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FREMM : 11 frégates multi-missions pour la flotte française

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FREMM : 11 frégates multi-missions pour la flotte française

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Début 2007, le site DCNS de Lorient a procédé à la découpe de la première tôle de l'Aquitaine, tête de série française du programme franco-italien FREMM (Frégate Européenne Multi-Missions). Initialement, 17 bâtiments devaient être réalisés pour la France mais leur nombre a été réduit à 11, soit 9 en version anti-sous-marine et 2 à vocation antiaérienne. La variante action vers la terre (AVT), prévue au départ pour remplacer les avisos du type A69, ne verra finalement pas le jour. Après la signature fin 2005 d'un premier contrat de 3.5 milliards d'euros portant sur les 8 premières FREMM, les 3 autres bâtiments devraient être notifiés l'an prochain. L'Italie, de son côté, a déjà commandé 6 frégates et prévoit d'en acquérir 4 autres.
En France, l'Aquitaine devrait être livrée en 2012, le rythme de production des suivantes étant, après l'abandon des AVT, ralenti. Ainsi, au lieu d'une frégate tous les 7 mois, comme prévu initialement, le site DCNS de Lorient livrera un navire tous les 10 à 12 mois.

  (© : DCNS)
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Remplacer les 9 frégates anti-sous-marines

Longues de 142 mètres pour une largeur de 20 mètres et un déplacement de 6000 tonnes en charge, les FREMM remplaceront, nombre pour nombre, les 7 frégates anti-sous-marines du type F 70 ASM, mises en service entre 1979 et 1990, ainsi que les Tourville et De Grasse (F 67), datant de 1975 et 1977. Pour mener à bien la protection de la Force Océanique Stratégique (FOST), celle du groupe aéronaval, et débusquer les sous-marins hostiles, ces bâtiments mettront en oeuvre une électronique de pointe, dont les principaux équipements seront fournis par Thales. Elles seront dotées d'un sonar de coque MFS-4110 et du nouveau sonar remorqué actif à très basse fréquence CAPTAS UMS 4229. Travaillant en collaboration avec les avions de patrouille maritime, déployant des bouées acoustiques dans les zones de recherche, les frégates s'appuieront aussi, en matière de détection, sur le sonar FLASH embarqué par leur hélicoptère NH 90 (portée de plus de 20 km). Pour la neutralisation d'un sous-marin adverse, ce dernier mettra en oeuvre la nouvelle torpille légère MU 90 (DCNS, Thales et WASS), capable de filer plus de 50 noeuds et de plonger à plus de 500 mètres. Ces engins, embarqués à raison de 19 exemplaires par navire, pourront également être tirés depuis deux tubes lance-torpilles situés sur les flancs du navire.

   (© : DCNS)
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Et assurer la succession des Cassard et Jean Bart

La composante de défense aérienne de la marine a été fixée à quatre frégates. Alors que les Forbin et Chevalier Paul, du type Horizon, remplacent les Suffren et Duquesne, deux unités supplémentaires étaient prévues pour succéder, au milieu de la prochaine décennie, aux Cassard et Jean Bart (1988 et 1991). Mais les Horizon, bâtiments extrêmement complexes, ont été jugées trop onéreuses (2.7 milliards d'euros pour deux bateaux et leur système d'armes). DCNS devra donc élaborer une version antiaérienne des FREMM, afin de profiter de l'effet de série pour réduire les coûts. La coque des futures frégates (FREDA), dont la commande est inscrite au projet de loi de finances 2009, devrait être pour l'essentiel identique à celles des FREMM anti-sous-marine. La différence devrait porter sur l'embarquement de missiles Aster 30, d'une portée de plus de 80 kilomètres, et peut être sur un renforcement de la puissance du radar multifonctions Herakles, ainsi que des équipements de guerre électronique.

Armement et équipements électroniques

Les FREMM auront un système de combat SETIS, développé par DCNS. Il permettra de gérer, en temps réel, toutes les informations recueillies par les senseurs, ainsi que la mise en oeuvre des armes et des contre-mesures. L'architecture de ce combat management system (CMS) se veut ouverte, avec une grande modularité, permettant des évolutions futures. Ainsi, les FREMM devraient être les premières frégates à mettre en oeuvre, dans quelques années, une « tenue de situation multi-plateformes ». Avec les CMS actuels, l'échange de pistes n'est pas instantané, contrairement au futur concept, qui permettra à plusieurs navires de mutualiser tous leurs radars et leurs systèmes de détection. Le partage de l'information sera automatique et instantané, ouvrant la voie à une détection et un traitement beaucoup plus précoce de la menace. Dans la lutte antiaérienne, où les consoles travaillent au dixième de seconde, le gain de temps sera des plus appréciables.

   (© : DCNS)
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Côté armement, les frégates multi-missions (ASM) disposeront de moyens d'autodéfense contre tous types de menace. Elles seront dotées de 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3 et, pour la défense aérienne, de 16 missiles Aster 15 (MBDA), d'une portée de 30 kilomètres, ainsi qu'une pièce de 76 mm OTO-Melara compact à tir rapide (120 coups par minute). Ces armements seront couplés au radar multifonctions Herakles (Thales), dont la portée atteint 400 kilomètres, ainsi qu'à une conduite de tir NA-25 XP pour l'artillerie. Côté guerre électronique, les navires utiliseront deux capteurs infrarouges (IRST) sur le mât avant et un capteur IR sur le mât arrière. Celui-ci portera également deux brouilleurs, un détecteur de radar et un détecteur de communications au sommet de la mâture. Ce dispositif sera complété par deux lance-leurres de nouvelle génération, les NGDS (IR, EM), qui équipent également les frégates Horizon. De plus, les FREMM recevront deux lance-leurres anti-torpilles, situés sur le toit du hangar.

