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Focus : Les marines du continent africain

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Deux des trois marines nord-africaines progressent très sensiblement. Redoutant l’expansion de sa voisine algérienne la marine marocaine va, non seulement se moderniser, mais également se renforcer avec l’acquisition de grands et puissants bâtiments : ainsi la mise en service en 2013 de la frégate Mohammed VI du type FREMM français lui conférera une puissance de feu dont elle ne disposait pas jusqu’à maintenant (cette frégate sera cependant dépourvue de missiles de croisière) ; il en est de même avec la livraison par les chantiers néerlandais des 3 corvettes du type Sigma intervenue en 2011 et 2012. Par ailleurs elle fait procéder à une remise à niveau de la plupart de ses patrouilleurs, tout en incorporant de nouveaux bâtiments tel le Bir Anzarane construit en France et qui pourrait être suivi par 5 autres unités. L’acquisition de sous-marins serait par ailleurs envisagée. On évoque le type 209/1200 allemand, ou le type S1000 russo-italien.

 

 

Frégate du type FREMM (© : MICHEL FLOCH)

 

Corvette marocaine du type Sigma (© : DAMEN)

 

Le patrouilleur Bir Anzarane (© : MICHEL FLOCH)

 

 

La marine algérienne monte effectivement en puissance puisque ces 3 dernières années elle a réceptionné 2 nouveaux sous-marins du type Kilo (2 autres devant être prochainement commandés) ce qui, s’ajoutant aux 2 Kilo récemment modernisés en Russie, donnera à l’Algérie une force sous-marine égale ou supérieure à celles de l’Italie, de l’Espagne, des Pays-Bas et de l’Allemagne). Trois remorqueurs d’assistance et de sauvetage du type UT 515 ont également été livrés par les chantiers norvégiens. L'Algérie a, de plus, commandé en 2011 et 2012 pas moins de 2 frégates lance-missiles du type Meko A200 à l’Allemagne puis 2 autres à la Chine, ainsi qu’un porte-hélicoptères d’assaut (BDSL) doté de capacités de défense aérienne à l’Italie.

 

 

Sous-marin algérien du type Kilo (© : MARINE NATIONALE)

 

Remorqueur algérien du type UT 515 (© : GED.SMUGMUG.COM)

 

Frégate du type Meko A200, ici sud-africaine (© : SAN)

 

 

Le futur BDSL algérien (© : ORIZZONTE SISTEMI NAVALI)

 

 

Les évènements du « printemps arabe » n’ont en revanche pas permis à la Tunisie, la Libye et l’Egypte d’améliorer la situation de leurs forces navales respectives.

La marine tunisienne n’a pas vu sa situation évoluer, seule la garde nationale ayant pris livraison, le 28 décembre 2012, des 2 premiers d'une série de 6 patrouilleurs de 35 mètres et 140 tonnes commandés en Italie.

 

Suite à la guerre civile et l’intervention occidentale du printemps et de l’été 2011, son homologue libyenne a, pour sa part, été, si ce n’est anéantie, du moins en majeure partie détruite. Ayant notamment perdu une frégate, 2 corvettes lance-missiles et 5 patrouilleurs lance-missiles, elle doit maintenant se reconstituer.

 

Quant à la marine égyptienne, elle a dû renoncer à l’acquisition auprès de la Norvège de 6 patrouilleurs lance-missiles de seconde main et d’un bâtiment de soutien, envisagée avant la chute du régime Moubarak. Elle va cependant recevoir en 2013 et 2014 les 4 patrouilleurs lance-missiles du type Ambassador commandés aux Etats-Unis en 2008 et 2010 (le premier, le Solomin Ezzat, est en essais). L'Egypte souhaite également faire construire 2 sous-marins du type 209 en Allemagne. Malgré l’hostilité à ce projet manifestée ostensiblement par Israël, les négociations seraient selon certaines sources toujours d’actualité.

