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FREMM et PSP vont passer à deux équipages

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FREMM et PSP vont passer à deux équipages

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Florence Parly, ministre des Armées, a rendu public hier un plan de restructuration de la défense française pour 2019. Y est notamment actée la mise en place d’un double équipage pour les frégates multi-missions (FREMM) et les patrouilleurs de service public (PSP) Flamant, Cormoran et Pluvier.

Cette évolution débutera l’an prochain sur la FREMM Aquitaine puis le Languedoc, respectivement basés à Brest et Toulon, ainsi que le PSP Flamant, positionné comme ses deux sisterships à Cherbourg.

 

Le PSP Flamant (© : MARINE NATIONALE)

Le PSP Flamant (© : MARINE NATIONALE)

 

D’ici 2022, les six autres FREMM (cinq bâtiments de ce type sont à ce stade livrés) et les deux autres PSP verront eux aussi leurs équipages doublés. Ces deux types de bâtiments ont été choisis du fait qu’il s’agit pour les FREMM d’unités modernes et très automatisées, avec un équipage réduit. Ce sont également des bâtiments opérationnellement très sollicités, tout comme les PSP, ces derniers étant soumis à un système d’alerte assez contraignant. Les équipages de ces patrouilleurs cherbourgeois se caractérisent de plus par un nombre important de célibataires géographiques.

Le doublement des équipages doit se faire à moyens humains constants, en respectant les effectifs prévus par la loi de programmation militaire 2019-2025.  Ceux-ci seront pour mémoire  augmentés d’environ un millier de marins, mais les trois quarts de ces postes supplémentaires seront absorbés par les missions de renseignement, de cyberdéfense et de protection des sites de la Marine nationale.

Afin de disposer de deux équipages pour ses huit FREMM et trois PSP, la flotte française va en réalité surtout s’appuyer sur les marges de manœuvre offertes par le désarmement des bâtiments d’ancienne génération, aux équipages nettement plus nombreux. Dans cette perspective, la frégate antiaérienne Cassard, datant de 1988, ainsi que la frégate anti-sous-marine Primauguet, opérationnelle depuis 1986, seront retirées du service en 2019. La première, basée à Toulon, est armée par 250 marins alors que la seconde, positionnée à Brest, en nécessite près plus de 200. De quoi constituer des équipages supplémentaires pour l’Aquitaine et le Languedoc, sachant que les FREMM sont aujourd’hui mises en œuvre par 105 marins (96 initialement mais cet effectif s'est révélé trop faible).

 

La FREMM Aquitaine (© : MARINE NATIONALE)

La FREMM Aquitaine (© : MARINE NATIONALE)

 

Le rythme de création des doubles équipages, qui se relaieront à bord tous les quatre mois environ, se poursuivra de la même manière après 2019, sachant que trois FREMM doivent encore être livrées, la Normandie l’année prochaine puis l’Alsace et la Lorraine en 2021 et 2022. En face, les trois dernières F70 seront mises au rebut entre 2020 et 2022, à savoir le La Motte-Picquet (1988), le Latouche-Tréville (1990) et le Jean Bart (1991).

Alors que les sous-marins, mais aussi des unités de surface comme le bâtiment hydro-océanographique Beautemps-Beaupré, le patrouilleur polaire L’Astrolabe, ainsi que les nouveaux B2M et BSAH sont déjà armés avec deux équipages, la Marine nationale développe cette organisation sur les FREMM et PSP pour trois raisons.

Donner de la visibilité aux marins et préserver la vie de famille

Le motif principal avancé à l’état-major consiste à « donner aux marins de la visibilité dans leurs programmes, professionnels et personnels, dans un contexte où les sollicitations opérationnelles sont et resteront fortes ». Remplacement en dernière minute d’une unité ancienne victime d’une avarie, préparation d’une opération militaire lointaine nécessitant le déploiement en urgence de moyens supplémentaires, besoin d’aller pister un sous-marin étranger un peu trop curieux, intervention suite à un accident ou une catastrophe naturelle… La démultiplication des missions et la réduction du format de la flotte a entrainé des situations difficiles, de nombreux équipages étant de plus en plus souvent obligés de partir au pied levé avec leur bâtiment, pour des périodes plus ou moins longues, obligeant par exemple à annuler des vacances en famille. Or, la répétition de ces imprévus provoque non seulement de la fatigue, mais aussi et surtout des difficultés personnelles et conjugales, qui ne sont pas sans conséquence sur le moral. « Nos marins sont prêts à partir loin et longtemps, mais pas tout le temps au pied levé. Or, il y a eu ces dernières années un phénomène de répétitivité ». Et cela n’est pas bon pour la fidélisation des personnels, ni pour le recrutement, à un moment où la marine doit séduire une nouvelle génération plus regardante sur les conditions de travail et moins tolérante sur un trop fort empiètement de la vie professionnelle sur la sphère privée.  

Des bénéfices pour l’entrainement à terre et l’entretien

Avec le double équipage, cette problématique sera pour l’essentiel solutionnée, avec en plus des bénéfices supplémentaires qui sont loin d’être négligeables pour les marins. Ainsi, cette mesure permettra la mise en place de programmes d’entrainement et de formation dédiés, en particulier sur simulateurs, lorsque les équipages ne seront pas embarqués. Lors des phases de maintenance à quai, les deux équipages pourront également s’épauler et, ainsi, rendre l’exécution des tâches et l’organisation des permissions plus fluides.  

Plus de jours de mer pour chaque bateau

Et bien sûr, deux équipages se relayant à bord, cela permettra d’utiliser au maximum le potentiel opérationnel des bâtiments, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas. Ainsi, selon les chiffres rapportés par une source militaire à Mer et Marine, les FREMM sont conçues pour 3500 heures de fonctionnement par an, mais plafonnent en moyenne, dans l’organisation actuelle, autour de 2500 heures. Il y a donc une opportunité très intéressante d'accroître le nombre de jours de mer effectués par les navires concernés par le doublement des équipages. Avec mécaniquement une augmentation globale des capacités, ce qui est aussi une manière de répondre aux besoins opérationnels. Il conviendra cependant de voir dans quelle mesure l’activité de chaque bateau augmentera et, en fonction, quelles conséquences cela peut aussi avoir, dans la durée, sur l’usure des matériels et la maintenance.  

Pas d’impact sur le format de la flotte

Quoiqu’il en soit, souligne-t-on à l’état-major, ce potentiel supplémentaire ne saurait se traduire à terme par une réduction du nombre de plateformes. « Un bateau peut faire plus de jours à la mer, et ce ne sera pas un luxe dans un contexte opérationnel parfois tendu, mais un bateau ne pourra jamais être à deux endroits en même temps. C’est toujours le nombre de bâtiments en flotte qui permet d’intervenir sur différents théâtres, se reconfigurer et apporter de la souplesse au dispositif ».  

Etendre à d’autres types de bâtiments?

Aujourd’hui acté pour les FREMM et les PSP, ainsi que les nouveaux B2M et BSAH, le principe du double équipage pourrait à l’avenir s’étendre sur d’autres types de bâtiments. Rien n’est pour le moment décidé. Cela dépendra notamment des ressources de la marine en personnel, sa visibilité portant à ce jour jusqu'à la fin de la LPM, en 2025. Mais à l’instar des frégates, on peut imaginer qu’une telle mesure puisse être étendue par exemple aux futurs patrouilleurs de haute mer qui succèderont aux anciens avisos, avec là aussi une réduction de moitié environ des équipages et donc la possibilité de les dédoubler.

 

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