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Frégates : L'Europe part dans tous les sens

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Frégates : L'Europe part dans tous les sens

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Les industriels ne cessent depuis 10 ans de le répéter : L'éparpillement de l'industrie navale de défense en Europe est un véritable danger face à une concurrence internationale de plus en plus exacerbée. C'était, d'ailleurs, l'argument principal avancé pour consolider le secteur et aboutir à ce qu'on appelait au début des années 2000 un « Airbus Naval ». Toutefois, force est de constater que rien, ou presque, n'évolue dans le sens d'une intégration au sein de programmes communs, qui permettraient notamment d'importantes économies sur les coûts de développement. Cette situation, valable dans le domaine des sous-marins, est très révélatrice dans celui des frégates. Partout, le mot d'ordre est avant tout de soutenir l'économie locale et les emplois, en lançant parfois à grands frais des programmes nationaux. Le dernier exemple en date est celui de la Grande-Bretagne, qui vient de lancer les études de développement des futures frégates du Type 26.

FREMM française (© : DCNS)
FREMM française (© : DCNS)

Un projet comme le T26 aurait, néanmoins, toutes les raisons de se rapprocher d'autres programmes, comme celui des frégates européennes multi-missions (FREMM), développé par la France et l'Italie et dont les premiers exemplaires sont en cours de réalisation. L'adoption du design franco-italien permettrait d'économiser les coûts de développement, d'éviter les risques industriels et, politiquement, de renforcer le rapprochement européen (d'autant que les Grecs semblent devoir acquérir des FREMM). En termes de caractéristiques, le bâtiment souhaité par les Britanniques est en effet très proche de celui (ou ceux) conçu(s) par les équipes franco-italiennes. Longs d'un peu plus de 140 mètres, toutes ces unités doivent, notamment, pouvoir mettre en oeuvre un sonar remorqué pour la lutte anti-sous-marine et des missiles de croisière pour l'action vers la terre. La logique plaiderait donc pour un projet commun. Toutefois, comme ailleurs, le ministère britannique de la Défense a clairement lancé le programme T26 pour soutenir l'industrie nationale. Il s'agit, d'abord, de maintenir les compétences en matière de recherche et développement puis, dans un second temps, de fournir du travail aux chantiers, y compris via des projets à l'export. Dans ces conditions, un rapprochement est difficilement envisageable.

Seul les frégates franco-italiennes FREMM demeurent, actuellement, en coopération. Mais le projet est nettement moins poussé que le programme Horizon, mené précédemment par les deux pays et qui s'est révélé, dans son montage industriel et étatique, affreusement complexe. Pour FREMM, la coopération s'est, finalement, en grande partie limitée à l'achat commun d'équipements. Des économies ont, ainsi, pu être réalisées, mais chaque industriel construit ses propres bateaux et les deux produits se retrouvent concurrents à l'export.

Pour mémoire, voici la liste des frégates de nouvelle génération en Europe :

Frégate allemande du type 125 (© : TKMS)
Frégate allemande du type 125 (© : TKMS)

Allemagne : Le type 125

Notifié en juin 2007, un nouveau programme allemand va voir la réalisation par TKMS de quatre frégates du type 125. D'une longueur de 148 mètres pour une largeur de 18.4 mètres et un déplacement d'environ 6800 tonnes en charge, ces navires pourront atteindre 26 noeuds grâce à une puissance propulsive de 32.000 kW. Leur autonomie sera de 4000 milles à 18 noeuds. La marine allemande prévoit d'y affecter deux équipages d'environ 120 hommes, se relevant tous les quatre mois. Conçues pour l'action vers la terre, les Type 125 disposeront d'un canon de 127mm, 2 canons de 27mm, 5 mitrailleuses de 12.7mm, deux systèmes surface-air RAM, 8 missiles antinavire Harpoon. Elles pourront mettre en oeuvre 4 embarcations rapides, deux hélicoptères NH90 et des drones. L'embarquement d'une pièce de 155mm et d'un lance-roquettes multiple semble avoir été abandonné. Elles pourraient en revanche recevoir des missiles de croisière.
La livraison de ces frégates est prévue entre 2014 et 2017.

