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FREMM : Un atout maître en haute mer
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FREMM : Un atout maître en haute mer

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Les frégates multi-missions sont le fer de lance de la Marine nationale face à la montée des menaces. Reportage en Méditerranée à bord de La Provence, à la veille de son déploiement opérationnel avec le groupe aéronaval.

Sur les indications du chef de quart, le timonier manœuvre son joystick. Insensiblement, la Provence se positionne à mille mètres du Charles de Gaulle, dans son trois-quarts arrière. La haute silhouette du porte-avions s’inscrit dans les verrières de la passerelle. Se détachent nettement les Rafale prêts sur leurs catapultes. Brusquement, les réacteurs hurlent. Top décollage. En quelques minutes, le mastodonte lâche une pontée de quatre chasseurs.

 

À peu de distance du Charles-de-Gaulle, La Provence se tient prête à intervenir en cas de crash d’un Rafale au catapultage 

À peu de distance du Charles-de-Gaulle, La Provence se tient prête à intervenir en cas de crash d’un Rafale au catapultage 
(© MERIADEC RAFFRAY)

 

En plus de l'hélicoptère Dauphin qui assure depuis le porte-avions la mission Pedro, en cas de crash, la frégate multi-missions (FREMM) se serait déroutée pour récupérer le pilote : « Nous nous entraînons régulièrement à cette procédure toujours délicate en pleine mer, surtout par temps agité », explique le pacha, le capitaine de vaisseau Julien Duthu. Il a pris son commandement à Toulon, cet été. Après un début de carrière dans l’Atlantique, la Provence y a rejoint le Languedoc et l’Auvergne.
Spécialisées dans la lutte anti-sous-marine mais conçues pour être polyvalentes, les FREMM sont très sollicitées pour faire face aux menaces croissantes au large. À Brest, opèrent l’Aquitaine et la Bretagne. En cours d’achèvement, la Normandie les rejoindra cette année. D’ici à 2022, deux autres unités (Alsace et Lorraine) sont attendues, avec des capacités accrues en défense aérienne.

Un signal envoyé aux belligérants

Les Rafale foncent plein sud à la recherche de navires « hostiles ». Ils sont simulés par des pions de la véritable armada navale qui croise au nord de la Corse ce jour-là. À l’horizon, le soleil décline. Dans les coursives, les lampes rouges s’allument, marquant le passage à la nuit. La plupart des 108 marins vivent confinés à l’intérieur des superstructures. Sur ce bâtiment de 142 mètres déplaçant 6000 tonnes, les ouvertures sont quasi inexistantes, furtivité oblige. Radar, infrarouge, acoustique, magnétique : « l’empreinte » de la FREMM est limitée. Sa turbine à gaz lui confère sa puissance d’accélération et la vitesse requise pour suivre le porte-avions, alors que sa propulsion en mode diesel-électrique lui garantit sa discrétion et son autonomie. En cas de crise, il lui faut moins de trois jours depuis Toulon pour rallier la Méditerranée orientale afin de renseigner l’état-major grâce à ses senseurs. Sa seule présence est un signal envoyé aux belligérants : elle emporte 16 missiles de croisière pouvant frapper des cibles terrestres à 1000 kilomètres. Elle peut aussi pister un submersible russe depuis l’Atlantique nord jusqu’à Gibraltar pendant 25 jours sans faire relâche : « Croyez-moi, quand un commandant se rend compte qu’il est constamment suivi, la pression change de camp », sourit le commandant de la Provence.

 

Sonar remorqué Captas 4 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Sonar remorqué Captas 4 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les Américains « incrédules »

À l’arrière, une sonnerie retentit. Elle annonce l’ouverture de la trappe au ras de l’eau qui masque l’atout maître du bâtiment contre les sous-marins : son sonar Captas 4. Suspendu à un bras mécanique prolongé par une bobine contenant 2 kilomètres de câble, ce condensé de technologie miniaturisée a été mis au point par Thales. Remorqué à des profondeurs variables selon les conditions de température, de pression et de salinité de l’eau, le module peint en jaune produit des miracles. « Incrédules, nos partenaires américains exigèrent de vérifier nos paramètres », confie le lieutenant de vaisseau Pauline, officier chargé de la lutte anti-sous-marine. Au Central Opérations, quatre écrans sont affectés à ce « domaine ». Sur l’un d’eux, s’affichent en vert les traces des bruits mécaniques captés par les deux sonars du bâtiment, qui dispose également d’une antenne intégrée à son étrave. Un opérateur continue d’écouter les sons : c’est le croisement de la technique et de l’expérience qui produisent les meilleurs résultats. Si besoin, l’hélicoptère Caïman stationné sur la plage arrière décolle pour lever un doute ou affiner un contact en utilisant ses propres senseurs. Étonnant de stabilité, l’appareil peut voler des heures par gros temps.

