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FREMM et patriotisme économique européen

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FREMM et patriotisme économique européen

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Huit jours après le report surprise de la signature du premier contrat des frégates multimissions, les industriels français espèrent bien que le feu vert de Paris et Rome sera donné demain ou vendredi. Les Italiens seraient en effet en passe de solutionner leurs « problèmes administratifs » et de retrouver les « quelques papiers manquants pour que le dossier soit complet », aux dires du ministère de la Défense. Malgré la présence de Silvio Berlusconi, de sept ministres et d’une armée de conseillers, la délégation italienne aurait donc omis un détail le 4 octobre, plongeant son partenaire français dans la confusion la plus totale. Après tout, il ne s’agit que du plus important contrat naval jamais signé en Europe. Michèle Alliot-Marie aura sans doute l’occasion d’en discuter demain avec son homologue italien. Les ministres européens de la Défense sont en effet à Londres ce jeudi pour une réunion informelle.

MAM plaide une nouvelle fois pour l’Europe de la Défense

Avant cette rencontre, le ministre français de la Défense a mis en garde cette semaine contre tout « protectionnisme » et « nationalisme » en matière économique, notamment dans le secteur de la Défense. Invitée d’un colloque intitulé « Investissements étrangers et sécurité nationale », Michèle Alliot-Marie a de nouveau plaidé pour une industrie européenne de la défense forte : « Ce message, je l’adresse aussi à nos amis Américains. Notre intention n’est pas d’ériger des murailles autour de l’Europe. Pour autant, nous tenons à rester maître de notre destin et pouvoir demander un traitement égal au plan commercial et industriel », a souligné le ministre. Il en sera probablement question à Londres demain, alors que de nombreux programmes en coopération font l'actualité. On retiendra notamment le projet de porte-avions franco-britanniques. Le choix de la France concernant le design, qui sera probablement très proche du projet de la Royal Navy, est attendu à la fin du mois. Et puis, bien entendu, la réunion des ministres européens sera l'occasion de parler du programme FREMM, non seulement avec les Italiens, mais peut être aussi avec les Britanniques qui ont quelques griefs à présenter aux Français.

Les mises en garde de Rolls-Royce

Pour les turbines de ses frégates, à l’heure de l’indépendance de l’Union et du renforcement de l’Europe de la défense, Paris a en effet choisi d’acheter… américain. Ce dossier, politiquement explosif, a vu la mise en concurrence de l'américain General Electric allié à l'italien Avio (turbine LM 2500+E, dérivé d'un modèle trentenaire) et du Britannique Rolls-Royce (turbine MT 30, de quatrième génération). En raison d'un coût moins important, Paris et Rome semblent avoir finalement choisi le modèle américain, au risque de fragiliser Rolls-Royce au moment ou le groupe européen tente de percer sur le segment des turbines de forte puissance. Le constructeur , qui a eu vent du choix franco-italien, sans pour autant en avoir eu la notification, tape du poing sur la table. Un responsable dénonce « les beaux discours européens et l’absence d’actes derrière. Si la turbine de GE est choisie, il y aura sans doute des conséquences sur nos relations avec la France. C’est toute notre statégie qu’il faudra remettre à plat ». Selon ce responsable, qui rappelle que Thales est le deuxième fournisseur du ministère britannique de la Défense, plusieurs projets menés avec DCN pourraient être menacés: « C’est évident qu’un doute va planer sur le projet des porte-avions alors que nous discutons pour un packaging d’intégration des turbines à gaz, qui seront justement des MT 30. Avec les FREMM, c’est intéressant. Si ce n’est plus le cas, c’est beaucoup moins évident ». Plusieurs partenariats, notamment sur la réalisation de réducteurs par DCN, pourrait également être remis à plus tard. L'industriel français travaille actuellement sur le système propulsif des nouveaux destroyers et sous-marins nucléaires de la Royal navy.

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