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Francis Vallat : « Il est impossible de regarder ailleurs ou de nier le drame venu de Libye »

Interview

Francis Vallat : « Il est impossible de regarder ailleurs ou de nier le drame venu de Libye »

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Francis Vallat a présidé l'association SOS Méditerranée pendant plus de trois ans. Des années pendant lesquelles il a pu voir la mobilisation des équipes, de l'opinion publique mais aussi la montée des pressions politiques et la violence déchaînée par la question du sauvetage des migrants en Méditerranée. Alors qu'il vient de passer le relais à François Thomas (voir notre interview), il revient sur cet engagement qui l'anime plus que jamais.

Cette interview a été réalisée avant l'annonce de l'affrètement de l'Ocean Viking. 

 

MER ET MARINE : Quelles sont les raisons qui vont ont poussé à prendre la présidence de SOS Méditerranée il y a plus de trois ans ?

FRANCIS VALLAT : A vrai dire elles sont nombreuses, même si lorsque la proposition m’a été faite début 2016 j’ai pris quelques jours pour réfléchir avant d’accepter. Je soupçonnais bien en effet que ça ne serait pas un long fleuve tranquille… Sans compter que je présidais encore le Cluster Maritime Européen et que, quelles que soient les promesses qui m’étaient faites d’une charge de travail raisonnable, j’étais sûr que je ne pourrai (ni inconsciemment ne souhaitais) faire autrement que donner toute mon énergie pour cet engagement.

En fait cela faisait quelques mois, depuis la fin de l’automne 2015, que je donnais un coup de main « maritime » à cette toute jeune association. SOS Méditerranée était encore peu connue à l’époque, et ses deux fondateurs (l’humanitaire Sophie Beau et le commandant Klaus Vogel de la marine marchande allemande) étaient venus aux Assises de l’Economie Maritime de Marseille chercher un soutien maritime. Je les avais reçus et ils m’avaient vite convaincu de la justesse de leur cause, d’autant qu’ils refusaient à l’avance toute récupération politique pour ce combat humanitaire, ce qui était essentiel ; et que de mon côté cela faisait plusieurs mois que je souffrais vraiment, avec d’autres responsables du milieu maritime d’ailleurs, de voir notre Méditerranée devenir un cimetière épouvantable de familles innocentes. C’était après l’interruption de la belle et efficace opération « Mare Nostrum » menée en 2014 par l’Italie d’alors, généreuse mais si seule hélas. En fait cette opération avait été stoppée sous la pression honteuse - déjà - de l’Europe au nom de la théorie de l’appel d’air, qui se révèlera par la suite aussi complètement fausse que dangereusement perverse et redoutable par son apparent bon sens. Or le mépris des lois les plus sacrées de la mer m’atterrait et me révoltait, au delà de la non-assistance à personnes en danger, d’autant qu’il y avait déjà eu plusieurs milliers noyades -près de 60.000 morts à ce jour depuis le début de la crise -, en outre tout près des côtes européennes . J’avais d’ailleurs participé à plusieurs réunions, avec des amis armateurs ou du Cluster, sans que nous trouvions véritablement que faire.

Ma conviction était toute simple : quelles que soient les difficultés et complexités générées par les questions migratoires que je n’ai jamais sous-estimées, une chose était, elle, simple, lumineuse, indiscutable : la nécessité du sauvetage. La solution ne pouvait pas être que tous ces hommes, femmes, enfants coulent ! En laissant d’ailleurs au passage couler notre âme et notre identité ou notre crédibilité européennes si souvent brandies aujourd’hui, et qui sont faites avant tout de ces valeurs partagées que nous cherchons nous-mêmes à faire respecter dans le monde entier, qu’on les appelle humanistes, républicaines, démocratiques ou…historiquement chrétiennes.

J’étais convaincu qu’il fallait se mobiliser, qu’agir était essentiel, et que je devais donner cette dernière dimension à l’ultime étape de ma vie active.

