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FREMM : Après l'attente, la réalité et quelques choix à faire

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FREMM : Après l'attente, la réalité et quelques choix à faire

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Début 2007, probablement mi-mars, DCN Lorient procèdera à la découpe de la première tôle de l'Aquitaine. Un véritable soulagement pour l'établissement, qui attend depuis plusieurs années le début de l'usinage de cette nouvelle génération de bâtiments. L'Aquitaine fait partie des 8 premières frégates européennes multi-missions (FREMM) commandées en novembre 2005 par le ministère de la Défense. Ce contrat de 3.5 milliards d'euros s'inscrit dans un programme beaucoup plus vaste, en coopération avec l'Italie, qui n'a, pour le moment notifié que deux bâtiments. Au total, la France doit acquérir 17 frégates et l'Italie 10 autres, pour un montant global de 11 milliards d'euros. Le contrat français doit voir la confirmation de tranches conditionnelles de 4 et 5 navires en 2011 et 2013. Pour DCN, Thales, Fincantieri et Finmeccanica, le premier challenge des FREMM est un prix défiant toute concurrence. Grâce à l'effet de série, les industriels proposent un bateau nu à 285 millions d'euros (400 M¬ avec les études), soit environ 30% moins cher que les autres frégates construites en Europe. A titre d'exemple, le coût annoncé des futures frégates allemandes du type 125, relativement peu armées, atteint 2.2 milliards d'euros pour quatre unités. Outre la production à la chaîne des bâtiments, les constructeurs ont retenu, pour baisser la facture, l'achat sur étagères. Ainsi, des équipements informatiques du commerce seront utilisés. DCN et Thales se veulent néanmoins prudents. C'est pourquoi, si les aléas budgétaires venaient à amputer le programme dans les prochaines années, le contrat avec l'Etat comporte une clause de dédit qui ferait remonter, de fait, le prix des frégates.

Réduire l'équipage tout en améliorant la sécurité

Pour la marine, les FREMM doivent également être synonymes d'économies. La principale avancée en la matière concerne l'équipage, réduit à 108 marins (groupe aéro compris) pour un navire de 6000 tonnes, contre 240 pour les frégates du type Georges Leygues (4900 tonnes), 298 pour les Tourville (6100 tonnes) et même 153 pour les La Fayette (3600 tonnes). Cette baisse considérable des effectifs, source d'économies en frais de personnel, devient possible grâce à une automatisation très poussée du navire. « C'est un gros challenge qui nécessite énormément d'intégration sur la navigation et la maintenance, afin de limiter le nombre d'opérateurs. Ainsi, la surveillance des avaries se fait par un réseau de caméras de vidéosurveillance. De même, les flux sont réduits, notamment dans l'espace restauration où tous les locaux sont situés au même niveau », souligne Didier Nadaud, architecte des FREMM. Pour la première fois, ces navires de combat répondront au règlement BV/Rina, avec une classification assurée par le bureau Veritas. En matière de sécurité, le navire, divisé en 11 tranches, est séparé, en son centre, par une double cloison, délimitant deux « Damage Control Zone » permettant le confinement en cas de sinistre. Pour éviter toute mauvaise surprise avec le recours massif à l'automatisation, l'ensemble des systèmes est redondé avec, par exemple, deux rails de câbles identiques sur chaque bord. Le PC sécurité, situé à l'arrière, est en outre doublé d'un « PC Sécu » de secours derrière la passerelle. On notera que pour la première fois, les locaux vie sont concentrés au centre du bâtiment, entre la mâture de guerre électronique et la base du bloc passerelle. Cette disposition permet de réduire l'entretien et, avec 1200 m², le confort des espaces réservés à l'équipage est nettement accru, y compris par rapport aux Horizon (1600 m² pour 145 hommes).

