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François Thomas, nouveau président de SOS Méditerranée : « Nous allons repartir en mer »

Interview

François Thomas, nouveau président de SOS Méditerranée : « Nous allons repartir en mer »

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François Thomas est le nouveau président de SOS Méditerranée. Il a succédé à Francis Vallat, qui a effectué un mandat de trois ans à ce poste, lors de l'assemblée générale de l'association le 15 juin à Paris. Officier de marine marchande, François Thomas a exercé de très nombreuses fonctions dans le monde maritime, en mer et à terre, ainsi que dans le secteur humanitaire. Il a terminé sa carrière comme directeur QHSE dans le groupe Louis Dreyfus Armateurs et a pris sa retraite début janvier 2019.  « Alors que nos équipes préparent activement notre retour en mer, j'ai décidé de quitter mes fonctions de président, souhaitant qu'une nouvelle figure, plus jeune, contribue à écrire ce nouveau chapitre de nos opérations. Je suis d'autant plus confiant que François Thomas est une personnalité maritime respectée, à l'éthique forte, qui saura maintenir et amplifier l'action de SOS Mediterranée et continuer de l'inscrire dans sa pureté – le droit, l’éthique, hors de toute considération politique », a déclaré Francis Vallat. 

Nous avons fait le point avec François Thomas à l'occasion de cette prise de fonction.

MER ET MARINE : Quelles sont vos motivations pour rejoindre la présidence de SOS Méditerranée?

FRANCOIS THOMAS : Diplômé de l’école de la marine marchande du Havre, je suis breveté Capitaine de 1ere classe et j’ai passé plus de 40 ans de ma vie professionnelle dans le secteur maritime. Le sauvetage en mer au-delà de la solidarité des gens de mer et des réglementations internationales est indiscutable, c’est de l’assistance à personne en danger. J’ai eu la chance de passer mes vacances d’enfance sur les bords de la Méditerranée près de Toulon, j’en garde des souvenirs merveilleux. Aujourd’hui j’ai du mal à accepter la réalité : depuis 2014 plus de 18.000 personnes sont mortes en tentant la traversée de la Méditerranée.

Francis Vallat est une institution dans le domaine maritime, son engagement pour porter les valeurs de SOS Mediterranée est un exemple pour la communauté maritime, lorsque je l’ai contacté pour voir ce que je pouvais apporter à l’association, il m’a accueilli à bras ouverts ! Je dois dire qu’au fur et à mesure de ma rencontre avec des salariés et des bénévoles, j’ai été impressionné par leur humanisme, leur compétence, leur dévouement et leur vigilance à respecter le droit. C’est un grand honneur pour moi de rejoindre cette association européenne fondée par un capitaine de la marine marchande allemand Klaus Vogel et une humanitaire française Sophie Beau.

Francis Vallat a été nommé président d’honneur, je sais que je pourrai compter sur son expérience si besoin.

Quels sont vos objectifs prioritaires? Un nouveau bateau?  Une levée de fonds? Le dialogue avec les autorités gouvernementales et européennes ?

Nous allons repartir en mer, c’est certain. Les équipes du département opération sont mobilisées. Ce n’est pas simple, il faut un pavillon qui nous soutienne, un navire adapté.

Nous avons 50.000 donateurs, 98 % des fonds proviennent de citoyens européens, il est clair que le futur navire avec lequel nous opérerons sera plus cher compte tenu du marché de l’affrètement actuel, mais nous faisons confiance au soutien de tous nos donateurs. Le président de la République a promis récemment plus d’humanité dans la deuxième partie de son quinquennat, j’espère qu’un dialogue avec l’Etat permettra de trouver les solutions humaines nécessaires pour l’accueil des naufragés. J’ai travaillé 12 ans avec ECHO et la Direction du développement de l’Union Européenne, des porte-paroles de la Commission ont déclaré que les ports libyens n’étaient pas sûrs et que les rescapés ne devaient en aucun cas y être débarqués, cette déclaration rejoint celles de plusieurs organismes des Nations Unies. Les valeurs de l’Union Européenne sont la justice, la solidarité et elles précisent entre autres que la dignité humaine est inviolable. J’espère donc que les Etats européens trouveront des solutions au débarquement des rescapés.

Comment envisagez-vous la poursuite de l'action de SOS Méditerranée dans le contexte actuel, notamment en Italie où les ports sont fermés et un procès mené contre la capitaine d'un navire de l'ONG Seawatch?

Les valeurs de SOS Méditerranée restent inchangées, il est impératif d’être présent et de sauver des vies en Méditerranée tant que l’Union Européenne ne mettra pas les moyens nécessaires pour le faire. Il est clair que la politique mise en place par le gouvernement d’extrême droite italien ne fait qu’aggraver la situation dramatique en Méditerranée centrale et ralentit beaucoup les opérations des navires de sauvetage des ONG présentes. Il faut quand même souligner le travail remarquable des garde-côtes italiens dans le passé en particulier lors de l’opération Mare Nostrum.

La criminalisation des capitaines de navires dans le monde n’est pas nouvelle, c’est un phénomène particulièrement inquiétant. Ce qui est plutôt nouveau et grave, c’est la criminalisation des capitaines pour des faits de sauvetage en mer, j’espère que la justice italienne confirmera que le sauvetage n’est pas un délit.

Propos recueillis par Caroline Britz, Mer et Marine, juin 2019

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