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FREMM : 11 frégates pour 7 milliards d'euros

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FREMM : 11 frégates pour 7 milliards d'euros

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Comme nous l'annoncions dans notre édition d'hier, Hervé Morin a bien confirmé, à l'occasion de la découpe de la première tôle de la frégate Normandie, la notification au groupe DCNS des trois derniers bâtiments du programme FREMM. La commande de ces navires est intervenue le 30 septembre. Comme pressenti, le rythme de production, en dehors du prototype (plus long à mettre au point) et de la FREMM marocaine venue s'intercaler entre la première et la seconde frégate française, sera d'un navire tous les 10 mois.
Jusqu'ici, il était en revanche très difficile de savoir combien le programme, maintenant revu et corrigé, allait finalement coûter. Interrogé sur ce sujet par Mer et Marine, Hervé Morin a enfin apporté la réponse : « 7 milliards d'euros, avec les rechanges mais sans le maintien en condition opérationnelle ». La facture est donc salée par rapport au contrat initial. Ce dernier, notifié le 16 novembre 2005, portait sur 17 FREMM pour un coût total de 6.5 milliards d'euros, études comprises (*). Avec six bateaux de moins, comment peut-on payer 500 millions d'euros en plus ? Pour répondre à cette question, il faut remettre le programme dans son contexte. En 2005, le programme FREMM devait non seulement remplacer les actuelles frégates anti-sous-marines, au nombre de 9, mais également les 9 avisos du type A69. L'idée était de renouveler ces moyens par un même bâtiment polyvalent, construit en grande série et avec une cadence de production très élevée. On réduisait, ainsi, considérablement la facture. A l'époque, le ministère de la Défense indiquait que les 8 premières frégates devaient être livrées entre 2011 et 2015.
Le scénario ne se passa toutefois pas comme prévu, d'abord pour des problèmes de financement.

Du « financement innovant » au retour à la dure réalité du budget

La première ébauche budgétaire remonte à l'hiver 2003. Les stratèges financiers de la rue Saint Dominique avaient alors lancé un appel d'offres auprès des banques avec l'intitulé « location opérationnelle ». En clair, les FREMM étaient achetées en leasing et le temps du remboursement, les établissements bancaires en devenaient propriétaires. Cette option, qui provoqua une vive contestation, fut finalement retoquée par la Commission européenne. A l'automne 2004, le ministère dévoile son plan B, en l'occurrence une « acquisition patrimoniale à paiement différé », un nom barbare pour un système très simple: Un consortium de banques et d'industriels achète les navires que l'Etat ne paye qu'au moment de la livraison. L'idée est intéressante mais les intérêts sont jugés excessifs par l'Etat, qui décide finalement d'abandonner le « financement innovant » pour en revenir au financement classique et à son lot d'incertitudes. Il n'y a, en effet, aucun crédit de paiement prévu pour les FREMM dans le budget 2005. Et cela tombe au pire moment, de nombreux programmes militaires majeurs devant également être financés (sous-marins nucléaires, A400 M, Tigre, NH90...) En 2007, la situation devient critique, le ministère de la Défense devant faire face à un surcroît insurmontable de dépenses d'équipement.

Le Livre Blanc enterre le remplacement des avisos

C'est là que la nouvelle équipe, arrivée aux affaires en 2007, lance les réflexions sur un nouveau Livre Blanc sur la Défense. Ce document est destiné à fixer les nouvelles priorités stratégiques et servira, au passage, à arbitrer entre certains programmes. A cette époque, la marine est sans doute perçue comme « richement » dotée, avec ses nouvelles frégates Horizon, ses nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque, son quatrième sous-marin nucléaire lanceur d'engins, ses bâtiments de projection et de commandement flambant neufs. Et il faudrait encore placer un second porte-avions et 17 frégates de premier rang ? L'Etat dit non à ces ambitions, qui avaient pourtant leur logique et leurs raisons opérationnelles (comme d'ailleurs la plupart des autres programmes destinés aux terriens et aviateurs). La décision de construire le PA2 est renvoyée à 2011/2012 et le remplacement des avisos de 1000 tonnes par des frégates de 6000 tonnes ne passe pas. On en revient donc au renouvellement, nombre pour nombre, des 9 frégates anti-sous-marines des types F67 (Tourville) et F70 ASM (Georges Leygues). La version Action Vers la Terre (AVT) des FREMM, avec radier pour la mise en oeuvre d'embarcations commandos, est abandonnée. Quant aux avisos, déclassés en patrouilleurs de haute mer, leur succession attendra la prochaine décennie. Au passage, les cinq frégates légères furtives du type La Fayette sont reclassée « frégates de premier rang », appellation très pompeuse pour ces navires, certes superbes, mais dont l'armement et les équipements sont loin d'équivaloir des F70, Horizon ou FREMM.