Et puis il faut se rappeler qu’à l’époque tout le monde ou presque soutenait cette démarche humanitaire, probablement hélas car la quasi-totalité des migrants venant de Libye arrivaient dans l’assez lointaine Italie, laissée seule face à la crise même si elle était aidée financièrement par l’Union Européenne. Un manque de solidarité des autres Etats qui comme c’était prévisible fut d’ailleurs la première cause de l’arrivée au pouvoir de son gouvernement extrémiste d’aujourd’hui. On l’a oublié mais cette situation « commode », maintenue jusqu’à la « fermeture » des ports italiens mettant en juin 2018 l’Europe face à ses contradictions, illustrées par l’odyssée de l’Aquarius, a fait que SOS Méditerranée a attiré pendant près de deux ans une sorte de sympathie générale, et même de reconnaissance manifestée par les nombreux prix reçus à Bruxelles ou ailleurs pour son action. 

Difficile à imaginer aujourd’hui alors que même si les flux ont drastiquement baissé par rapport à 2016 et 2017, nos pays sont à leur tour directement confrontés à la situation, et à une extrême-droite hyper-active et organisée qui a réussi à diviser l’opinion et qui paralyse nos gouvernements tétanisés. Or c’est l’absence de stratégie face à la crise migratoire, et de cadre pérenne au moins pour le sauvetage, qui rendent le contexte encore plus anxiogène et favorisent une médiatisation exacerbée à chaque fois qu’un bateau chargé de quelques dizaines de naufragés ne trouve pas de port sûr de débarquement.

Tout ceci pour dire qu’on est apparemment loin du contexte qui m’a vu accepter la présidence en 2015. Mais qu’en réalité et en profondeur la nécessité de sauver reste toujours la même et pour les mêmes raisons. D’ailleurs sur le plan politique notre langage n’a pas changé, qui consiste à dire aux gouvernants que la seule compétence que nous revendiquons est le sauvetage, que nous n’avons pas la légitimité pour faire ou dire plus, mais que leur légitimité et leur compétence - à eux - exigent qu’ils définissent enfin une politique et un cadre stables dans ces matières.

Quels sont vos souvenirs les plus marquants ?

Ma première rencontre avec Sophie Beau bien sûr, personnalité claire, volontaire, rayonnante…comme l’autre directrice Fabienne Lassalle d’ailleurs, qui est aussi exceptionnelle. Autrement et dans le désordre je citerais volontiers le jour où une délégation du Bureau de SOS Méditerranée venue recevoir, à un buffet networking du Cluster Maritime Français, le  Prix « Coup de cœur de l’année 2015, m’a demandé en a-parte si j’accepterais la présidence de l’association. Je citerais encore ma plongée dans le monde des ONG, dont la gouvernance est particulière, même si je dois dire que SOS Méditerranée est vraiment très professionnelle et bien structurée. J’avais déjà certes eu plus qu’un avant-goût des ONG en présidant « 7eme Continent » ou en fréquentant nombre d’entre elles pour la préparation de la COP21 via la POC Plateforme « Océans Climat », mais là ce fut vraiment spécial, surtout dans le contexte politique erratique que vous connaissez. Disons que la fonction de président y est exposée en externe et en interne plus et autrement que dans le monde économique, et que bien souvent il faut accepter que les chemins de l’efficacité passent pas un dialogue ininterrompu, du temps passé sans compter, des échanges parfois vifs, des sensibilités qui ne sont pas toujours de même nature que celles des milieux civils traditionnels. Par exemple une partie du travail du président est de veiller toujours à ce que les directrices générales, directions et équipes de permanents puissent exercer leurs lourdes responsabilités le plus sereinement possible, à ce que chaque instance agisse et soit respectée dans son périmètre de compétence, à ce qu’il n’y ait pas de mélange de niveaux de façon à ce que l’action soit privilégiée et claire, à ce que dans le même temps chacun soit considéré comme il se doit, y compris les donateurs et souvent les bénévoles qui sont absolument essentiels mais qui ne peuvent ni ne doivent être exécutifs… C’est le même défi humain et passionnant qu’en entreprise mais dans un milieu tellement différent.

