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FREMM : Et de quatre !

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FREMM : Et de quatre !

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La première tôle de la future frégate Provence a été découpée, hier, sur le site DCNS de Lorient. Il s'agit de la quatrième frégate multi-missions (FREMM) mise en chantier par l'industriel depuis mars 2007. Alors que l'Aquitaine est en achèvement à quai et débutera ses essais à la mer en avril prochain, la seconde FREMM, destinée au Maroc, est en cours d'assemblage dans la forme de construction. Dans le même temps, les équipes de DCNS travaillent sur la Normandie, seconde frégate française, dont la première tôle a été découpée en octobre 2009. A cela s'ajoute la réalisation du premier patrouilleur hauturier de la famille Gowind, qui sera mis à flot dans quatre mois. Autant dire que le site de Lorient, où travaillent 1800 collaborateurs de DCNS et des centaines de sous-traitants, connait une belle activité, commençant à rappeler les grandes heures des frégates La Fayette et de leurs dérivés à l'export dans les années 90. « Aujourd'hui, nous avons cinq navires en production à Lorient, ce qui ne s'était pas vu depuis une quinzaine d'années. Cela témoigne de la confiance que nos clients portent en DCNS. Il faut rendre hommage à la remarquable performance industrielle des équipes, qui peuvent légitimement être fières », estime Patrick Boissier, président de DCNS.

Découpe de la première tôle de la Provence  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Découpe de la première tôle de la Provence (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Découpe de la première tôle de la Provence  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Découpe de la première tôle de la Provence (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un site dimensionné pour produire plus d'un navire par an

Notifié en 2005, FREMM est un programme majeur pour DCNS et la Marine nationale. Pour l'industriel, il représente une charge de travail considérable, soit près de 50 millions d'heures de travail, et permet de renouveler sa gamme de frégates de premier rang proposées à l'export. Un premier succès a d'ailleurs été remporté avec le Maroc, dont la FREMM sera mise à l'eau en septembre 2011 et livrée en 2013. DCNS propose également cette famille de frégates à plusieurs pays, dont la Grèce, le Brésil, l'Arabie Saoudite, l'Algérie et sans doute le Canada. Bien que l'essentiel des programmes internationaux soient désormais réalisés en transfert de technologie, certains contrats à l'export, s'ils débouchent, pourraient voir une partie des navires réalisée à Lorient. Le site, qui a bénéficié d'importants investissements pour remettre son outil industriel à niveau dans le cadre du programme FREMM, est actuellement calé sur une cadence de livraison moyenne d'une frégate tous les 10 mois. Mais il est en mesure de monter en puissance pour produire un navire tous les 7 mois, niveau d'activité que Patrick Boissier espère pouvoir atteindre. Afin d'augmenter ses capacités de production, le groupe peut, à cet effet, jouer sur sa flexibilité, en s'appuyant notamment sur ses différents établissements, comme Brest et Cherbourg, qui ont déjà réalisé des blocs pour les premières FREMM.

L'Aquitaine, hier à Lorient  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
L'Aquitaine, hier à Lorient (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le programme « dans les temps »

En attendant d'éventuel débouchés à l'export, DCNS se concentre sur l'existant, où il y a déjà fort à faire. Malgré la complexité du programme, le groupe colle jusqu'ici au planning. « Avec FREMM, nous nous sommes engagés sur des objectifs très ambitieux en termes d'innovation, de qualité et de délais. Le programme est dans les temps et l'Aquitaine sera livrée à la Marine nationale mi-2012 », assure Patrick Boissier. Passé au mois d'août au bassin, le prototype des FREMM se libèrera progressivement, dans les prochaines semaines, des échafaudages qui l'enserrent, ce qui permettra enfin de découvrir l'allure définitive du navire. D'ores et déjà, on peut deviner l'élégance du bateau qui, au-delà de son design, constitue surtout un beau challenge technologique. Doté d'une série de nouveaux équipements (missiles Scalp Naval, radar Herakles, système de combat SEIS...), l'Aquitaine présente également un niveau d'automatisation jamais atteint sur une frégate de ce type. L'équipage ne comprendra, en effet, que 108 marins, et même seulement 94 si l'on enlève le détachement aéro. Si l'on compare aux 250 à 300 marins nécessaires pour armer les bâtiments actuels, il s'agit d'une véritable révolution pour la flotte française. L'équipage de conduite du navire, arrivé à Lorient en septembre, en a d'ailleurs bien conscience et découvre avec étonnement un nouveau mode de fonctionnement.

L'Aquitaine, hier à Lorient  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
L'Aquitaine, hier à Lorient (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'Aquitaine, hier à Lorient  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
L'Aquitaine, hier à Lorient (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

C'est dans ce contexte que vont se dérouler les essais, avec une montée en puissance progressive destinée à roder la plateforme et mettre au point les différents équipements, d'abord séparément puis au sein d'un système intégré. Cette phase est toujours délicate pour l'industriel et on se souvient que la mise au point du système de combat du bâtiment de projection et de commandement Mistral, ainsi que celui de la frégate de défense aérienne Forbin (Horizon), furent longs et fastidieux. Tirant les leçons des erreurs passées, DCNS et la Direction Générale de l'Armement (DGA) abordent cette fois le problème de manière différente. D'importants travaux sont menés en amont, sur le site DCNS du Mourillon et sur la plateforme de Saint-Mandrier, pour que l'intégration du système se passe au mieux. De plus, contrairement au programme franco-italien Horizon, les Français n'auront, cette fois, pas à subir les aléas de la coopération. Le système de combat SEIS est purement tricolore, ce qui devrait faciliter sa mise au point. D'où, peut être, une certaine confiance chez DCNS, même si l'expérience prouve qu'il faut, avec ce genre de programmes complexes, rester prudent.