Remplacement des Horizon 3 et 4 par des FREDA

Conformément aux conclusions du Livre Blanc, il y aura donc 9 FREMM, toutes en version ASM (soit une de plus par rapport au projet initial - 8 ASM et 9 AVT). Mais la série sera prolongée de deux unités. Pour assurer en permanence la protection d'un groupe aéronaval ou amphibie, la Marine nationale doit, en effet, disposer d'un minium de quatre bâtiments de défense aérienne. Initialement, quatre frégates du type Horizon devaient être réalisées mais ces navires, extrêmement puissants et armés, se sont aussi révélés très chers. Livrés par DCNS en 2007 et 2008 (et mises en service prochainement), les Forbin et Chevalier Paul auront coûté, à eux-seuls, 2.7 milliards d'euros (conception et réalisation des plateformes et du système d'armes compris). Faute de budget, leurs deux sisterships sont abandonnés. Dès 2005, les ingénieurs de DCNS planchent sur une adaptation de la FREMM aux missions de défense aérienne. Cette solution, moins coûteuse, aboutira aux deux FREDA, soit les 10ème et 11ème frégates du programme FREMM. La conception de ces nouveaux bateaux, bien qu'utilisant la même plateforme que les 9 bâtiments à vocation ASM, aura un coût. De même, les équipements d'une frégates de défense aérienne sont plus chers (radar plus puissant, missiles Aster 30).

11 navires livrés en 10 ans

Le coût supplémentaire lié aux FREDA doit donc être ajouté à la facture finale. Mais ce n'est sans doute pas ce qui a fait augmenter d'autant le prix unitaire moyen des navires. Logiquement, c'est d'abord la réduction du nombre d'unités dans le programme, et le ralentissement de la cadence de production, qui fait remonter les prix. A la base, DCNS devait livrer, à partir de la 3ème frégate, un navire tous les 7 mois et, comme on l'a vu, les 8 premières FREMM devaient être opérationnelles entre 2011 et 2015. Où en est-on aujourd'hui ? L'Aquitaine, tête de série, ne sera livrée qu'au second semestre 2012 et la Normandie n'entrera en flotte que mi-2014 ! Quant aux deux derniers bâtiments de la série, qui seront apparemment les FREDA, ils seraient tous deux remis à la marine en 2022. Moins de bateaux, moins d'effet de série, l'impact du coût de production augmentant au fil des ans... le compte est bon. Ou pas.
Pour le ministère de la Défense, cette solution permet d'étaler un effort financier qu'il ne pouvait, de toute façon, réaliser comme prévu initialement avec ses moyens actuels. Reste que sur le long terme, cette solution pose des problèmes de logique et d'économie. D'abord, il y a le surcoût unitaire. Mais il y a aussi les surcoûts inhérents au retard des FREMM. En attendant l'entrée en service de ces bâtiments, il faudra maintenir plus longtemps des unités anciennes, plus coûteuses en frais de fonctionnement et de plus en plus gourmandes en entretien. L'Etat perd, ensuite, le bénéficie d'une arrivée en flotte rapide de navires très économiques et à la maintenance réduite. Rien qu'avec la réduction de moitié de l'équipage entre FREMM et F70, le coût d'exploitation sera diminué de 20%. Enfin, dans les prochaines années, il faudra bien remplacer les 9 avisos du type A69, mis en service entre 1980 et 1986. Pour cela, le développement et la réalisation d'une nouvelle classe de bâtiments sera nécessaire. Et bien entendu, cela ne sera pas gratuit.
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(*) Hervé Morin a évoqué hier le chiffre, assez inattendu, de 9 milliards d'euros en parlant du programme initial. A moins qu'il y ait eu, depuis la notification du contrat fin 2005, une réévaluation significative à la hausse, ce chiffre global comprend, sans doute, ce qu'aurait coûté les 17 FREMM (6.5 milliards) et 2 Horizon supplémentaires (2.7 milliards auxquels il fallait soustraire les coûts de développement).
A noter aussi, pour mémoire, qu'un rapport parlementaire de décembre 2002 estimait le coût des 17 FREMM à 5.3 milliards d'euros. A l'époque, la première frégate devait entrer en service en 2008...

Naval Group (ex-DCNS)