Mais il y aussi des souvenirs plus concrets ! Une escale à Catane, où mon anniversaire fut fêté par et avec une équipe de sauveteurs, dont deux costumés en Marylin Monroe chantant un improbable « Happy birthday, Mr President ». Cela au soir d’une très longue journée de débriefings (le bateau rentrait de mission avec plus d’une centaine de réfugiés). Journée où j’avais été bluffé par l’engagement et le professionnalisme de nos équipes SAR et de celle médicale de MSF, par leur enthousiasme, mais aussi par les blessures de l’âme dont ils devaient se remettre quasiment au retour de chaque mission. Journée où j’avais pu aussi vérifier - en arrivant le matin au débarquement des réfugiés, et en voyant leur sourire timide et reconnaissant, encore incrédule - la nécessité absolue que nous soyons là et que nous continuions, nous et d’autres sauveteurs. Avec l’évidence de l’impossibilité de regarder ailleurs ou de nier de bonne foi le drame venu de Libye.

Je me rappellerai aussi toujours le départ définitif de l’Aquarius de Marseille un certain 31 décembre 2018, après qu’il eût été accablé de procédures indignes et illégales et interdit de pavillon. Je n’y étais pas physiquement car je devais rester vissé à Paris mais je voyais les images et croyez-moi, c’était dur, presqu’autant que pour nos navigants et nos équipes à terre. Emotion… Je me souviendrai aussi des extraordinaires soirées pour nos « Appels du 8 juin »  au théâtre de « La criée » à Marseille en 2017, ou au MUCEM en 2018 (1400 personnes alors que nous ne savions pas qui viendrait !), soirées de ferveur, de témoignages de toutes sortes…pierres blanches parmi tous les évènements (concerts et autres…500 par an) qu’organise SOS Méditerranée maintenant.

Et comment ne pas citer les moments stressants et compliqués, vécus avec la direction, le bureau, et la direction opérations en particulier, lors des étés 2017 (code de conduite discuté avec le gouvernement italien) ou surtout 2018 (lorsque nos avons perdu le pavillon de Malte puis de Panama, à la suite exclusivement de pressions politiques indignes…et que l’homme de mer que je suis n’aurait jamais cru vivre) ? Ou encore les moments gratifiants connus avec des rescapés ou face à de merveilleux publics partout devant la France profonde ? ou ceux partagés plus ou moins officellement avec des responsables civils et militaires faisant tout leur possible pour trouver des solutions lorsque le contexte pouvait devenir dangereux ? Tous ces moments aident à supporter les moments les plus horribles ou les plus difficiles. Je songe en particulier d’un côté aux quelques sauvetages opérés dans des circonstances atroces et traumatisantes pour nos équipes : quand il faut choisir qui sauver, quand flottent autour de vous des corps d’enfants, quand, quand, quand… Et de l’autre aux violences ou à la bêtise de ceux qui nous attaquent avec une violence haineuse, comme si nous étions, nous, des criminels ou des inconscients irresponsables. Je songe à l’invasion de nos bureaux de Marseille, à l’odyssée pitoyable du navire affrété par l’extrême-droite en août 2017 pour menacer l’Aquarius, aux contrevérités proférées à l’envi dans les médias par des moralisateurs extrémistes pas gênés de mentir. 

En fait j’ai trop de souvenirs marquants, il y faudrait un livre !

Avez-vous senti une évolution dans le rapport entre le public et l'ONG?

En novembre 2015, jamais je n’aurais imaginé ni l’incroyable progression de SOS Méditerranée ni les difficultés qui à la fois l’assaillent et la stimulent aujourd’hui. En fait la vérité devrait être son bouclier, alors que les manipulations, le mensonge, la stratégie de criminalisation des ONG sèment le trouble sur son action. Jamais je n’aurais cru que le sauvetage, simple et pur tel que nous le pratiquons, pourrait être un jour contesté et empêché. Jamais je n’aurais imaginé entendre d’un Etat qu’il était prêt à nous donner son pavillon à condition que nous ne pratiquions pas de sauvetage... Alors évidemment, quand le mensonge compte autant que la vérité ça trouble ! Et je comprends que tout ce qui se raconte puisse ébranler certaines personnes mal informées ou désinformées, voire les braquer à tort, ou encore les pousser à ne pas trop se mouiller, à ne pas trop écouter leur cœur.