Quelques modifications en vue pour la version action vers la terre (AVT)

En dehors de la zone centrale des FREMM, seuls quelques postes sont situés sous le hangar hélicoptère. Pouvant accueillir 37 hommes, ces locaux sont dédiés aux commandos dont le déploiement interviendra sur la plateforme, au pont supérieur, pour les assauts héliportés ou par le radier, juste derrière ces postes. La capacité de mettre en Suvre des commandos fait partie de l'une des grandes missions des Aquitaine. Neuf des 17 navires, dont trois de la première tranche, seront spécialement conçus pour l'action vers la terre, les autres assurant les missions de lutte anti-sous-marine. Les frégates, dites AVT, disposeront d'un petit radier, à l'arrière. Ce local présentera un shelter contenant l'ensemble des matériels destinés aux commandos, comme les tracteurs sous-marins, ou encore les équipements des nageurs de combat. En outre, ces installations permettront la mise à l'eau d'une embarcation pneumatique Ecume jusqu'à mer force 3. Une seconde Ecume devait être logée dans une niche, sur le travers du bâtiment. Toutefois, compte tenu de l'importance croissante des opérations spéciales, la marine a récemment demandé à DCN d'intégrer une troisième embarcation pour commando, disposée sur l'autre bord des frégates. Enfin, pour les opérations héliportées, la plateforme pourra accueillir non seulement un NH 90, mais également un Merlin EH 101 ou un Cougar Resco. Des drones embarqués sont également prévus. Les quatre lanceurs Sylver, situés à l'avant des bâtiments, pourraient également subir quelques modifications. Pour l'heure, le lanceur arrière, du type Sylver A 70, doit embarquer 16 missiles de croisière naval (MDCN) et le lanceur avant (Sylver A43) 16 missiles Aster 15. Il sera possible, sur les versions AVT, de remplacer les Sylver A 43 par des A 70, offrant une dotation de 32 MDCN. De même, la marine étudie la possibilité d'installer sur ces frégates des roquettes guidées, un système dérivé du GMLRS développé par Lockheed Martin et dont les projectiles pourraient atteindre 80 kilomètres. Néanmoins, l'installation d'un tel système nécessiterait, sans doute, un nouveau lanceur. Enfin, la question de l'artillerie se pose toujours. A l'instar de la marine italienne, la France adoptera peut être le canon de 127 mm OTO-Melara compact, en remplacement du 76 mm, jugé trop lourd contre missiles et trop léger contre des objectifs terrestres. L'adoption du 127 mm est techniquement prévue, réduisant la soute de 600 à 300 obus. De nouvelles munitions sont en cours de développement en Italie pour les frégates multi-missions. C'est le cas du Vulcano, qui devrait atteindre 70 kilomètres mais nécessitera un allongement du canon à 64 calibres et un alourdissement de la tourelle à 26 tonnes (contre 5.5 tonnes pour le 76 mm). Bien que possible, l'embarquement d'une pièce de 155 mm navalisée, beaucoup plus lourde, imposerait des modifications encore plus importantes, la dotation en obus ne dépassant pas une quarantaine de coups. Cette perspective semble donc s'éloigner.

