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Frégates Horizon : L'admission au service actif se fait attendre

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Frégates Horizon : L'admission au service actif se fait attendre

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Espérée fin 2009, l'admission au service actif de la frégate de défense aérienne Forbin, tête de série du programme Horizon, connait un nouveau décalage. A l'issue des essais réalisés ces derniers mois, diverses mises au point ont été réalisées, notamment au niveau du système de combat et de la guerre électronique. Compte tenu de la complexité des bâtiments, il n'y a là rien de vraiment étonnant. Les Horizon intègrent, en effet, une somme conséquente de nouveaux équipements et divers technologies de pointe, le tout en interaction, faisant de la mise au point de l'ensemble un véritable challenge. De la « haute couture technologique », pour reprendre les termes d'un ingénieur.
Le programme, mené en coopération avec l'Italie pour l'ensemble des navires et avec la Grande-Bretagne pour le système d'armes principal (PAAMS / Sea Viper), se voit également impacté, dans son planning, par un problème de tir de missile. Lors d'une campagne de tests menée fin 2009 devant le centre du Levant, le tir d'un Aster 30 depuis la barge britannique Long Bow, s'est, en effet, soldé par un échec.

La barge britannique Long Bow  (© : JEAN-LOUIS VENNE)
La barge britannique Long Bow (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Problème de munition

Après une décennie d'activité avec l'Aster 15 et une multitude de succès, dont la qualification de l'Aster 30 en mai 2007, l'échec du tir britannique a surpris. « Il n'y a pas de problème spécifique avec le système. Il y a eu un problème de munition qui est apparu après une dizaine de tirs réussis. Nous réalisons une observation technique très approfondie de manière à être certain de ce que nous faisons. Ce problème est en cours d'analyse par des commissions d'enquête, qui rendront leurs conclusions à la fin du premier trimestre », a précisé Laurent Collet-Billon, délégué général pour l'armement. Alors que les investigations se poursuivent, il semble qu'on s'oriente vers un défaut mineur dans le processus de fabrication du missile. L'enquête doit, par extension, déterminer si un seul missile était défectueux, ou si un lot a pu être impacté. Les mesures correctives pourront, une fois les analyses terminées, être rapidement apportées. En fonction des conclusions des enquêtes, on en saura un peu plus sur les dates prévisionnelles d'admission au service actif des Horizon et T45 français, italiens et britanniques. « Nous disposerons alors d'un calendrier robuste de livraison pour toutes les nations partenaires », confirme le DGA.

Tir de missile Aster 30 depuis le Forbin  (© : MBDA - MICHEL HANS)
Tir de missile Aster 30 depuis le Forbin (© : MBDA - MICHEL HANS)

Un missile qui n'a plus à faire ses preuves

Pour les industriels et les Etats partenaires, cette affaire est embarrassante, dans la mesure où, dans un contexte de concurrence internationale exacerbée (notamment avec les Américains), tout problème est immédiatement monté en épingle pour discréditer les produits aux yeux de la clientèle. Les missiles de la famille Aster ne devraient, néanmoins, pas pâtir d'un simple aléa, qui aura du mal à entacher une réputation et des performances démontrées à maintes reprises. Premier missile antiaérien conçu dès l'origine pour la lutte anti-missile, l'Aster, en service depuis 2001 sur le porte-avions Charles de Gaulle, affiche un tableau de chasse impressionnant. Sur l'ensemble des tirs menés, le taux de succès est proche de 100%, le missile ne se contentant pas d'exploser auprès des cibles, mais les détruisant à l'impact. Doté d'une grande agilité, il est capable de contrer des missiles assaillants très rapides, manoeuvrants, à vol rasant et fort piqué final. Il est toujours le seul à offrir une parade contre des missiles antinavires supersoniques, qui ont fait leur apparition dans les années 90. L'intégration d'un autodirecteur lui permet, en outre, de traquer sa cible en toute autonomie, ce qui permet au bâtiment porteur de tirer simultanément plusieurs munitions, répondant ainsi véritablement à la menace des attaques saturantes.

Le destroyer HMS Daring, du type 45  (© : ROYAL NAVY)
Le destroyer HMS Daring, du type 45 (© : ROYAL NAVY)

Un choix britannique qui en dit long

Pour toutes ces raisons, la Grande-Bretagne a fait le choix plus que symbolique, en 1998, d'opter pour le systèmes d'armes choisi pour Horizon, bien que s'étant préalablement retirée du programme des nouvelles frégates, initialement porté avec la France et l'Italie. Habituée aux missiles de conception nationale ou achetés aux Etats-Unis, la marine britannique a parfaitement retenu les leçons du conflit des Malouines, qui lui a coûté la destruction de plusieurs bâtiments. Le destroyer lance-missiles HMS Sheffield fut, notamment, incapable de réagir à l'attaque d'un AM 39 Exocet, tiré depuis un Super Etendard argentin. C'est pourquoi, lorsqu'est venue l'heure de remplacer les destroyers du type 42, la Royal Navy n'a pas souhaité opter, sur ses nouveaux bâtiments, pour des missiles initialement conçus pour la lutte contre avion. Elle a alors retenu l'Aster, qu'elle a considéré comme le seul missile du marché à pouvoir répondre aux nouvelles menaces.