Par ailleurs plus que jamais SOS Méditerranée, dont l’action est certes politique puisqu’elle participe de la vie de la Cité, refuse de se perdre dans la politique. Comme je vous l’ai dit au début nous sommes des citoyens français et européens qui interpellons l’UE seulement pour demander que nos gouvernants décident enfin un cadre pérenne nous permettant de sauver et amener les naufragés dans des ports sûrs selon la lettre et l’esprit du droit international maritime, rien de plus, c’est-à dire ailleurs qu’en Libye où il est maintenant démontré que règnent bien les crimes contre l’humanité. Nous sommes là pour agir et répéter inlassablement que notre âme d’européens menace de couler avec les naufragés; pour hurler que renoncer à nos valeurs communes détruirait notre identité plus sûrement que toute invasion souvent fantasmée. C’est en tout cas ce qui nous réunit chez SOS Méditerranée et que comprend la très large part de l’opinion publique qui nous soutient, dans la grande diversité de nos origines politiques ou sociales. Sauver des vies humaines. En témoignent d’ailleurs nos 50.000 donateurs de toutes origines sociales et politiques, fidélisés pour beaucoup, et  rassemblés en à peine quatre ans et malgré toutes les controverses ou notre absence temporaire de Méditerranée centrale.

J’ajouterais trois points, en me référant une dernière fois à ce qui devrait être la référence de tous, la vérité vraie de notre action strictement humanitaire, et j’allais dire désespérément mais opiniâtrement citoyenne :

Le premier est que quels que soient les reproches indignes qui nous sont faits (appel d’air, encouragement immigrationniste, manque de transparence financière ou opérationnelle, complicité avec les passeurs criminels, non- coordination avec les autorités, recueil de migrants dans les eaux territoriales libyennes etc), les faits objectifs et tous démontrés prouvent leur inanité, et que nous sommes irréprochables sur chacun d’entre eux.

Le deuxième est que le fait même que pour nous démolir il faille travestir la vérité est un hommage à notre action et à notre rigueur. La calomnie est notre ennemie, comme l’hypocrisie. Nous ne sommes certes pas parfaits, mais nous ne serons jamais pris en défaut en matière de respect du droit et de l’éthique. 

Le  troisième est un constat : regardez qui ment, qui nous gênons, qui nous attaque, toujours avec d’autres arrière-pensées que le sauvetage ? et regardez qui monte au créneau pour rétablir les faits, que ce soit sur les ONG de sauvetage ou la réalité de l’enfer libyen qui ne peut constituer un safe port ?  Je pense au Secrétaire Général de l’ONU, à l’Agence des Droits fondamentaux de l’Union Européenne, à Frontex même - qui a refusé d’être manipulée pour désinformer - ou encore récemment à la cheffe de la diplomatie de l’UE. Tous acteurs dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont jamais montré pour nous la moindre complaisance.

Comment imaginer le départ en mer d'un nouveau navire, compte-tenu du contexte politique?

Plus que jamais notre place est en mer, sur zone, où nous serons bientôt et à nouveau présents n’en doutez-pas.

Et oui bien sûr les embûches ont été multipliées après que nous ayons dû nous séparer de l’Aquarius dans la douleur car après avoir sauvé 30.000 personnes dont un grand nombre de femmes et d’enfants, ce navire symbole était devenu la cible principale d’attaques aussi honteuses qu’artificielles, injustifiées, et de procédures illégales au dire même des plus grands juristes maritimes. Mais croyez-moi même si je ne suis plus en charge, je sais que notre direction opérations et tous nos responsables, le président, la direction, continuent de travailler efficacement à surmonter les derniers obstacles. Donc nous arriverons bientôt à naviguer, à sauver à nouveau. C’est d’ailleurs d’autant plus notre devoir que la Méditerranée centrale reste la zone la plus meurtrière du monde, que les navires sauveteurs subissent tour à tour les avanies que vous savez, et que parfois ceux qui s’y trouvent sont bloqués ou ballotés...avec plus ou moins de succès. Ce sera d’ailleurs probablement aussi notre destin un certain temps, mais c’est le seul moyen d’abord que moins de personnes se noient au surplus dans un silence souvent assourdissant, ensuite pour qu’un cadre général stable et complet du sauvetage soit enfin défini et financé, par exemple par quelques pays riverains aidés par d’autres pays désireux de revenir au droit et à l’humanisme qui sont nos valeurs profondes. Cela pourrait être par exemple - mais je n’ai naturellement aucune information ni aucune compétence pour l’affirmer même si je suis aujourd’hui plus libre de dire mon opinion - le fruit d’un accord entre ces mêmes pays qui au coup par coup interviennent après chaque sauvetage pour se répartir les naufragés…et qui à certains égards souffrent sûrement comme nous de l’incommodité, de la précarité, et de la répétition de cette situation inacceptable mais toujours recommencée.

