre-vingt dix faute de crédits budgétaires, vont être achevées et que la modernisation du croiseur lance-missiles Ochakov arrêtée depuis plusieurs années vient de reprendre.
Une nouvelle série de petits bâtiments, les corvettes du type Buyan, commence à entrer en service et un nouveau dragueur océanique, le Vitse-admiral Zakharin vient de rallier la flotte.

Le ravitailleur Ozipov (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le ravitailleur Ozipov (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le grand bâtiment de débarquement de chars Ivan Gren, prototype d'une nouvelle série, devrait commencer à naviguer en 2009, de même que plusieurs grands navires auxiliaires en achèvement appartenant tous à des nouveaux types, le navire de sauvetage Igor Belousov, le bâtiment de renflouement Zvezdochka et le navire collecteur de renseignements Yuriy Ivanov.
Enfin, un navire de transport des déchets radioactifs provenant du démantèlement des sous-marins nucléaires de l'époque soviétique a été commandé cet été aux chantiers Fincantieri. Ce navire, construit dans le cadre d'un programme international, a sera financé par l'Italie (70 millions d'euros).
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Tour d'horizon réalisé avec le soutien de Bernard Prézelin, auteur de FLOTTES DE COMBAT 2008, où vous pouvez retrouver tous les navires et équipements de la marine russe.


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