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Francis Vallat : L'inlassable combat pour la France maritime

Interview

Francis Vallat : L'inlassable combat pour la France maritime

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Emblématique président du Cluster Maritime Français depuis son assemblée constitutive, en octobre 2005, Francis Vallat a décidé de passer la main. C’est Frédéric Moncany de Saint-Aignan, actuel président de la Fédération Française des Pilotes Maritimes, qui lui succèdera en décembre prochain, à l’issue des prochaines Assises de l’Economie maritime qui se dérouleront à Nantes. A l’occasion de l’officialisation de cette passation de témoin, nous avons souhaité revenir avec Francis Vallat sur cette annonce, et bien entendu sur le travail considérable accompli par le CMF depuis le début effectif de ses travaux, en mars 2006. L’occasion de faire le point sur cette initiative visant à fédérer les acteurs français du monde maritime, ainsi que sur les dossiers en cours et les futurs défis de l’association, qui compte aujourd’hui plus de 350 membres. 

 

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MER ET MARINE : Vous avez annoncé hier, lors de l’assemblée générale du Cluster Maritime Français à Paris, que Frédéric  Moncany de Saint-Aignan va vous succéder. Pourquoi ce choix ?

 

 

FRANCIS VALLAT : Tout d'abord je pense qu'après neuf ans de présidence depuis la fondation du Cluster, il était sage de passer le flambeau, d'introduire du sang neuf, de l'innovation, en deux mots qu'une nouvelle tête arrive à la barre du Cluster. La continuité est assurée par la permanence d'une équipe remarquable (je pense bien sûr à Philippe Perennez qui l'anime à mes côtés depuis sa fondation, à Marie-Noëlle Tiné, à Alexandre Luczkiewicz, à Emmanuel-Marie Peton, qui chacun à leur place ont accepté de se laisser envahir par la conscience professionnelle, le courage au travail, et le remarquable esprit de service - toujours en alerte, toujours mobilisable - sans lequel le Cluster n'aurait pu occuper la place qui est la sienne dans le paysage français), et par un Conseil d'Administration « engagé », très représentatif et qui est le plus beau que pouvait réunir la France maritime. Contre l'avis de certains, mais sûr de la justesse de la démarche, j'ai donc décidé non de partir, mais de laisser pleinement et entièrement la place de président à un successeur qui serait incontestable au vu de ses qualités, de son adaptation à la fonction, de sa réputation, en fait de sa personnalité telle que la reconnaissent et la saluent tous ceux qui l'ont approché. Donc oui, Frédéric va me succéder et j'en suis très heureux car je sais, plus que lui-même peut-être, sa capacité à prendre toute la dimension du poste, et à y faire encore plus montre de toutes ces qualités qu'il a déjà déployées à la tête de la Fédération Française du Pilotage Maritime, extrêmement active et appréciée sous son leadership charismatique et efficace. 

 

 

Cette passation est un projet que vous mûrissiez depuis un moment…

 

 

Notre souci a été celui d'une grande continuité à la tête du CMF et cette procédure est le résultat d’une véritable identité de vues entre nous deux, en plus d’une grande amitié professionnelle et personnelle. Vous savez, cela fait longtemps que j'y réfléchis et que je l'avais identifié comme celui qui est capable de conduire le CMF sur la route de l'efficacité et d'une action toujours plus dynamique au service de la communauté maritime française. En fait, j'avais prévu de présenter sa candidature, s'il était lui-même d'accord, depuis près de deux ans. Moment où je l'avais contacté pour lui en parler d'homme à homme. Puis, ayant obtenu son accord, j'en avais parlé discrètement avec quelques pères fondateurs du Cluster, qui avaient soutenu mon choix tout en me demandant de ne pas en faire état avant la mise en oeuvre effective du processus de remplacement. Engagement que j'ai respecté sans que cela m'empêche de rencontrer régulièrement et d'échanger très fréquemment avec Frédéric, de le tenir au courant des grands dossiers, de réfléchir avec lui lorsque des évolutions importantes se dessinaient, de commencer vraiment à le familiariser avec mon travail et la fonction.

 

 

Comment va s’organiser la succession ?

