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Frégates de taille intermédiaire : Le casse-tête

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Frégates de taille intermédiaire : Le casse-tête

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Attendu ce mois-ci à l’occasion d’un Comité ministériel d’investissement, le lancement du programme des nouvelles frégates de taille intermédiaire ne devrait finalement pas intervenir tout de suite. Selon plusieurs sources, suite à la proposition remise au début de l’été par DCNS, le ministère de la Défense a demandé au groupe naval de revoir sa copie. Les discussions buteraient en particulier sur le coût des futures FTI, qu’il faudrait sensiblement réduire pour entrer dans une enveloppe budgétaire relativement contrainte.

Un véritable casse-tête pour DCNS et les autres industriels impliqués dans ce projet, qui sont tenus de relever ce que certains qualifient de « mission impossible ». En clair, concevoir et réaliser cinq frégates de nouvelle génération très économiques et, dans le même temps, potentiellement suréquipées.

Besoins opérationnels et enjeux industriels

Car les FTI, qui doivent remplacer les frégates du type La Fayette à partir de 2023, doivent répondre à un certain nombre de contraintes. La Marine nationale considère comme prioritaire les capacités de lutte anti-sous-marine, ce qui signifie que les futurs bâtiments doivent embarquer un sonar de coque, un sonar remorqué et des torpilles. Dans le même temps, Thales, pour assurer la survie de la filière radar en France, compte sur ce programme pour placer son nouveau radar multifonctions à faces planes SF 500. Un outil qui intéresse aussi DCNS à l’export face à une concurrence qui propose ce type de senseur, appelé à succéder aux radars tournants. Mais avec de telles antennes, capables de faire de la surveillance aérienne et de surface, de la conduite de tir et même de la défense contre missiles balistiques, il faut bien évidemment des missiles adaptés. Et là, on s’orienterait logiquement vers de l’Aster 30 (complété ou non pour la défense rapprochée par des Mica VL), pour contrer la prolifération de missiles antinavires supersoniques. Et même de l’Aster Block 1, à l’instar de la marine italienne et sans doute de la Royal Navy, pour assurer à l’avenir des missions de DAMB, afin par exemple de protéger des implantations ou déploiements de troupes à l‘étranger contre des attaques balistiques. Par ailleurs, la marine française peut être intéressée pour disposer sur ces plateformes, qui fréquenteront très régulièrement les zones sensibles, de missiles de croisière navals. D’autant que les réflexions se poursuivent quant au développement d’un lanceur polyvalent pouvant accueillir de l’Aster 30 ou du MdCN.

Comme toute frégate, la FTI disposera forcément d’artillerie, de missiles antinavire et de moyens aériens, avec non seulement un hélicoptère, mais aussi la capacité de mettre en œuvre le Système de drone aérien tactique pour la Marine (SDAM), dont la flotte française espère disposer en 2023, précisément au moment où la tête de série du programme FTI devrait être livrée.

Autant de capacités que les FREMM mais 30% moins lourdes

Au final, le bâtiment « idéal » présente des capacités égales, voire supérieures dans certains domaines, aux frégates multi-missions (FREMM), dont le programme a été ramené de 11 à 8 unités seulement afin de pouvoir réaliser une série de 5 FTI et ainsi coller au format du dernier blanc sur la Défense (2013), fixant le nombre de frégates de premier rang à 15 (en comptant les deux frégates de défense aérienne du type Horizon).

Le problème est que la FTI doit être sensiblement moins grosse que la FREMM, soit 4000 tonnes au lieu de 6000. Et, dans le même temps, être moins automatisée afin d’avoir un équipage plus important et des bâtiments moins techniques susceptibles d’être plus adaptés  aux marines émergeantes ou secondaires.

Enjeux à l'export

L’export est, d’ailleurs, l’argument majeur pour justifier le développement des FTI, annoncé en juin 2013, à la surprise générale, par Jean-Yves Le Drian. Le ministre de la Défense, qui tient beaucoup à ce programme et compte bien le lancer avant la présidentielle de 2017, entend aussi apporter de la charge de travail aux bureaux d’études de DCNS à Lorient. Et donc offrir au groupe naval un nouveau produit sur le marché international, entre la corvette et la frégate lourde.

Reste maintenant à savoir si les ressources budgétaires seront en adéquation avec les enjeux industriels et les besoins de la marine française, engagée sur tous les fronts et qui a absolument besoin de 15 frégates polyvalentes.

Beaucoup de programmes à financer sur la prochaine LPM

A l’état-major, on s’est jusqu’ici, du moins officiellement, montré très enthousiaste sur les FTI, en soutenant ce projet cher à l’Hôtel de Brienne. Mais, au fil des discussions et des difficultés financières qui semblent devoir se présenter, certains marins commencent à douter et craignent un « cadeau empoisonné », qui se solderait au final par une nouvelle réduction du format des frégates faute d’argent pour produire un nombre suffisant de FTI. Surtout que l’essentiel de la dépense est renvoyé à la prochaine loi de programmation militaire (2020-2025), pour laquelle il faudra financer d’autres programmes navals urgents : les deux dernières FREMM (avec capacités antiaériennes renforcées), le lancement du programme des bâtiments de surveillance et d’intervention hauturiers (15 unités espérées pour succéder aux patrouilleurs et avisos), la construction de trois nouveaux bâtiments logistiques, la poursuite du programme des SNA du type Barracuda, la montée en puissance du développement de la prochaine génération de SNLE ou encore, comme le souhaitent certains, le début des études pour un second porte-avions.

Les échéances de 2017

Une bosse budgétaire non négligeable est donc en train de se profiler et, après les échéances électorales de 2017, surtout en cas d’alternance politique, il n’est pas impossible que le programme FTI soit remis à plat. Dans l’opposition, certains estiment déjà qu’il serait financièrement préférable d’allonger la série des FREMM à au moins 13 unités, quitte à développer une nouvelle version dotée du SF 500 (modèle au demeurant proposé à l’export), ce qui permettrait aussi à la marine, en standardisant sa flotte, de faire des économies sur la maintenance, la formation et la masse salariale puisque l'équipage est moins nombreux.

On rappellera enfin que, des choix qui seront faits concernant les FTI, dépendra l’étendue du projet de rénovation des cinq La Fayette, mises en service entre 1996 et 2001 et qui doivent être modernisées dans les prochaines années.

 

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