Version ASM, autodéfense et système de combat new age

Les 17 FREMM doivent se substituer à trois classes de bâtiments actuellement en service dans la Marine nationales : Les frégates anti-sous-marines des types F 67 (Tourville) et F 70 (Georges Leygues), ainsi que les avisos du type A 69 (D'Estienne d'Orves). Huit frégates multi-missions seront spécialement dédiées à la lutte ASM. Sur ces navires, le radier arrière sera remplacé par un sonar remorqué CAPTAS UMS 4249, complétant le sonar d'étrave 41 10 CL. Par ailleurs, le NH 90 sera équipé de bouées de détection sous-marines et de MU 90, qui seront stockées à la place des équipements des commandos. La dotation en torpilles des frégates passera de 4 à 19 torpilles légères MU 90, tirées depuis quatre tubes latéraux. Côté senseurs, les FREMM seront les premiers bâtiments français à être dotés du radar multi-fonctions Herakles (également prévu pour le second porte-avions), assurant à la fois la conduite de tir, la veille air et la veille surface. De plus, une conduite de tir optronique (NA-25 XP) sera installée au dessus de la passerelle pour diriger la pièce d'artillerie. Côté guerre électronique, les navires utiliseront deux capteurs infrarouges (IRST) sur le mât avant et un capteur IR sur le mât arrière. Celui-ci portera également deux brouilleurs, un détecteur de radar et un détecteur de communications au sommet de la mâture. Ce dispositif sera complété par deux lance-leurres de nouvelle génération, les NGDS, qui équiperont également les frégates Horizon. De plus, les FREMM ASM recevront deux lance-leurres anti-torpilles, situés sur le toit du hangar. En dehors des missiles Aster et MDCN, les bâtiments disposeront de 8 missiles antinavires Exocet MM 40 Block III (portée de 180 kilomètres), avec possibilité d'évoluer vers le missile Marte, développé en coopération par Alenia et Matra. En attendant la mise en service des canons téléopérés de 20 mm (2000 coups), les premières FREMM seront armées, sur l'arrière de la superstructure, de deux mitrailleuses de 12.7 mm. Le champ de battage de ces pièces a été porté à 140 degrés mais les équipementiers devront améliorer le site en négatif, les marines souhaitant une protection optimale contre les attaques suicides. Le système de combat sera du type SETIS, réalisé conjointement par DCN et Thales. L'architecture de ce combat management system (CMS) se veut ouverte, avec une grande modularité, permettant des évolutions futures. Ainsi, les FREMM devraient être les premières frégates à mettre en Suvre, dans quelques années, une « tenue de situation multi-plateformes ». Avec les CMS actuels, l'échange de pistes n'est pas instantané, contrairement au futur concept, qui permettra à plusieurs navires de mutualiser tous leurs radars et leurs systèmes de détection. Le partage de l'information sera automatique et instantané, ouvrant la voie à une détection et un traitement beaucoup plus précoce de la menace. Dans la lutte antiaérienne, où les consoles travaillent au dixième de seconde, le gain de temps sera des plus appréciables. La lutte aérienne sera, d'ailleurs, peut être l'occasion de décliner une troisième version des FREMM. Deux navires antiaériens, destinés à remplacer les Casserd et Jean Bart, pourraient être commandés en 2011, en remplacement de deux des quatre FREMM de la seconde tranche. Sur ces bâtiments, les lanceurs A 43 et A 70 seraient remplacés par des Sylver A 50, permettant le tir de 32 missiles Aster 30.

Propulsion : Le choix des moteurs diesels reste à faire

Du type Combined Diesel or Gas-turbine (CODLOG), la propulsion des frégates multi-missions est assez originale, avec une architecture baptisée « 2+1 ». Afin de réduire la vulnérabilité des bâtiments, l'appareil propulsif se décompose en deux groupes. A l'arrière, deux compartiments abritent la turbine à gaz, deux groupes électrogènes et deux moteurs électriques de propulsion. Le tout entraîne deux lignes d'arbre. De plus, à l'avant, un troisième compartiment, totalement séparé de la zone arrière, comporte deux groupes électrogènes et un propulseur auxiliaire rétractable. Cette motorisation de secours, utilisable pour les manSuvres de port, permettrait au navire, en cas de perte de la propulsion principale, de marcher à 7 nSuds par mer force 2 et à 4 nSuds par mer force 4. Après une longue bataille commerciale, la plupart des équipements de la propulsion sont aujourd'hui choisis. Au premier trimestre 2006, Rome et Paris ont opté pour la turbine à gaz LM 2500 +G4 de General Electric, allié à Avio, aux dépens de la MT 30 de Rolls-Royce. Les industriels se sont vus notifier un contrat de 150 millions d'euros. Le marché des moteurs électriques a, quant à lui, été remporté par le Français Jeumont. Reste enfin à désigner le lauréat qui fournira les groupes électrogènes. Deux candidats seraient encore en lice : L'Allemand MTU et l'Italien Isotta Fraschini Motori. Capables de filer 15.6 nSuds en vitesse silencieuse (sur diesels), les FREMM atteindront, sur turbine à gaz, 27 nSuds en vitesse de pointe. L'autonomie de ces unités sera de 6000 nautiques à 15 nSuds.

La tête de série, l'Aquitaine, doit être admise au service actif en 2012, la dernière des huit premières unités étant livrée par Lorient au premier trimestre 2016. A partir de la seconde frégate, la cadence de production sera très importante, avec un navire livré tous les sept mois. Avec un tel rythme, le site morbihannais de DCN devra, à l'instar de ce qui s'était passé au début des années 90 avec les La Fayette et Bravo, sous-traiter une grande partie des blocs à l'extérieur. Le montage industriel et les chantiers partenaires devraient être connus dans les prochains mois.

Voir la fiche technique des frégates multi-missions

Euronaval 2006