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FREMM : signature du premier contrat reportée

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FREMM : signature du premier contrat reportée

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Les parafes tant attendus n'ont pas été apposés aujourd’hui à Paris. Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, et son homologue italien devaient signer le contrat qui lancera la phase de production des frégates multimissions (FREMM). L'Italie rencontre en effet des problèmes administratifs. De façon plus industrielle, c’est l'Occar, l'agence européenne de l'armement, qui va notifier le contrat de réalisation au français Armaris (société commune de DCN et Thales) et à l'italien Orrizonte (société de Finmeccanica et Fincantieri). Ce programme, lancé en août 2002, est mené en coopération entre Paris et Rome. La France a exprimé un besoins de 17 navires pour remplacer les 10 frégates du type F67 et F 70 (dont une déjà désarmée) et les 17 avisos du type A 69 (dont 8 déjà retirés du service). L’Italie, de son côté, souhaite 10 FREMM pour succéder aux 16 frégates du type Maestrale et Lupo (quatre déjà désarmées). Le contrat FREMM est donc sensé, si aucun aléa budgétaire ne vient le perturber, aboutir à la réalisation de 27 navires, ce qui constitue la plus importante série de bâtiments de combat réalisée en Europe depuis la seconde guerre mondiale. Le budget, colossal, représente 11,054 milliards d’euros pour les industriels, dont 6,457 pour la partie française. A noter que pour la première fois, la commande est assortie d'un contrat d'entretien des navires. D'une valeur de 200 millions d'euros sur six ans, il a été confié à DCN en coopération avec Thales.

Huit frégates pour commencer

Le contrat signé aujourd’hui ne portera que sur les huit premiers bâtiments. Six d’entre eux seront à vocation anti-sous-marine (ASM) et deux destinées à l’action vers la terre (AVT), équipés notamment du futur missile de croisière Scalp Naval. C’est la tranche dite « ferme » du programme, les autres navires étant soumis à un contrat « optionnel », selon les termes de la Délégation Générale pour l’Armement (DGA). Suivant le planning fixé, les neuf frégates suivantes seront commandées en 2011 (quatre unités) et 2013 (cinq unités). Comme nous vous l’expliquions récemment, le projet FREMM, faute de financements, subi déjà un important retard. Nos prévisions parlant d’une mise en service de la première unité française (2010) étaient même optimistes puisque l’on parle désormais clairement de 2011. Rappelons qu’à la naissance du contrat, ce navire devait rejoindre la Marine nationale fin 2008. Le glissement du programme chez les Italiens est encore plus sensible puisque de 2008, l’arrivée de la première FREMM dans la Marina militare est maintenant prévu en 2012. Les frégates française et italienne doivent être respectivement mises à flot en 2009 et 2010. Cet étalement dans le temps aura d’importantes conséquences pour le plan de charge de DCN, notamment à Lorient. Selon le ministère de la Défense, le programme FREMM représente 2117 emplois équivalent temps plein sur les 12 prochaines années.

Beaucoup trop de programmes

Compte tenu du marasme financier auquel est confronté le budget français, il faudra que DCN joue très serré pour obtenir ce contrat dans son intégralité. Puisqu’on ne peut plus envisager de financement innovant imaginé fin 2003 (opération en leasing permettant de ne payer les bateaux qu’à livraison et donc de différer l’effort budgétaire), la marine doit jouer les équilibristes entre ses différents programmes. Et le menu, il faut l’avouer, est copieux : Outre les 17 frégates, on trouve un porte-avions, 7 sous-marins nucléaires (dont un SNLE), la fin du programme des deux BPC, 28 Rafales (entre 2006 et 2012, une dernière commande de 22 appareils devant suivre), 27 hélicoptères NH 90 (jusqu’en 2012), le développement et l’acquisition du Scalp Naval et de tous les équipements prévus pour les nouveaux navires et aéronefs. Et puis, chose qui n’a pas encore été évoquée, la quasi-totalité de la flotte de soutien arrive en fin de vie. D’ici 2012, quatre bâtiments de transport léger, deux pétroliers ravitailleurs, un bâtiment de soutien mobile et un bâtiment atelier seront désarmés. Quant aux deux derniers bâtiments de commandement et de ravitaillement (la Marne et la Somme), ils le seront d’ici 2020. En clair, les programmes sont beaucoup trop nombreux et le budget est énorme, ce qui fait dire à de nombreux marins que certains seront sacrifiés. Mais lesquels ?

Economies à tous les niveaux

L’intérêt majeur d’un programme en coopération, outre sa valeur politique dans la construction de l’Europe de la défense, est financier. Il s’agit, grâce à une production en grande quantité, de diminuer l’ensemble des coûts. Ainsi, après étude des économies envisagées, la frégate française est donnée à 280 millions d’euros contre plus de 400 millions sur le devis initial. Un prix qui est soumis à une cadence de production élevée (trois navires tous les deux ans) et à un nombre précis de bâtiments à construire. Si l’une de ces deux conditions n’est pas respectée, la facture augmentera. Il n’empêche, avec 280 millions le navire, DCN a déjà réussi un tour de force économique sans précédent dans la construction navale militaire en France. Cette prouesse ne sera toutefois pas suffisante pour coller aux impératifs budgétaires du ministère de la Défense. La première mesure en ce sens est le choix de la turbine de General Electric et Avio. La LM 2500 + Enhanced, à la conception éprouvée depuis trente ans, a été retenue pour équiper les FREMM, au détriment de la MT 30 de Rolls-Royce, beaucoup plus récente. Un choix motivé par une substantielle différence de prix, alors que la turbine britannique avait les faveurs de DCN. Selon nos informations, le plateau d’étude en charge des FREMM se serait vu demandé de réduire son budget de 32%. Pour proposer des navires au meilleur prix, les anciens arsenaux réfléchissent à plusieurs expédients. Tout d’abord, externaliser au maximum la réalisation de certains ensembles. Ainsi, de nombreux blocs pré équipés seront acheminés directement à Lorient. Une étude a également été menée sur le recours potentiel à la main d’œuvre étrangère, comme c’est le cas chez Alstom Marine, confronté de longue date aux dures lois de la concurrence. Selon nos sources, cette étude conclue que certains ateliers peuvent pris en charge par des entreprises étrangères en à peine 15 jours, le temps de régler les formalités administratives.
Hasard du calendrier, c’est aujourd’hui que les syndicats de DCN manifesteront dans tous les établissement. Une journée nationale pour la défense de l’emploi. Si la signature du premier contrat des FREMM est une excellente nouvelle, les syndicats rappellent qu’elle ne résoudra pas les graves problèmes de sous charge que connaîtront les établissements dès l’année prochaine.

Naval Group (ex-DCNS)