La grande nouveauté résidera, néanmoins, dans l'embarquement de missiles de croisière. En tout, chaque FREMM emportera 16 Scalp Naval de MBDA, missiles de grande précision dont la portée atteint 1000 kilomètres. Ce sera la première fois que des plateformes françaises seront dotées d'une telle arme, utilisée avec succès, depuis la guerre du Golfe, par les Etats-Unis puis le Royaume-Uni. Le Scalp Naval sera opérationnel en 2013 sur frégate, une version tirée depuis sous-marins étant prévue à partir de 2017 pour équiper les futurs SNA du type Barracuda.
La conception des FREMM a également pris en compte le développement des menaces asymétriques. En attendant la mise en service des canons téléopérés de 20 mm (2000 coups), les premières frégates seront armées, sur l'arrière de la superstructure, de deux mitrailleuses de 12.7 mm. Le champ de battage de ces pièces a été porté à 140 degrés, les équipementiers étant chargés en cours de conception d'améliorer le site en négatif, car la marine souhaite une protection optimale contre les attaques suicides.
On notera, par ailleurs, que les FREMM pourront mettre en oeuvre des forces spéciales. Elles disposeront de logements pour accueillir des commandos et les deux niches situées sur chaque bord sont conçues pour la mise à l'eau d'embarcations rapides du type Ecume.

   (© : DCNS)
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Propulsion diesel-électrique

Afin d'améliorer les performances du système propulsif et réduire la consommation des navires, une propulsion hybride a été retenue. Du type CODLOG, elle comprendra quatre diesels générateurs MTU 16V 4000, d'une puissance unitaire de 2200 kW et deux moteurs électriques de propulsion Jeumont (2 X 2200 kW). Ce mode permettra aux frégates de marcher jusqu'à 15.6 noeuds de manière très silencieuse. Pour les vitesses plus élevées et jusqu'à 27 noeuds, une turbine à gaz GE-Avio LM 2500 +G4 (32.000 kW) prendra le relai des moteurs diesels. L'autonomie de ces unités sera de 6000 nautiques à 15 noeuds. Les moteurs entraineront deux lignes d'arbres s'achevant par des hélices à pas fixe.

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Forte automatisation pour réduire l'équipage

Pour la marine, les FREMM doivent également être synonymes d'économies. La principale avancée en la matière concerne l'équipage, réduit à 108 marins (groupe aéro compris) pour un navire de 6000 tonnes, contre 240 pour les frégates du type Georges Leygues (4900 tonnes), 298 pour les Tourville (6100 tonnes) et même 153 pour les La Fayette (3600 tonnes). Cette baisse considérable des effectifs, source d'économies en frais de personnel (40% du coût de d'utilisation d'un navire), devient possible grâce à une automatisation très poussée du navire. « C'est un gros challenge qui nécessite énormément d'intégration sur la navigation et la maintenance, afin de limiter le nombre d'opérateurs. Ainsi, la surveillance des avaries se fait par un réseau de caméras de vidéosurveillance. De même, les flux sont réduits, notamment dans l'espace restauration où tous les locaux sont situés au même niveau », souligne-t-on chez DCNS. Pour la première fois, ces navires de combat répondront au règlement BV/Rina, avec une classification assurée par le bureau Veritas. En matière de sécurité, le navire, divisé en 11 tranches, est séparé, en son centre, par une double cloison, délimitant deux « Damage Control Zone » permettant le confinement en cas de sinistre. Pour éviter toute mauvaise surprise avec le recours massif à l'automatisation, l'ensemble des systèmes est redondé avec, par exemple, deux rails de câbles identiques sur chaque bord. Le PC sécurité, situé à l'arrière, est en outre doublé d'un « PC Sécu » de secours derrière la passerelle. On notera que pour la première fois, les locaux vie sont concentrés au centre du bâtiment, entre la mâture de guerre électronique et la base du bloc passerelle. Cette disposition permet de réduire l'entretien et, avec 1200 m², le confort des espaces réservés à l'équipage est nettement accru, y compris par rapport aux Horizon (1600 m² pour 145 hommes).

   (© : DCNS)
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Maintenance réduite

Tout comme le coût de fonctionnement, le poids de la maintenance a, également, fait l'objet d'importantes études destinées à réduire le budget nécessaire à l'entretien des FREMM. Cette flotte bénéficiera d'un contrat de Maintien en Condition Opérationnelle de six ans, soit le double des contrats de MCO aujourd'hui gérés par DCNS. La possession d'une série homogène et l'allongement de la durée des contrats donneront aux industriels une meilleure visibilité et une capacité accrue pour réduire le prix de leurs prestations. Ces dernières devraient osciller autour de 6 millions d'euros par an et par FREMM. Ce budget est prévu pour être inférieur au prix consenti pour les actuelles frégates, bien que les navires soient plus gros et nettement mieux armés. Grâce à une conception adaptée, le programme de maintenance sera quant à lui allégé. Les FREMM ne nécessiteront un grand carénage de six mois que tous les 10 ans, contre un arrêt technique majeur de 4 mois tous les trois ans pour les F67 et F70. Les périodes d'entretien courant seront elles-aussi diminuées, avec seulement 2 à 3 mois d'Indisponibilité pour Entretien (IE) tous les trois ans.
On notera que DCNS place de grands espoirs dans la FREMM sur le marché export. Le Maroc a déjà commandé un bâtiment de ce type une version antiaérienne est proposée à la Grèce.

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