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Frégate de taille intermédiaire : Encore quelques mois pour choisir le design

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Frégate de taille intermédiaire : Encore quelques mois pour choisir le design

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C’est en fin d’année que le design préliminaire de la future frégate française de premier rang, appelée à remplacer les cinq frégates du type La Fayette et à compléter les nouvelles FREMM, devrait être dévoilé. Pour l’heure, les études et réflexions se poursuivent entre la Marine nationale, la Direction Générale de l’Armement, DCNS et les principaux équipementiers pour définir les capacités et caractéristiques techniques de la FTI.

Un exercice relativement compliqué puisque le bâtiment doit répondre à différentes contraintes. Ce programme, qui a notamment été lancé par le ministère de la Défense pour apporter de la charge aux bureaux d’études de DCNS, compléter la gamme à l’export du groupe naval et permettre le développement rapide de nouveaux systèmes, doit voir émerger une plateforme très polyvalente et économique. Un bâtiment qui pourra à la fois s'appuyer sur des technologies de pointe sans pour autant être aussi automatisé et complexe que les FREMM. Il s’agit, en effet, de proposer à l’international une frégate capable de s’adapter à la physionomie du personnel et aux moyens de tout type de marines, pas uniquement les flottes de premier rang axées sur des outils high tech et des équipages très qualifiés et optimisés dont n’ont pas besoin certains pays où, par exemple, le coût de la main d’œuvre est une problématique moins forte qu’en Occident.  

Une dimension qui correspond également aux souhaits de la Marine nationale dans la mesure où celle-ci doit gérer le renouvellement et la formation de ses effectifs du « bas de la pyramide »,  quartier-maitres et matelots et particulier, qui sont beaucoup moins nombreux sur les FREMM que sur les frégates de la génération précédente. 

 

FREMM (© : DCNS)

FREMM (© : DCNS)

 

Un produit pour l'export et la marine française

Le double enjeu de FTI est donc de concevoir le produit le plus pertinent à l’export, tout en répondant aux besoins de la flotte française, qui sera la première cliente de cette nouvelle frégate et mise beaucoup sur elle.  « Les FTI sont un enjeu majeur. J’estime que ce bâtiment, qui fera entre 4000 et 4500 tonnes, doit être d’abord anti-sous-marin, avec une capacité d’emport NH90, puis qu’il doit disposer une capacité anti-aérienne significative », expliquait le 15 octobre dernier, devant la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, le chef d’état-major de la marine, l’amiral Rogel.

Afin de répondre au format fixé par le dernier Livre Blanc sur la Défense (2013), qui dote la marine française du nombre - trop faible au demeurant compte tenu des enjeux maritimes – de 15 frégates de premier rang, les FTI vont se substituer aux FREMM 9 à 11, abandonnées. Et succéder en même temps aux cinq La Fayette, pompeusement reclassées en 2008 frégates de premier rang alors qu’elles n’en sont pas compte tenu de leurs capacités (absence de moyens ASM notamment). En y ajoutant les frégates de défense aérienne Forbin (2010) et Chevalier Paul (2011), ainsi que les 8 FREMM (dont deux aux capacités antiaériennes renforcées), les 5 FTI permettront donc d’atteindre réellement cet objectif de 15 frégates de premier rang.

 

La frégate de défense aérienne Forbin (© : MARINE NATIONALE)

La frégate de défense aérienne Forbin (© : MARINE NATIONALE)

 

Une première plateforme pour le SF500

Concernant les équipements, les arbitrages ne sont pas tous réalisés. On sait que le premier mât intégré français, doté du nouveau radar multifonctions à quatre faces planes SF500 de Thales, sera sans nul doute intégré à la FTI, offrant au bâtiment des capacités de défense aérienne de premier plan. En plus du mât et ses antennes actives fixes, la FTI devrait en outre bénéficier des études lancées en 2014 par la DGA avec DCNS et Thales pour le développement de technologies supplémentaires en matière de topside intégré, qui portent sur l’intégration d’autres senseurs et systèmes de communication panoramiques sur les superstructures.

 

Captas 4 sur FREMM (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Captas 4 sur FREMM (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La question du sonar remorqué

Comme l’a souligné l’amiral Rogel, les capacités de lutte anti-sous-marine de la FTI seront prioritaires, les enjeux étant cruciaux compte tenu de la prolifération du nombre de sous-marins dans le monde (une cinquantaine de marines aujourd’hui équipées) et de la présence accrue de certaines marines, dont celle de la Russie, dans les approches européennes. Or, les moyens ASM sont dimensionnants pour la plateforme afin d’y intégrer les équipements nécessaires. La marine souhaite dans ce cadre que la FTI soit non seulement dotée d’un sonar de coque, mais également d’une antenne remorquée. Alors que la FREMM, plus grosse (6000 tonnes) dispose du Captas 4, la nouvelle frégate française pourra, au minimum, mettre en œuvre le Captas 2. Toutefois, les marins et industriels aimeraient bien parvenir à intégrer un sonar à immersion variable aux capacités plus importantes. Dans cette perspective, Thales réfléchit à une version compacte du Captas 4.

