Défense
Frégate Forbin : Tir au Canard chez DCNS

Actualité

Frégate Forbin : Tir au Canard chez DCNS

Défense

« C'est un véritable tissu d'âneries ! » A la lecture du Canard Enchaîné, hier matin, certains cadres de DCNS ont avalé leur café de travers. L'hebdomadaire satirique s'est, en effet, fendu d'une violente bordée contre le dernier fleuron de l'industriel : La frégate de défense aérienne Forbin, un bateau qui, à en croire le journal, « flotte à peine ». Et le Canard de dresser une liste accablante des problèmes survenus sur le Forbin : « Les torpilles restaient coincées dans les portes », « lors des dernières sorties, les gouvernails de la frégate se sont déplacés », « Le sondeur (...) avait une position telle que, dans les remous, on n'y voyait goutte », « les caméras de surveillance ne parviennent toujours pas à visionner le quai et une corrosion de la coque est déjà apparue sur cet engin tout neuf ». Le journal poursuit avec les « vibrations de la boîte de vitesse » qui seraient « si gênantes que certains techniciens ont suggéré de balancer dans les cales du bâtiment quelques tonnes de sable pour en amortir les effets ».
Hier l'émotion était palpable, tant chez les industriels que chez les marins, futurs propriétaires du navire. S'il est vrai qu'Horizon, premier programme naval franco-italien, a essuyé les plâtres de la coopération et s'est caractérisé par un montage industriel des plus complexes, la situation s'est largement améliorée ces trois dernières années. La plupart des soucis évoqués dans le Canard sont, en fait, déjà anciens. Et, comme par définition, une période d'essais consiste à corriger les défauts, de pavés lancés dans la marre de DCNS, il n'y en a finalement guère. L'industriel avait, d'ailleurs, invité la presse à bord du navire avant son départ de Lorient, preuve s'il en est que sa situation n'a rien d'alarmante. On imagine en effet mal l'entreprise faire venir à bord des journalistes pour que ceux-ci constatent une série de ratés...

La frégate Forbin à Toulon (© : JEAN-LOUIS VENNE)
La frégate Forbin à Toulon (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Pour en revenir au fameux article, le problème de la corrosion, révélé par Mer et Marine le 31 janvier 2007, est aujourd'hui solutionné. Il en va de même pour l'appareil propulsif, confronté à quelques difficultés et avaries en 2006 et 2007, ce qui n'a au demeurant rien d'exceptionnel pour un prototype. Aujourd'hui, on note simplement, chez DCNS, que la frégate a réalisé « sans encombre le transit entre Lorient et Toulon » et ce, par des conditions météorologiques peu clémentes. A bord, un officier salue quant à lui « les excellentes performances nautiques » du Forbin. Quant au lestage éventuel des fonds pour amortir les vibrations, « des sacs de sable ont été positionnés et retirés à différents endroits lors des tests sur la discrétion acoustique. Mais il s'agissait simplement de comparer les mesures ». Que les marins se rassurent donc, l'installation d'un bac à sable sous la ligne de flottaison n'est pas à l'ordre du jour.

Le Forbin en cale sèche à Lorient (© : DCNS)
Le Forbin en cale sèche à Lorient (© : DCNS)

Concernant le système de lancement des torpilles MU90, aucun problème majeur ne serait à signaler selon le constructeur de la frégate. Pour ce qui est du sondeur, « il y a effectivement eu des interférences de constatées pendant les essais mais celui-ci a été déplacé et maintenant fonctionne ». Dans l'article de l'hebdomadaire, il est également question du Combat Management System (CMS), le cerveau du navire, présenté comme un outil « du genre asthmatique. Il faut le relancer toutes les trois heures en moyenne ». Ce passage fait référence aux importants problèmes - déjà connus, survenus au début de la phase de mise au point. Dès la fin de l'année 2005, avant même que le bateau soit en mer, les essais à terre démontraient que le CMS, des plus complexes, allait nécessiter plus de temps que prévu pour être fiabilisé. L'Etat et les industriels ont renégocié le contrat, entraînant un glissement du programme de 18 mois. Fin 2006, les craintes allaient se confirmer durant les campagnes au large de Lorient. Après avoir mené des essais équipement par équipement, lorsque le constructeur a tenté de les faire dialoguer ensemble via le CMS, la conversation a alors tourné à la cacophonie la plus complète. Mais, dès février 2007, des progrès significatifs étaient constatés. « Le système n'est pas encore mûr à ce stade, ce qui est normal. Mais les essais sont très encourageants, les résultats bons et les performances du système très impressionnantes. Le CMS a pu fonctionner, d'affilée, plusieurs heures sans bug. Il doit désormais être fiabilisé pour être opérationnel en permanence », nous expliquait alors un ingénieur travaillant pour le programme Horizon.

Le Forbin lors de ses essais en mer (© : DCNS)
Le Forbin lors de ses essais en mer (© : DCNS)

Ainsi, depuis un an, le rodage du CMS s'est poursuivi et il fonctionne aujourd'hui suffisamment bien pour que le Forbin soit autorisé à partir vers Toulon. Si la mise au point n'est pas encore achevée, DCNS et la marine semblent confiants et tablent sur une livraison de la frégate après la trève estivale, c'est-à-dire en septembre ou octobre.
Enfin, concernant d'éventuels surcoûts et le contribuable « qui paiera les ratages petits et grands », industriels et militaires démentent catégoriquement la version du Canard Enchaîné. « Le programme Horizon a un contrat notifié à prix ferme. S'il y a un problème, ce sera à la charge de DCNS et pas du contribuable », explique-t-on chez le constructeur, information par ailleurs confirmée au ministère de la Défense.
Pour la partie française, le coût du programme Horizon, mené en coopération avec l'Italie, est évalué à 2.7 milliards d'euros pour deux navires (les Forbin et Chevalier Paul). Ce budget intègre également le développement et la réalisation du système d'armes principal, le PAMMS, conçu avec l'Italie et la Grande-Bretagne.

Naval Group (ex-DCNS)