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FREMM : La France propose à la Grèce de louer deux frégates

A défaut de pouvoir les acheter, la Grèce pourrait louer à la France deux frégates multi-missions. Des bâtiments qui seraient prélevés sur la série destinée à la Marine nationale, actuellement en cours de construction chez DCNS à Lorient. Alors que l’Aquitaine, tête de série du programme FREMM, réalise en ce moment son déploiement de longue durée en vue d’une admission au service actif d’ici la fin de l’année, la seconde FREMM (Mohammed VI), réalisée pour le Maroc, débutera ses essais en mer au printemps. Suivra la seconde frégate française, la Normandie, actuellement en achèvement et dont les essais au large des côtes bretonnes doivent débuter au second semestre. Livrable en 2014 à la Marine nationale, ce bâtiment ne sera, à priori, pas concerné par un éventuel accord avec Athènes. La Normandie sera, en effet, la première FREMM livrée au standard complet, avec missiles de croisière (MdCN/Scalp Naval) et canons télé-opérés de 20mm Narwhal. La logique voudrait donc que ce soit les deux frégates suivantes, la Provence et la Languedoc (qui sont aussi les premières devant être basées à Toulon), prévues pour être opérationnelles en 2015 et 2016, qui changent de pavillon.

 

 

La FREMM Aquitaine (© MARINE NATIONALE)

 

 

Modifications envisagées

 

 

Ces deux bâtiments, qui en sont au stade de l’assemblage, pourraient être légèrement modifiés afin de répondre aux besoins de la marine hellénique. En 2008, lorsque DCNS avait signé un accord avec Elefsis dans le cadre du projet d’achat par la Grèce de six nouvelles frégates à réaliser localement, Athènes avait manifesté son intention de disposer de bâtiments légèrement différents de ceux prévus pour la France. En dehors de l’intégration de systèmes électroniques et moyens de communications nationaux, les FREMM grecques devaient, ainsi, mettre en œuvre un canon de 127mm (au lieu du 76mm), 16 missiles Aster 30 (au lieu des Aster 15) et 24 missiles VL Mica, ainsi qu’un radar multifonctions Herakles plus puissant pour renforcer les capacités de défense aérienne. Toutes ces options ne verront peut-être pas le jour en raison des contraintes financières, mais certaines paraissent en tous cas facilement adaptables (Aster 30 et modernisation de l’Herakles notamment). Il faudra également voir si Paris autorise, comme envisagé initialement, la vente de missiles de croisière. Si ce n’est pas le cas, les FREMM grecques pourront embarquer jusqu’à 32 missiles surface-air Aster.

 

 

Le modèle proposé par la France à la Grèce en 2008 (© DCNS)

 

 

Une bonne affaire pour l’Etat et DCNS

 

 

Evoquée lors de la visite en Grèce de François Hollande, le 19 février, la location de frégates devrait être à l’ordre du jour du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lors de son déplacement à Athènes, prévu la semaine prochaine. Ce projet, s’il se concrétise, constituerait en tous cas une très belle opération pour l’Etat et DCNS. D’abord, les Français pourraient, de cette manière, renforcer leur coopération avec la Grèce et sanctuariser à leur profit le plan de renouvellement des frégates de premier rang de la marine hellénique. Car on imagine facilement qu’après la location des deux premières FREMM, qui sera logiquement assortie d’une option d’achat à terme, la construction de nouvelles frégates sera relancée dès que les finances du pays le permettront. Ce projet permettrait dans le même temps au ministère français de la Défense, confronté à d’importantes contraintes budgétaires, d’économiser une partie des investissements prévus pour le programme FREMM sur la prochaine loi de programmation militaire. Le tout sans impact sur le plan de charge et donc l’emploi à Lorient. Un bon point donc pour les finances publiques, d’autant que l’opération devrait rapporter à terme. Ainsi, selon le site grec Defence Net, la location pourrait atteindre 40 millions d’euros par an et par bateau, soit en tout 1.6 milliard d’euros sur 20 ans. On notera que pour Athènes, également, le projet est intéressant puisque sa marine, dans l'incapacité de commander de nouveaux bâtiments, disposerait alors de frégates ultramodernes à moindre frais, ou du moins avec un étalement à long terme de l'investissement. Quant à DCNS, l’industriel reviendrait non seulement en force en Grèce, notamment face aux Allemands, mais espère bien voir la série des FREMM s’allonger à 14 unités au lieu de 12 (11 pour la France et 1 pour le Maroc), étant entendu pour l’industriel que deux nouveaux bâtiments seront commandés par la France pour remplacer ceux qui seraient loués à la Grèce.