Je ne vous en dirai pas plus sur les préparatifs du retour en mer de SOS Méditerranée, tant nous avons appris à nous méfier des extrêmes prêts à tout pour nous arrêter, et à redouter les dangers d’informations immédiatement exploitées par des activistes sans scrupules. J’ajouterais seulement que SOS Méditerranée, qui a su au moins créer par son professionnalisme le respect de tous les gens de mer en Mediterranée, a le devoir de mettre en jeu « sur le terrain » cette crédibilité pour pousser les Etats à agir, à sa propre manière certes, mais comme ont pu ou plutôt ont dû le faire récemment d’autres ONG présentes dans la zone.

Quel rempart reste-t-il quand des pays européens choisissent délibérément de ne pas appliquer le droit international?

Aucun ! Nos seules vraies protections sont ou seraient le respect du droit et le respect de la vérité. Si l’un et/ou l’autre sont bafoués nous n’avons plus aucun rempart sûr. C’est d’ailleurs ce qu’ont démontré l’année dernière les chantages et autres manipulations du droit qui ont finalement réussi à éliminer l’Aquarius. Nous disposons cependant de trois forces : la pureté de notre concept : « le sauvetage, tout le sauvetage, dont la notion de port sûr, mais rien que le sauvetage »;  le refus de toute politisation de notre action et la conviction que les Etats de droit ne pourront plus longtemps tolérer que la Méditerranée reste une zone de non-droit, avec toutes les conséquences négatives aussi bien humaines qu’opérationnelles que cela a commencé à avoir, et qui ne manqueront pas de se multiplier et de s’amplifier - en mer comme à terre - si une solution acceptable n’est pas trouvée pour au moins les réfugiés de Libye.

Gardez-vous des fonctions au sein de SOS Mediterranée ?

Je reste l’un des administrateurs, et l’un des porte-paroles éventuels de l’association à la demande ; je reste par ailleurs à la disposition du bureau, du président ou de la direction s’ils le jugent utiles, et le conseil m’a fait la joie de me nommer Président d’honneur, ce qui est juste symbolique. Mais surtout j’ai un successeur remarquable, grand professionnel et homme de cœur, engagé et respecté, et qui a très vite pris la dimension du poste. La confiance entre nous est totale, mais que ce soit clair, c’est bien lui qui est président et agit comme tel, et ma disponibilité n’est et ne sera activée que s’il le souhaite. Et c’est pareil s’agissant de la direction, pour qui j’ai une estime profonde proche de l’admiration. D’ailleurs si j’ai voulu - comme toujours dans les fonctions que j’ai exercées précédemment - partir volontairement, c’était pour qu’il y ait du sang neuf. Et seulement quand j’ai eu la certitude que la suite serait pleinement assurée par une personne en qui je croyais, et qui d’ailleurs a déjà su créer le respect. Ca n’était donc pas pour revenir maintenant les perturber, même si s’éloigner du quotidien de SOS Méditerranée ne fut pas facile pour moi, tant j’ai admiré ces équipes à la fois incroyablement « pros », engagées sereinement, complètement déterminées et désintéressées, très responsables, opiniâtrement constructives, soucieuses de ne jamais envenimer les choses, et se limitant aux missions humanitaires strictes de l'association (sauver, protéger, témoigner)… C’est à dire très loin d’une sorte de militantisme plus ou moins politisé qui aurait dénaturé leur démarche si purement citoyenne et si sensible aux enjeux contradictoires en cause. 

Propos recueillis par Caroline Britz, Mer et Marine, juillet 2019

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