 

 

Patrouilleur du type Ambassador (© : EGYPT-MILITARY PICTURES)

 

 

Quant aux marines de la façade atlantique de l’Afrique sub-saharienne, elles se renforcent pour protéger les ressources pétrolières et/ou halieutiques nationales, souvent avec l’aide (très peu désintéressée) de la Chine qui avec ses livraisons de patrouilleurs océaniques ou côtiers bon marché s’est littéralement substituée à l’URSS des années 70 et 80. Ont ou vont ainsi bénéficier de la manne chinoise les marines du Ghana, du Nigeria, du Congo, de l’Angola et de la Namibie. Les autres marines du continent se tournent vers leurs fournisseurs de vedettes occidentaux habituels (Sénégal, Guinée, Bénin, Gabon, Cameroun). L’Espagne a par ailleurs transféré quelques surplus à la Mauritanie, au Sénégal et au Mozambique, à savoir ses patrouilleurs du type Conejera, tout comme la France qui a transféré 2 patrouilleurs au Cameroun (Grèbe) et au Kenya (La Rieuse) et 2 engins de débarquement au Sénégal (Sabre) et à Djibouti (Dague). La Mauritanie s’est, en outre, dotée d’un patrouilleur de 60 mètres, l’Awkar, construit en Chine et livré en décembre 2012.

 

 

Patrouilleur livré en 2012 par Ocea au Bénin (© : BERNARD PREZELIN)

 

Patrouilleur commandé à Raidco Marine par le Sénégal (© : RAIDCO MARINE)

 

L'ex-Sabre a été transféré au Sénégal (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Le cas de la Guinée Equatoriale mérite d’être signalé puisque ce pays a acquis au cours des 5 dernières années pas moins 6 bâtiments neufs, dont une corvette (auprès de la Bulgarie), 2 patrouilleurs océaniques (auprès d’Israël), 2 patrouilleurs et un grand bâtiment de débarquement et de soutien (auprès de l’Ukraine).

Quant à la marine nigériane, outre l’acquisition prochaine des 2 corvettes du type P18N commandées à la Chine évoquée ci-dessus et dont la première a été mise sur cale en octobre 2012 (et de 2 autres qui auraient été commandées l’an dernier à l’Inde), elle a reçu un grand bâtiment océanique, l’ex-cotre de l’US Coast Guard Chase du type Hamilton, ainsi qu’un certain nombre de petits patrouilleurs ou vedettes en provenance de France, Israël, Malaisie, Singapour et même de ses propres chantiers.

La marine namibienne a pris possession en 2012 de son plus grand bâtiment l’Elephant construit en Chine ; il a remplacé une ancienne corvette transférée par le Brésil qui a par ailleurs livré récemment à cette marine un patrouilleur et 2 vedettes.

 

 

L'ex-cotre américain Chase, repris par le Nigéria (© : USCG)

 

L'Elephant, de la marine namibienne (© : DROITS RESERVES)

 

 

Ayant en grande partie renouvelé sa flotte entre 2005 et 2008 avec l’acquisition auprès de l’Allemagne de 3 sous-marins du type 209/1400 et de 4 frégates du type Meko A200, la marine sud-africaine doit maintenant remplacer ses patrouilleurs dans le cadre du projet Biro. Mais les moyens budgétaires lui font actuellement défaut et elle est donc contrainte de prolonger ses 3 derniers patrouilleurs du type Reshef quelques années encore et va les moderniser succinctement. Elle a de même dû retarder son projet d’acquisition d’un grand bâtiment amphibie et d’un nouveau pétrolier-ravitailleur. Par ailleurs, les patrouilleurs océaniques des garde-côtes (le Sarah Baartman et les 3 unités du type Stan Patrol 4708), dont l’armement était confié à un opérateur civil et qui avaient été transférés à la marine, ont versés en février 2013 au ministère de l’Agriculture, des Forêts et des Pêches.

 

 

Frégate du type Meko A200 (© : SAN)

 

Sous-marin sud-africain du type 209 (© : SAN)

 

 

Le patrouilleur Sarah Baartman (© : M. NITZ - COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

 

Patrouilleur du type Stan Patrol 4708 (© : M. NITZ - COLLECTION FDC)

 

 

Pour ce qui concerne la côte est de l’Afrique, le seul fait à mentionner concerne la Marine kényane qui a fini par accepter le patrouilleur Jasiri après 7 années de contentieux avec le chantier constructeur espagnol ; elle a également acquis l’ex-patrouilleur français La Rieuse et a réceptionné ses 2 patrouilleurs du type Nyayo après modernisation en Italie.

 

 

L'ex-Rieuse, acquise par le Kenya (© : MARINE NATIONALE)

 

 

 

Article de Bernard Prézelin, auteur de Flottes de Combat

 

 

 

Flottes de Combat, l'ouvrage de référence des forces navales (© : MARINES EDITIONS)