 

 

Le chantier de Lorient (© DCNS)

 

 

La marine française servie après

 

 

La seule perdante relative, dans cette affaire hautement politique, serait la Marine nationale. Déjà, dans une perspective d’économies budgétaires, la première Normandie avait été vendue au Maroc, en devenant donc le futur Mohammed VI. Il en a résulté un décalage d’un an entre la livraison de la tête de série, l’Aquitaine (2012) et son premier sistership français (2014). Un report qui a entrainé le maintien en service d’anciennes frégates, en l’occurrence le De Grasse (1977) et le Georges Leygues (1979). Ces deux bâtiments doivent être désarmés cette année, le premier ayant ses vieilles machines à bout de souffle et le second, qui n’a pas bénéficié des vagues de modernisation des six autres frégates du type F70 ASM, devant servir à ses cadettes de stock de pièces détachées.  

 

 

La frégate De Grasse (© MICHEL FLOCH)

 

 

Si le projet de location de FREMM est entériné, la marine française ne recevra donc pas de nouveau bâtiment en 2015 et 2016, ce qui pourrait là encore l’obliger à maintenir en service de vielles unités plus gourmandes en frais de fonctionnement et en entretien (ce qui temporise d’ailleurs le montant des gains escomptés pour cette opération). Le Montcalm (1982), pour lequel l’heure de la retraite devait initialement sonner en 2013, devrait donc naviguer encore quelques années, de même que le Dupleix (1981) et le Jean de Vienne (1984). L’une des grandes inconnues du projet demeure d’ailleurs dans le calendrier. A savoir comment seraient intégrées les deux nouvelles FREMM françaises : soit à la fin de la série, qui doit s’achever en 2021 avec la mise en service de la 11ème frégate française et serait donc prolongée jusqu’en 2023 environ, soit en augmentant la cadence de production pour intercaler ces bateaux dans le planning actuel. Aujourd’hui, le rythme de livraison est d’une frégate par an, mais les installations lorientaises de DCNS sont dimensionnées pour produire une FREMM tous les 7 mois (rythme imaginé au début du programme qui devait, à l’origine, compter 17 frégates pour la France).

 

 

Le Georges Leygues et l'Aquitaine (© MARINE NATIONALE)

 

 

Jongler avec les vieux bateaux et préserver le format

 

 

Quoiqu’il en soit, ce scénario pourrait présenter des difficultés pour la marine française, déjà contrainte de jongler avec des effectifs devenus très limités et des matériels forcément moins fiables avec l’âge. Sans compter qu’avec la mise en service des FREMM, les marins vivent une véritable révolution, tant au niveau de la gestion des équipages (il y a deux fois moins de marins sur les nouvelles frégates) que d’un point de vue opérationnel, les capacités des nouveaux bâtiments étant bien supérieures.

Malgré tout, dans le marasme économique actuel, le transfert à la Grèce de deux bâtiments pourrait aussi limiter la menace d’une nouvelle réduction de format pour les frégates de premier rang de la Force d’Action Navale.

Pour mémoire, les FREMM, qui mesurent 142 mètres de long et présentent un déplacement de 6000 tonnes en charge, vont constituer l’épine dorsale de la FAN. Offrant pour la première fois en France la capacité de frapper des cibles terrestres en profondeur grâce à leurs missiles de croisière, elles seront au coeur de la crédibilité de la dissuasion nucléaire en assurant la protection des sous-marins stratégiques. Elles seront aussi indispensables pour garantir la sécurité d’une force navale articulée autour du porte-avions Charles de Gaulle ou des bâtiments de projection et de commandement du type Mistral.

DCNS Marine nationale