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FREMM : Machine arrière de DCN sur le montage industriel des frégates ?

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FREMM : Machine arrière de DCN sur le montage industriel des frégates ?

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La direction de DCN a annoncé hier, en Comité Central d'Entreprise, un retour des établissements des Brest et Cherbourg dans la course aux tronçons de frégates multi-missions. « Les moyens industriels des sites DCN seront exploités en priorité, en prenant en compte les objectifs ambitieux de coûts », explique le groupe, alors que vient de débuter la construction de l'Aquitaine, tête de série de cette nouvelle génération de bâtiments destinés à la Marine nationale. « Jean-Marie Poimboeuf a expliqué aux membres du CCE qu'une équipe de DCN avait commencé à travailler en étroite collaboration avec les établissements de Lorient, Brest et Cherbourg, pour que ces établissements soient en mesure de proposer une offre de coque de FREMM qui soit à peu près au même niveau que la meilleure offre du marché français connue à ce jour », indique l'UNSA. Le syndicat, comme ses homologues des autres centrales, se bat depuis des mois contre le montage industriel annoncé fin 2006. A l'époque, la direction avait précisé qu'en dehors de la tête de série, intégralement réalisée à Lorient, seule la partie arrière des bâtiments suivants serait réalisée sur le site du Morbihan. A titre de compensation, DCN Brest s'était vu attribuer la maîtrise d'oeuvre de l'assemblage des blocs de la partie avant, réalisés par des chantiers extérieurs, ainsi que leur soudage à la moitié arrière. « Trop peu » avaient protesté les syndicats, appelant immédiatement les personnels à la mobilisation pour conserver le maximum de charge en interne. Le conflit durait depuis des mois et s'était soldé par l'annulation de la cérémonie de découpe de la première tôle de l'Aquitaine, prévue le 16 mars à Lorient. Face à la détermination des personnels, la direction a donc accepté de donner une nouvelle chance à ses établissements sur le marché du flotteur avant.

Piriou et Aker Yards en ligne de mire

Comme l'UNSA, la CFDT « se félicite du changement de position de la direction et entend travailler pour qu'une solution soit trouvée, mais pas à n'importe quel prix. Les efforts ne doivent pas se limiter aux seuls personnels, il faut que la direction de DCN montre sa volonté de maintenir la production par de l'investissement approprié en terme de potentiel industriel et humain ». S'ils souhaitent s'imposer, les sites de DCN devront, inévitablement, faire des efforts de productivité. Le coût proposé jusqu'ici en interne serait, en effet, jusqu'à 30% plus élevé que celui de la concurrence. « Bien que l'offre émanant de DCN soit aujourd'hui supérieure à la meilleure offre du marché national qui entrerait dans les clous du contrat signé, le PDG n'entend pas laisser les établissements à l'écart du projet », note avec satisfaction l'UNSA. Les syndicats restent néanmoins prudents : « C'est un challenge très difficile qui entraîne une question : est-ce crédible et réalisable ? », s'interroge la CFDT. De leur côté, la CGT et FO, qui exigent « que l'emploi reste en France sur les sites de productions de DCN pour les programmes nationaux », on estime qu'« une mauvaise annonce est toujours envisageable mi-juin, à 15 jours des congés, ce qui nuirait fortement à la mobilisation ». Brest, Cherbourg et Lorient auraient moins de trois mois pour optimiser leurs coûts et s'aligner sur les prix des autres chantiers concurrents. En clair, les établissements doivent être en mesure d'être aussi compétitifs que Piriou (Concarneau) et Aker Yards (Lorient), pressentis pour remporter une partie de la moitié avant des frégates. Les Constructions Mécaniques de Normandie peuvent également prétendre au contrat mais la fragilité financière du groupe normand est un problème épineux pour une collaboration s'étalant sur 10 ans. « Dans les appels d'offres, tous les aspects sont regardés, qu'il s'agisse de coûts, de compétences mais aussi de solidité industrielle et financière, puisqu'il s'agit d'un contrat dans la durée », indique-t-on chez DCN. Comme nous venons de le voir, la stratégie du groupe reste très influencée par la question budgétaire. Les frégates françaises seraient, en réalité, 30% moins chères que leurs équivalents européens, soit 400 millions d'euros pièce, études comprises. DCN rappelle d'ailleurs qu'en raison de cette contrainte, les marges de manoeuvre sont très limitées : « FREMM est un programme ambitieux industriellement par la rapidité de production et par l'impératif de coût fixés par le client ».

Les Bulgares intouchables ?

Le recours à la sous-traitance extérieure permettrait, selon une source syndicale, de n'économiser qu'une grosse dizaine de millions d'euros par navire. Si l'intégralité du programme voit le jour, cela représenterait tout de même une économie de plus de 170 millions d'euros sur 17 FREMM. Pour les blocs de la partie avant, deux types de chantiers extérieurs sont envisagés. Il y a tout d'abord les chantiers civils français, dont Piriou et Aker Yards, mais aussi étrangers. Les industriels polonais ont notamment répondu à l'appel d'offres. Bien que DCN ait travaillé avec Gdansk dans le cadre du programme BPC, la problématique de la hausse probable et rapide du niveau de vie des salariés polonais, et donc des coûts, est étudiée avec attention. En effet, le programme FREMM, qui doit s'étaler jusqu'au milieu des années 2020, nécessite une vision financière à long terme. La Grèce, qui s'est récemment montrée intéressée par le programme, pourrait constituer une autre piste. Reste le cas de la Bulgarie, pour laquelle DCN espère réaliser une série de quatre corvettes du type Gowind. Il s'agit d'un projet très important pour l'entreprise, la construction de petits bâtiments relançant le Français sur ce segment de navires. Le contrat pourrait, néanmoins, être soumis à conditions. Sofia n'accepterait l'offre tricolore que si ses chantiers (Bulyards) sont associés à la réalisation d'anneaux de frégates multi-missions. Jean-Marie Poimboeuf note d'ailleurs que la politique industrielle de DCN « doit permettre d'assurer les perspectives de développement à l'export, tant pour les navires armés que pour les services et les équipements ». Dans cette optique et sauf si le projet bulgare échoue, il n'est pas question pour la direction de toucher à cette opportunité. Pour Brest, Cherbourg et Lorient, la concurrence semble donc avant tout française, même si les coûts de production des trois établissements seront « comparés face aux autres offres, y compris internationales ».
Réalisé en coopération avec l'Italie, le programme FREMM doit voir la réalisation de 10 navires pour la Marina Militare et 17 pour la Marine nationale. En France, un premier contrat ferme a été signé fin 2005 pour 8 bâtiments. Les 9 autres frégates doivent être affermies en 2011 (4 unités) et 2013 (5 unités). L'Aquitaine doit être livrée en 2011, la suivante 13 mois plus tard puis les suivantes au rythme d'un navire tous les 7 mois.
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- Voir la fiche technique des frégates multi-missions

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