Les quatre frégates franco-italiennes  (© : MARINE NATIONALE)
Les quatre frégates franco-italiennes (© : MARINE NATIONALE)

Des frégates très attendues

Le projet Horizon remonte à une vingtaine d'années. Un accord de principe a été signé en 1992 par la France, l'Italie et la Grande-Bretagne, avant d'être confirmé en 1994 et 1996. Trois ans plus tard, les Britanniques se retiraient du programme, maintenant néanmoins, comme nous l'avons vu, leur participation sur le système d'armes principal (Principal Anti Air Missile System - PAAMS), qu'ils baptiseront ultérieurement Sea Viper. La France et l'Italie ont, pour leur part, commandé en octobre 2000 deux bâtiments pour chaque marine. Premier programme du genre mené en coopération, Horizon a fait l'objet d'un montage industriel et étatique particulièrement complexe, avec une cascade de sociétés communes franco-italiennes, aboutissant à une dilution des responsabilités. S'ajoutant à la complexité générale des bâtiments et à la somme des nouveaux équipements retenus (système de combat, armes, senseurs), le programme a subi un retard important et des surcoûts notoires (conduisant notamment à l'abandon, par les Français, de la commande de deux frégates supplémentaires). Au final, selon les chiffres de la Marine nationale, le Forbin et le Chevalier Paul auront coûté 2.7 milliards d'euros, études et système d'armes compris. En 1994, on estimait que les deux unités de la marine française seraient admises au service actif en 2005. En 2003, les dates d'ASA avaient été reportées à fin 2006 et mi-2008. Aujourd'hui, il parait clair que le Forbin ne le sera pas avant encore plusieurs mois.

Le Chevalier Paul  (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Chevalier Paul (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Bond capacitaire en matière de défense aérienne

On a beaucoup critiqué, et parfois à juste titre, les performances de la coopération autour du programme Horizon. Comme toute première initiative du genre, celle-ci a, sans nul doute, essuyé les plâtres et l'essentiel est, aujourd'hui, que les erreurs ne soient pas répétées (la leçon a notamment été retenue pour le programme FREMM). Après une solide reprise en main il y a quelques années, les difficultés se sont aplanies et, désormais, il convient avant tout de voir le résultat technique qui va permettre aux marines françaises et italiennes de connaître un bond capacitaire majeur. Destinées à remplacer, en France, les frégates de la classe Suffren et, en Italie, les destroyers de la classe Ardito, les Horizon sont conçues pour la défense aérienne de zone. Elles peuvent, notamment, assurer la protection d'un groupe aéronaval.

Les quatre frégates franco-italiennes  (© : MARINE NATIONALE)
Les quatre frégates franco-italiennes (© : MARINE NATIONALE)

Plus grosses frégates des marines française et italiennes, elles mesurent 152.9 mètres de long pour un déplacement de 7000 tonnes en charge. A l'instar d'une tour de contrôle d'aéroport, les Horizon vont gérer et contrôler le trafic aérien. Côté détection, les frégates disposent d'un radar de veille air tridimensionnel à longue portée (LRR). Développé par Thales, le S 1850 M, situé sur le mât arrière, peut détecter un écho à plus de 400 kilomètres. Logé tout en haut du mât principal, le radar multifonction tridimensionnel EMPAR, fourni par Finmeccanica, assure quant à lui la conduite de tir au profit des missiles Aster, qui sont embarqués à raison de 32 Aster 30 et 16 Aster 15. Le reste de l'armement comprend 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3 (Otomat pour les Italiens), deux tourelles de 76mm (trois pour les Italiens) et des torpilles MU90.

Le Forbin  (© : MER ET MARINE)
Le Forbin (© : MER ET MARINE)

« Super-cerveau » des bâtiments, le système de combat comprend 22 modules logiciels, 20 consoles, 10 calculateurs et 1 million de lignes de codes. Le tout doit permettre de gérer les armes, les liaisons tactiques et l'analyse des informations transmises par une dizaine de senseurs (radars, sonar, guerre électronique...), sans oublier l'intégration des données provenant d'autres navires ou aéronefs, qu'ils soient nationaux ou alliés. Grâce à la puissance de leur système de combat et aux performances des radars, les Horizon peuvent pister des centaines d'échos, les identifier et engager plusieurs cibles simultanément.

Le Forbin  (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Forbin (© : JEAN-LOUIS VENNE)

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