Type FPS danois (© : THALES)
Type FPS danois (© : THALES)

Danemark : Le type FPS

Entre 2011 et 2013, la marine danoise doit réceptionner trois nouvelles frégates construites par les chantiers Odense (groupe Maersk). Du type FPS (Flexible Patrol Ships), ces bâtiments de 137.6 mètres de long et 19.8 mètres de large afficheront un déplacement de 6200 tonnes en charge. Dérivées des bâtiments de projection du type Absalon (Stanflex 3500), ces unités, armées par une centaine de marins, pourront atteindre 28 noeuds et franchir 9000 nautiques à 15 noeuds. Elles seront dotées d'un radar multifonctions APAR et d'un radar de veille lointaine SMART-L. Elles mettront en oeuvre 32 missiles SM-2 MR Block III, 24 missiles ESSM, 8 missiles Harpoon, une pièce de 127 mm, un système d'artillerie multitubes et un hélicoptère lourd.

Type F100 espagnol (© : COLLECTION FLOTTES DE COMBAT - GUY TOREMANS)
Type F100 espagnol (© : COLLECTION FLOTTES DE COMBAT - GUY TOREMANS)

Espagne : Le F100

C'est en 2002 que l'Espagne a mis en service l'Alvaro de Bazan, premier d'une nouvelle série de destroyers lance-missiles du type F100. Longs de 146.7 mètres pour une largeur de 18.6 mètres et un déplacement en charge de 4870 tonnes, ces navires sont spécialisés dans la défense aérienne. Dotés d'un dérivé du système américain Aegis et du radar SPY-1D, ces bâtiments mettent en oeuvre 8 missiles Harpoon et un système de lancement vertical pour 48 missiles SM2-MR et ESSM RIM. Le reste de l'armement consiste en une pièce de 127mm, deux canons de 20mm, quatre mitrailleuses de 12.7mm et 4 tubes lance-torpilles. Armés par 250 marins et mettant en oeuvre un hélicoptère Seahawk, ces destroyers peuvent atteindre la vitesse de 29 noeuds et franchir 4500 nautiques à 18 noeuds. Un sixième bâtiment de ce type doit être livré par Navantia en 2012. Trois unités dérivées ont été vendues à l'Australie.

FREMM française (© : DCNS)
FREMM française (© : DCNS)

France : FREMM, classe Aquitaine

Au travers du programme des frégates européennes multi-missions mené en coopération avec l'Italie, la France a commandé 11 nouveaux bâtiments. Destinés à remplacer les frégates anti-sous-marines des types F67 et F70 ASM, ainsi que les frégates antiaériennes du type F70 AA, ces navires seront livrés par DCNS entre 2012 et 2022. Neuf FREMM sont à vocation ASM. Longues de 142 mètres pour une largeur de 20 mètres et un déplacement de 6000 tonnes en charge, ces frégates seront armées par un équipage réduit de 108 hommes. Capables d'atteindre 27 noeuds, elles auront une autonomie de 6000 nautiques à 15 noeuds. Dotées d'un sonar remorqué et d'un radar multifonctions Herakles, les FREMM mettront en oeuvre 16 missiles surface-air Aster 15, 16 missiles de croisière Scalp Naval, 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3 et 19 torpilles MU90. Le reste de l'armement consistera en un canon de 76mm et de l'artillerie légère, auxquels s'ajouteront un hélicoptère et une capacité d'emport de drones.
La version de défense aérienne, baptisée FREDA, verra la construction de deux bâtiments similaires dotés de 32 missiles Aster 30 et Aster 15. DCNS a déjà vendu une FREMM au Maroc et espère conclure avec la Grèce l'achat de six bâtiments de ce type.

FREMM italienne (© : ORIZZONTE SISTEMI NAVALI)
FREMM italienne (© : ORIZZONTE SISTEMI NAVALI)