 

Tir d'Aster, ici sur une FDA (© : MBDA)

Tir d'Aster, ici sur une FDA (© : MBDA)

 

L'armement

Concernant l’armement, le bâtiment pourra mettre en œuvre des missiles antinavire Exocet et un système surface-air. Des discussions sont notamment en cours sur un éventuel panachage d’Aster 30 et de VL Mica afin de proposer une défense aérienne de zone et une couche d’autoprotection à courte portée. Les missiles bénéficieront des performances du radar SF500, qui pourra aussi servir dans le cadre de la défense anti-missile balistique (pour laquelle MBDA espère développer une version navale dédiée de l’Aster, qui intéresse aussi les Italiens).

De même, le projet de développement d’un lanceur hybride capable d’accueillir aussi bien des Aster 30 que des missiles de croisière naval (MdCN) peut constituer une solution très intéressante afin de disposer, en plus des FREMM, de frégates supplémentaires dotées de cette précieuse capacité de traitement d’objectifs terrestres à longue portée. Cela permettrait notamment de compenser la baisse du nombre de FREMM et donc de plateformes disposant du MdCN. 

 

Tir d'Exocet MM40 depuis une La Fayette (© : MARINE NATIONALE)

Tir d'Exocet MM40 depuis une La Fayette (© : MARINE NATIONALE)

Tir de MdCN sur FREMM (© : MARINE NATIONALE)

Tir de MdCN sur FREMM (© : MARINE NATIONALE)

 

Pour renforcer les capacités d’action vers la terre, l’adoption d’une tourelle de 127mm, au lieu du 76 équipant les FREMM, est à l’étude. Les FTI, qui devraient être logiquement dotées de torpilles, pourront également participer aux opérations spéciales en déployant des embarcations pour commandos, ou en utilisant leur hélicoptère et/ou drones. Le dimensionnement du hangar pour un Caïman Marine (NH90) permettra en outre d’utiliser, à l’instar des FREMM, les redoutables capacités ASM de cette machine, avec son sonar trempé FLASH, ses bouées acoustiques et ses torpilles MU90. L’hélicoptère servira aussi aux missions de lutte antisurface, une décision étant d’ailleurs toujours attendue dans ce domaine quant à l’intégration du futur missile antinavire léger (ANL) sur le NH90.

 

Caïman tirant une torpille MU90 (© : MARINE NATIONALE)

Caïman tirant une torpille MU90 (© : MARINE NATIONALE)

 

Un équipage plus nombreux que sur FREMM

Les FTI, qui seront donc moins automatisées que les FREMM, auront un équipage plus nombreux, bien que les prochaines frégates soient plus compactes. On parle actuellement de 110 à 120 marins hors détachement hélicoptère, contre 94 minimum (105 dans le plan d’armement de la Marine nationale) pour les FREMM.

Reste maintenant à savoir, en fonction des besoins opérationnels, des ressources budgétaires et des contraintes techniques, quel sera le gabarit final des FTI. Il se situera entre 4000 et 5000 tonnes en charge, l’erreur à éviter étant de vouloir pour des questions politiques ou d’affichage, concentrer trop d’équipements sur une plateforme réduite, alors que le volume d’un navire et le coût de la construction de la coque sont un poste relativement faible en termes de coûts. Il convient d'ailleurs de rappeler qu'il ne s'agit plus de remplacer les La Fayette (3600 tonnes) par de nouvelles frégates "légères" mais bien de compléter le parc de frégates de premier rang afin de ne pas descendre en deça du seuil critique sous lequel la Marine nationale ne pourrait plus remplir toutes ses missions. 

 

Le Guépratte, du type La Fayette (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le Guépratte, du type La Fayette (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Première livraison en 2023

Alors que DCNS fonde de grands espoirs dans cette nouvelle frégate sur le marché export, pour la Marine nationale, ce nouveau programme est donc fondamental pour lui permettre de recouvrer ses capacités en matière de frégates de premier rang. Ce qui n’est pas un luxe au regard des enjeux, de l’évolution des menaces sur tous les spectres (maritime, aérien, sous-marin, terrestre) et de la démultiplication des théâtres d’opération sur lesquels la flotte est engagée.

Alors que les deux dernières FREMM, celles dotées de capacités antiaériennes renforcées, seront livrées par DCNS en 2021 et 2022, le site lorientais du groupe naval devrait mettre en chantier la première FTI avant la fin de la décennie, l’objectif affiché par le ministère de la Défense étant une livraison de cette tête de série dès 2023. En espérant bien entendu que la prochaine loi de programmation militaire (2020 - 2025), qui supportera l'essentiel de la dépense liée aux FTI, confirme ce programme tel que prévu aujourd'hui. 

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