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Frédéric Cuvillier à la rencontre de la pêche bretonne

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Frédéric Cuvillier à la rencontre de la pêche bretonne

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« Je suis venu reprendre des forces auprès des pêcheurs avant les négociations compliquées qui s’annoncent à Bruxelles prochainement. » De bonne heure et de très bonne humeur, Frédéric  Cuvillier, ministre des Transports et de la Mer, a entamé une journée marathon en Bretagne par la visite du port de pêche de Lorient, avant de se rendre aux chantiers Piriou de Concarneau, puis au Guilvinec, où il a passé du temps au lycée maritime avant de rencontrer des pêcheurs artisans.

Le message de la journée était clair. Frédéric Cuvillier est le ministre de toutes les activités maritimes. « Au moment de ma prise de fonction, ce n’était pas explicite. Alors on l’a rajouté. Et j’entends bien rappeler à cette France un peu terrestre toute les possibilités économiques et de développement, et parmi eux, bien évidemment la pêche ». Le ministre est boulonnais, la pêche est dans ses gênes. A quelques mois de la réforme de la politique commune des pêches, le ministre a voulu marquer le coup en allant sur le terrain rappeler son engagement. « Je serai à tous les rendez-vous européens. Notre représentation permanente à Bruxelles est très efficace, mais la présence ministérielle est importante dans l’équilibre des rapports entre les Etats ».

 

Norbert Métairie,maire de Lorient, Frédéric Cuvillier,Olivier Le Nezet, président du CRPM Bretagne 

Norbert Métairie,maire de Lorient, Frédéric Cuvillier,Olivier Le Nezet, président du CRPM Bretagne (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Négocier tous les points de la nouvelle politique commune des pêches

 

Dès sa prise de fonction, le ministre a pu prendre la mesure de l’étendue de sa tâche, quand, en juin, il est parti croiser le fer contre les propositions de la Commission européenne sur la nouvelle politique commune des pêches. Et particulièrement contre trois d’entre elles : les concessions de pêche transférables (qui pourraient permettre la création d’un « marché » de quota de pêche, où les droits de pêche pourraient être vendus par leur détenteur, là où actuellement ils sont attribués sur des critères stricts et personnels), le rejet 0 (qui prévoit que toutes les prises d’un bateau de pêche devront être conservées à bord même si le poisson n’est pas vendable ou valorisable) et le rendement maximum durable (qui aligne l’effort de pêche sur un calcul de renouvellement de la biomasse pour chaque espèce de poisson).

« En juin, nous avons fait l’erreur de partir seuls, de ne pas chercher d’appui auprès de partenaires qui partagent nos idées. A la fin de la nuit, il ne restait que nous et nos amis portugais à continuer les discussions avec la Commission ». Ce qui a affaibli la position française. « Maintenant, il nous faut travailler en équipe et également avec nos députés européens, puisqu’il s’agit de mesures prises en codécision entre le Conseil et le Parlement. En juillet, nous avons réuni 15 pays autour de nous pour les négociations autour du FEAMP (Fond européen pour les affaires maritimes et la pêche) et les résultats ont été bons. Nous allons continuer cette stratégie ».

Une méthode qui semble commencer à porter ses fruits. Il y a quelques jours la Commission a attribué des quotas 2013 et 2014 en augmentation sur deux espèces de poissons de fond, le grenadier et le sabre. La pêche aux grands fonds, qui représente notamment une grosse partie des apports de pêche fraîche de Lorient (armement Scapêche du groupe Intermarché), est pourtant dans le viseur de la Commission européenne, qui a évoqué à plusieurs reprises une interdiction de cette pêche.  Mais, comme cela avait été le cas pour l’attribution des quotas de thon rouge par l’ICCAT, la Commission s’est appuyée sur les avis scientifiques qui faisaient état d’un stock en bon état. Une décision saluée par le ministre qui rappelle « l’indispensable cohésion qui doit désormais régner entre les scientifiques et les pêcheurs ».

 

Le ministre à bord d'un chalutier lorientais  

Le ministre à bord d'un chalutier lorientais  (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Contre la « marchandisation » des mers

 

« Sur la question des concessions de pêche transférables, le principe de subsidiarité a été reconnu. Ce qui signifie que chaque Etat pourra appliquer ou pas la "marchandisation" de la mer. Nous nous y opposons.  En ce qui concerne le rendement maximum durable, nous avons obtenu un calendrier plus favorable pour son application puisque nous avons pu étaler les délais de 2015 à 2020. Enfin, pour le rejet 0, nous avons obtenu quelques assouplissements. Mais nous sommes extrêmement minoritaires en Europe à vouloir négocier cette mesure » Le rejet 0, c’est la grosse angoisse des pêcheurs bretons et français. Garder toutes les prises à bord, cela veut dire devoir faire plus d’aller-retours au port, donc une facture de combustible qui augmente, pour en plus débarquer de la marchandise qui ne pourrait pas être entièrement vendue. Donc parfois à effectuer des marées peu rentables ou, pire, déficitaires.

« Evidemment que nous sommes les seuls à nous en inquiéter », rappelle Alain Coudray, le président du comité départemental des pêches des Côtes d’Armor, « nous sommes presque les seuls à pratiquer de la pêche multi-espèces. Quand on est sur du mono-espèce, cela ne pose pas de problème ». Le ministre connaît le problème. « Il faut que l’on examine toutes les règlementations qui s’appliquent aux engins de pêche pour voir s’il y a des inadaptations qui peuvent parfois avoir un effet pervers ».

 

Un chalutier de l'armement Scapêche (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un chalutier de l'armement Scapêche (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Une formation continue adossée à l’ENSM ?

 

Olivier Le Nezet, président du Comité  régional des pêches et des élevages marins de Bretagne, est heureux de voir son ministre sur ses terres. Il est aussi heureux de voir un ministre impliqué. Mais il a encore beaucoup de sujets de préoccupation. Au premier rang desquels les pêcheurs de l’avenir. D’abord parce que les jeunes pêcheurs qui commencent leur carrière sont souvent plus jeunes que leurs bateaux, « parce qu’il est impossible de financer de nouveaux bateaux et que plus le bateau est âgé, plus il est difficile de le moderniser. Et ce ne sont pas les 50.000 euros du FEAMP qui vont financer un bateau neuf qui se chiffre plutôt aux alentours d’un million d’euros ».

La formation et l’attractivité du métier, qui souffre d’un grave problème de recrutement, ensuite. « Les lycées maritimes donnent une bonne formation, mais la profession devient de plus en plus technique et les pêcheurs  ont besoin d’une formation continue solide. Nous voudrions que celle-ci soit intégrée à l’Ecole Nationale Supérieure Maritime ». Gérard Romiti, président du Comité National des Pêches, confirme, « maintenant nous avons besoin d’ingénieurs des mers ».

Une demande entendue par le ministre. « La question de la formation est cruciale. Nous avons commencé par le chantier de l’ENSM que nous sommes en train de remettre en bon état de marche. Dès le début de l’année prochaine, c’est sur l’ensemble de l’enseignement maritime français que nous allons travailler en organisant les états généraux de la formation aux métiers de la mer. Toutes les filières seront examinées, y compris au niveau supérieur pour valoriser les débouchés et  donc créer de l’attractivité. Nous maintenons les quatre centres de l’ENSM (Le Havre, Marseille, Nantes et Saint-Malo, ndlr), c’est aussi parce que nous voulons y développer de nouvelles formations dans l’ensemble des activités liées à la mer ».

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