Italie : FREMM, classe Carlo Bergamini

Bien qu'étudiées en coopération avec la France, les FREMM italiennes sont différentes, à commencer par leurs lignes extérieures. Les Italiens ont, notamment, préféré le radar EMPAR NG, de Finmeccanica, à l'Herakles de Thales. D'autres gros équipements ont néanmoins été achetés en commun avec les Français, comme ceux liés à la propulsion et certains armements. Longues de 140 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes en charge, les FREMM italiennes se déclineront en deux versions. La première (4 unités), à vocation anti-sous-marine, sera dotée d'un sonar remorqué, de 16 missiles Aster 15, de 4 missiles antinavire Otomat, de 4 missiles anti-sous-marins Milas, de deux canons de 76mm, de torpilles MU90 et de deux hélicoptères. La seconde variante (6 unités), dite polyvalente mais plutôt dédiée à l'action vers la terre, disposera de 16 missiles Aster 15, 8 missiles Otomat, un canon de 127mm, un canon de 76mm, des torpilles MU90, deux hélicoptères et un radier pour deux embarcations rapides en lieu et place du sonar remorqué.
Armés par 145 hommes, les FREMM italiennes pourront marcher à 27 noeuds et franchir 6000 nautiques à 15 noeuds. La tête de série, le Carlo Bergamini, a été mis sur cale aux chantiers Fincantieri en 2008. Sa mise en service ne devrait toutefois pas intervenir avant 2013/2014, les Italiens décidant apparemment d'introduire certaines évolutions à leur programme.

Type 26 britannique (© : BAE SYSTEMS)
Type 26 britannique (© : BAE SYSTEMS)

Grande-Bretagne : Le Type 26

Dans le cadre du programme T26, la Royal Navy souhaite acquérir 10 nouveaux bâtiments pour remplacer les frégates du Type 22 et du Type 23. Construits par BAE Systems, les futurs navires doivent mesurer 141 mètres de long pour un déplacement d'environ 6850 tonnes à pleine charge. Ils seraient armés par un équipage de 150 hommes et pourraient héberger 36 personnes supplémentaires (par exemple des forces spéciales). L'autonomie serait de 7000 nautiques à 18 noeuds. Deux versions du Type 26 devraient voir le jour, l'une à vocation anti-sous-marine et l'autre plutôt destinée à l'action vers la terre. Suivant les modèles, les frégates pourraient embarquer deux systèmes surface-air FLAADS avec missiles CAMM (remplaçant de l'actuel système Sea Wolf), des missiles de croisière du type Tomahawk ou Scalp Naval (l'aviation anglaise dispose déjà du Scalp EG/Storm Shadow), deux systèmes d'artillerie multitubes et, éventuellement, un lance-roquettes multiple. Côté artillerie, les Britanniques évoquent un canon principal de 114 ou 127mm, mais aussi une pièce plus importante, en l'occurrence du 155mm. Pour les frégates en version anti-sous-marines, l'embarquement d'un sonar remorqué est prévu, alors que les bâtiments dédiés à l'action vers la terre seraient dotés d'un système de mise à l'eau pour quatre embarcations rapides.
Suivant le planning actuellement envisagé, la construction de la première frégate du Type 26 interviendrait début 2016 pour une mise à flot au printemps 2018. L'admission au service actif pourrait être prononcée fin 2021.

Type LCF néerlandais (© : KONINKLIJKE MARINE)
Type LCF néerlandais (© : KONINKLIJKE MARINE)

Pays-Bas : Les LCF/NLF

La marine néerlandaise a mis en service, entre 2002 et 2005, quatre frégates du type LCF/NLF, la tête de série étant le De Zeven Provincien. Construits aux chantiers Damen (Royal Schelde), ces bâtiments ou des versions dérivées sont toujours proposés à l'export. Longs de 144.2 mètres pour une largeur de 18.8 mètres, ils affichent un déplacement de 6500 tonnes en charge. Capables de filer 28 noeuds, leur autonomie est de 5000 nautiques à 18 noeuds. L'équipage comprend, quant à lui, 202 hommes (LCF) et 173 (NLF). Au niveau des équipements, ces frégates ont été étudiées en commun avec l'Allemagne pour son type 124 et disposent de radars APAR et SMART-L. Les unités néerlandaises se répartissent en deux versions comprenant chacune deux navires. Les LCF, gréés en bâtiments de commandement, ont plus d'équipements que les NLF.
L'armement, commun, comprend un système à lancement vertical pour 32 missiles surface-air SM2-MR et 32 missiles ESSM RIM. Les navires disposent en outre de 8 missiles Harpoon, un canon de 127mm, deux systèmes d'artillerie multitubes Goalkeeper, 2 mitrailleuses de 12.7mm et deux tubes lance-torpilles. Le hangar peut accueillir un hélicoptère et les bâtiments mettent en oeuvre un sonar remorqué.