FREMM  (© : DCNS)
FREMM (© : DCNS)

La marine défendra ses 11 frégates

Comme on vient de le voir, le programme FREMM est crucial pour DCNS. Et pour la Marine nationale, l'enjeu n'est pas moindre. Les 11 FREMM commandées, soit 9 en version anti-sous-marine et 2 en version antiaérienne, permettront en effet de renouveler la majeure partie de la flotte de surface de premier rang. Ces bâtiments apporteront, en outre, une nouvelle capacité aux forces armées françaises, puisqu'ils seront les premiers navires de la Marine nationale à mettre en oeuvre le missile de croisière Scalp Naval, à raison de 16 munitions par FREMM. Toutefois, malgré le caractère stratégique de ces bâtiments, les marins redoutent toujours que les difficultés financières entrainent des retards ou même des coupes sombres. Le programme, notifié en 2005 avec un objectif initial de 17 frégates (pour remplacer en même temps les 9 avisos du type A69), a déjà fait les frais des restrictions budgétaires. D'abord, deux Frégates de Défense Aériennes (FREDA) sont venues se substituer à deux FREMM suite à l'abandon de la construction des troisième et quatrième Horizon, jugées trop onéreuses. Puis, en 2008, 6 frégates sont finalement passées à la trappe et la cadence de production a été réduite. Aujourd'hui, le chef d'état-major de la marine estime que le format et le calendrier actuels du programme FREMM doivent être maintenus. Et l'amiral est prêt à défendre « ses » bateaux, où plutôt ceux dont la France a besoin pour maintenir ses capacités et tenir son rang. « Pour nous, ce programme est structurant puisqu'avec lui, nous construisons la colonne vertébrale de la marine du XXIème siècle. C'est grâce à ce programme que la Marine nationale restera une marine de premier rang. Je me battrai donc jusqu'au bout pour que ce programme soit mené en temps, en heures et dans les termes du contrat. », affirme Pierre-François Forissier, qui a salué hier le travail réalisé par les équipes de DCNS.

L'amiral Pierre-François Forissier et Patrick Boissier  (© : GWEN CATHELINE - LE TELEGRAMME)
L'amiral Pierre-François Forissier et Patrick Boissier (© : GWEN CATHELINE - LE TELEGRAMME)

Livraisons entre 2012 et 2022

En 10 ans, le site DCNS de Lorient achèvera, au moins, 12 frégates, soit 11 pour la Marine nationale et une pour le Maroc. Tête de série, l'Aquitaine sera donc livrée mi-2012. Elle sera suivie l'année suivante par la FREMM marocaine. Viendront ensuite les Normandie (2014), Provence (2015), Languedoc (2016), Auvergne (2016), Alsace (2017), Bretagne (2018) et Lorraine (2019), puis en 2020, 2021 et 2022 les trois dernières unités françaises qui n'ont pas encore été nommées. Destinées à remplacer les 9 frégates du type 67 (Tourville) et F70 ASM (Georges Leygues), ainsi que les Cassard et Jean Bart (type F70 AA), les FREMM 1, 2, 7, 8 et 9 seront basées à Brest, alors que les frégates 3, 4, 5, 6, 10 et 11 rejoindront Toulon.
Longues de 142 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes en charge, les 9 premières FREMM françaises auront comme mission principale la lutte anti-sous-marine. Elles seront notamment chargées d'assurer la sécurité des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) basés en Bretagne, de protéger les approches et accès maritimes, tout en offrant un rempart au groupe aéronaval contre une attaque sous-marine. Pour mener à bien cette mission, les bâtiments seront dotées d'un sonar remorqué, de torpilles MU90 et d'un hélicoptère NH90. Très armées pour la lutte ASM, ces frégates sont aussi polyvalentes. Elles seront, part exemple, capables de mener des frappes contre des objectifs terestres grâce à leurs 16 missiles de croisière Scalp Naval, dont la portée atteint un millier de kilomètres. Le reste de l'armement comprendra 16 missiles surface-air Aster 15, 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, une tourelle de 76mm et de l'artillerie légère.
Les FREMM 10 et 11 seront, quant à elles, dédiées à la défense aérienne et se substitueront aux troisième et quatrième frégates du type Horizon. Baptisées FREDA, les deux dernières frégates, livrables en 2021 et 2022, succèderont aux Cassard et Jean Bart. Les nouveaux bâtiments n'embarqueront pas de Scalp Naval mais un total de 32 missiles surface-air, avec un panachage d'Aster 30 et Aster 15. Elles disposeront en outre d'un radar multifonctions Herakles plus puissant afin d'assurer la protection contre avions et missiles d'un groupe naval.

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