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Forte mortalité de dauphins sur la façade atlantique
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Forte mortalité de dauphins sur la façade atlantique

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Pourquoi autant de dauphins morts, cet hiver ? En trois mois, le nombre de dauphins échoués a déjà dépassé le chiffre de l’année 2018 (voir infographie). « Janvier, février et mars sont les mois où la mortalité des dauphins est la plus forte », précise Hélène Peltier, chargée du programme « Cétacés et activités humaines », au sein de l’observatoire Pelagis, à La Rochelle. « Le début de l’année est le moment où l’interaction avec les bateaux de pêche est la plus forte, reprend-elle, et les dauphins mangent des poissons (maquereaux, sardines…) qui sont les proies des cibles de certains pêcheurs (bar, merlu…). Ils se trouvent donc dans les mêmes secteurs que les zones de pêche, à un moment où le chalut pélagique est fortement utilisé ».

Comment ces dauphins meurent-ils ? La proportion de dauphins morts, en lien avec l’activité de la pêche, est estimée entre 75 et 90 % par l’institut rochelais et Sami Hassani, chef du service mammifères marins et oiseaux de mer, à Océanopolis, à Brest. « Les captures accidentelles laissent des traces visibles et qui ne laissent pas de place au doute : coupures, nageoires parfois découpées au couteau… On trouve des traces de mort brutale sur la plupart des dauphins échoués : poumons remplis de sang, présence de poissons dans la gorge… Seulement 3 % des dauphins s’échouent vivants et certains meurent aussi de leur belle mort. Ces chiffres ne prennent pas en compte les dauphins morts en mer. Il faut aussi préciser que les tempêtes ne sont pas une cause de mortalité, elles ne font que rendre visible cette mortalité », ajoute Hélène Peltier.

Afin de définir des zones à risques et d’étudier le plus précisément possible les causes de mortalité des dauphins, l’observatoire Pelagis a établi des critères de décomposition en s’appuyant sur les cas déjà étudiés afin de déterminer la date du décès et s’appuie sur un outil de Météo France paramétré pour les dauphins (dérives, courants…) pour établir le lieu du décès. « Cette collaboration scientifique nous permet de remonter le temps », résume Hélène Peltier.

Peut-on parler de déclin de l’espèce ? « Les indicateurs ne le montrent pas mais il faut s’en méfier car le jour où l’on observe un déclin d’une espèce, c’est déjà trop tard », prévient Hélène Peltier. L’observatoire Pelagis estime ainsi à 200 000 le nombre de dauphins vivant dans le secteur Golfe de Gascogne - Manche Ouest, mais à plus ou moins 25 %. « 200 000, ça paraît beaucoup mais ce n’est qu’une estimation, un instantané qui ne prend pas en compte la reproduction de l’espèce et rend toute projection difficile ». Une femelle dauphin se reproduit pour la première fois à l’âge de huit-neuf ans et fait moins de dix petits dauphins dans sa vie. Son espérance de vie tourne autour de 50 ans.

Y a-t-il une prise de conscience ? La visite du ministre de la Transition écologique et solidaire, ce vendredi, à La Rochelle, semble aller dans ce sens. « Sous l’égide du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et de celui de la Transition écologique et solidaire, un groupe de travail réunissant scientifiques, ONG, pêcheurs a été mis en place, il y a deux ans, afin que chacun expose ses contraintes », ajoute Sami Hassani. Malgré les intérêts divergents entre ceux qui vivent de leur métier et ceux qui veulent protéger l’espèce, l’heure est plutôt à la collaboration des uns et des autres face à l’urgence. « Il faut préciser que tous les types de pêcherie ne sont pas concernés et il faut aussi parler du rôle de la pêche étrangère dans ces zones. Mais si certains pêcheurs sont dans le déni ou l’hostilité, il faut aussi souligner que beaucoup d’entre eux ont pris le problème à cœur et sont impliqués en facilitant la présence d’observateurs ou de scientifiques sur leurs bateaux », conclut Hélène Peltier.

Un article de la rédaction du Télégramme