 

 

Dans les faits il va prendre les commandes du CMF à la fin des Assises de l'économie maritime de Nantes. Frédéric deviendra président après quelques mois d’action concertée jusqu’à ma démission effective le 3 décembre au soir. Il y aura donc un seul président du CMF jusqu'à cette date, et un seul après, sauf que ça ne sera pas le même! Du 18 juin au 2 décembre, nous participerons ensemble aux rencontres et réunions de haut niveau, afin qu’interlocuteurs institutionnels et membres du CMF le connaissent mieux - pour ceux qui ne l'ont pas encore rencontré et qui ne sont pas si nombreux - et apprécient notre communauté d’analyse, qui n’est pas un affichage mais une vraie réalité. La préparation des 10èmes Assises se fera sous mon autorité, même si Frédéric sera très présent. Et pour finir les 10ème Assises verront la passation officielle de relais devant la communauté maritime réunie, selon des modalités non encore fixées mais qui seront très simples. Ensuite, après le 3 décembre, j'ai accepté de rester conseiller « si besoin », à disposition et seulement sur demande du président, pendant une période de 4 mois maximum (jusqu’au 31 mars 2015), ceci d’autant que, pour ne pas déstabiliser statutairement la Fédération Française des Pilotes Maritimes, Frédéric devra formellement cumuler les deux mandats pendant cette courte période, durant laquelle il privilégiera très largement son travail pour le CMF.

 

 

Quels sont vos projets personnels pour la suite ?

 

 

En plus de la présidence du salon Euromaritime en février 2015, déjà prévue et pour laquelle je travaille avec le Commissaire général et son équipe pour transformer l'essai de 2013, en doublant sa taille et en attirant une proportion massive d'exposants et d'intervenants d'autres pays d'Europe, je vais évidemment rester un administrateur actif et attentif du Cluster, au delà de la période de quelques mois de conseiller que je viens d'évoquer, et surtout sans gêner l'action de mon successeur. En fait je suivrai quelques dossiers limités et très particuliers, toujours sous l'autorité de Frédéric, et nous avons aussi parlé de la possibilité, s'il le souhaite et sur ses demandes, que je représente de temps à autre le CMF dans des évènements ou colloques extérieurs. Je ne dirai pas non plus non à d'éventuelles sollicitations « neutres », par exemple si l'on me demande de parler de la maritimisation du monde, mais ce ne sera jamais sans l'accord explicite du président. Par ailleurs, je n'exclue pas de m'intéresser à des initiatives maritimes si elles sont totalement extra-cluster, mais rien de précis à ce stade...Et surtout il est clair que mon engagement majeur sera pour dynamiser le European Network of Maritime Clusters, que je préside déjà mais auquel je n'ai pu jusqu'à présent, même si j'y ai beaucoup travaillé après l'avoir co-créé, consacrer assez de temps et d'énergie. De fait il reste beaucoup d'efforts à faire avant qu'existe un véritable « Cluster européen » entre les 17 pays concernés. Et puis il faut absolument faire aboutir les combats engagés et qui sont dans l'intérêt de tous, par exemple instaurer une coopération effective avec le futur groupe mer du Parlement européen, pour lequel nous œuvrons d'ores et déjà.

 

 

Faire entendre la voix du maritime auprès de Bruxelles est fondamental ?

 

 

Il faut faire encore mieux reconnaître l’apport majeur du maritime à l’économie européenne, indubitable mais qui n’est toujours pas bien mesuré. Certes la « croissance bleue » évoquée à Limassol en 2012 est totalement justifiée, mais les chiffres mentionnés (5,4 millions d’emplois maritimes, 7 millions en 2020) ne sont pas fiables. Trop d’extrapolations, d’hypothèses discutables, qui pourraient finalement nuire à l'objectif lui-même ou faire douter à tort de sa pertinence. D’où la priorité absolue déjà affichée par le European Network of Maritime Clusters, qui est d’obtenir une étude statistique « scientifique » commandée à des professionnels par la Commission elle-même. Ce sera long, cher, mais c’est indispensable. D’autant que la Commission dépense énormément dans des études dont beaucoup restent dans les tiroirs. Alors que là, les hommes de terrain de 17 pays en ont besoin. On y arrivera ! Le seul problème est le délai, pour une Commission qui est d’accord depuis quelque temps mais qui pensait à autre chose jusqu’à la fin du présent mandat. Grandeur et servitude de la démocratie…         

 

 

Lorsque le Cluster maritime français a été lancé, on se souvient que tout le monde n’était pas vraiment convaincu par son utilité. Pensez-vous qu’il a su, au fil du temps, s’imposer comme un acteur incontournable pour traiter des questions maritimes dans l’Hexagone ?

 

 

Oui, honnêtement je pense que le Cluster est devenu incontournable au fil des années, dès lors qu'il s'agit de politique maritime. Et c'est vrai que ça n'était pas gagné, alors qu'aujourd'hui à peu près tout le monde pense que si le CMF n'existait pas il faudrait l'inventer ! Un peu comme Mer et Marine d'ailleurs, qui est son jumeau médiatique ! Tout cela illustrant ce qu'écrivait Victor Hugo: « il n'y a rien de plus fort qu'une bonne idée qui arrive au bon moment ».

Souvenez-vous, le Cluster s’est constitué et organisé - à l'origine à l’initiative de l’Institut Français de

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