 

Sonar remorqué Captas 4 (© MARINE NATIONALE - LISA BESSODES)

Sonar remorqué Captas 4 (© MARINE NATIONALE - LISA BESSODES)

Caïman déployant un sonar trempé FLASH (© MARINE NATIONALE)

Caïman déployant un sonar trempé FLASH (© MARINE NATIONALE)

La FREMM Provence escortant le Charles de Gaulle (© MARINE NATIONALE - YOANN LETOURNEAU)

La FREMM Provence escortant le Charles de Gaulle (© MARINE NATIONALE - YOANN LETOURNEAU)

 

« Une bulle autour du porte-avions »

Un autre écran présente une série de cercles et de points de couleur. Le pictogramme matérialise la situation tactique sous l’eau pour l’ensemble du groupe aéronaval. Sa mise à jour est la priorité du commandant Duthu : « J’articule au mieux tous les capteurs de la flotte pour garantir une bulle autour du porte-avions. Je mets même à contribution les yeux des vigies en passerelle : statistiquement, leurs chances de repérer un périscope sont significatives. Dans cette guerre d’usure et des volontés, la FREMM a imposé un nouveau standard. Aujourd’hui, quand on détecte un sous-marin, on conserve longtemps l’initiative… », lâche l’expert.

Un reportage de Mériadec Raffray réalisé en février durant l’exercice FANAL

 

La FREMM Languedoc (© NAVAL GROUP)

La FREMM Languedoc (© NAVAL GROUP)

 

Focus : Les FREMM et FREMM DA

Les frégates multi-missions sont le fruit d’un programme en coopération mené par la France et l’Italie, chaque pays ayant développé son propre design de frégate, mais en mutualisant les études et achats d’équipements.

Au sein de la Marine nationale, les FREMM vont assurer la succession des neuf frégates anti-sous-marines et antiaériennes du type F70, dont il ne restera plus à la fin de cette année que trois exemplaires en service : les FASM La Motte-Picquet et Latouche-Tréville opérationnelles depuis 1988/1990 et basées à Brest, ainsi que la FAA Jean Bart (1991) à Toulon.

Conçues par Naval Group et réalisées à Lorient, les FREMM sont désormais au nombre de cinq en service dans le flotte française. Il s’agit des Aquitaine, Provence, Languedoc, Auvergne et Bretagne, respectivement livrées en 2012, 2015, 2016, 2017 et 2018. La Normandie, qui débutera prochainement ses essais en mer, sera réceptionnée par la Marine nationale dans le courant de l’année en vue d’une admission au service actif en 2020. Suivront l’Alsace et la Lorraine, qui doivent achevées en 2021 et 2022 pour une ASA programmée d’ici 2023.

A terme, quatre FREMM seront basées à Brest et quatre autres à Toulon.

Longues de 142 mètres pour une largeur de 20 mètres et un déplacement en charge de 6000 tonnes, ces nouvelles frégates sont conçues pour tous les domaines de combat, de la chasse aux sous-marins à la lutte antinavire, en passant par la défense aérienne, les frappes à grande distance contre des cibles terrestres, les missions de renseignement et la projection de forces spéciales.

 

Tir de MdCN depuis l'Aquitaine (© MARINE NATIONALE - L. BERNARDIN)

Tir de MdCN depuis l'Aquitaine (© MARINE NATIONALE - L. BERNARDIN)

 

Les six premières peuvent mettre en œuvre 16 missiles de croisière navals (MdCN), 16 missiles surface-air Aster 15 (les Bretagne et Normandie ayant des lanceurs verticaux plus longs pour pouvoir embarquer ultérieurement des Aster 30) et 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3. Elles disposent en outre d’une tourelle de 76mm, deux canons télé-opérés de 20mm et des tubes pour torpilles MU90. Capables d’embarquer un hélicoptère du type Caïman Marine (NH90), et à l’avenir un drone aérien SDAM (VSR 700), les FREMM sont équipées de puissants senseurs, dont un radar multifonctions Herakles, un sonar de coque et un sonar remorqué Captas 4. S’y ajoutent différents moyens de guerre électronique, dont deux brouilleurs, ainsi que des lance-leurres anti-missile et anti-torpille. Ces bâtiments sont aussi en mesure d'accueillir les nouvelles embarcations ECUME des commandos marine. 

 

Lanceurs verticaux pour MdCN et Aster (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Lanceurs verticaux pour MdCN et Aster (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Tir de missile Aster 15 depuis une FREMM (© MARINE NATIONALE)

Tir de missile Aster 15 depuis une FREMM (© MARINE NATIONALE)

Tir de torpille MU90 (© MARINE NATIONALE)

Tir de torpille MU90 (© MARINE NATIONALE)

Passerelle d'une FREMM (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Passerelle d'une FREMM (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

CO d'une FREMM (© MARINE NATIONALE - PERRINE GUIOT)

CO d'une FREMM (© MARINE NATIONALE - PERRINE GUIOT)

Hélicoptère Caïman Marine (© MARINE NATIONALE - ALAIN MONOT)

Hélicoptère Caïman Marine (© MARINE NATIONALE - ALAIN MONOT)

 

Appelées FREMM DA, les deux dernières unités de la série, les Alsace et Lorraine, auront des capacités de défense aérienne renforcées afin de remplacer les FAA Cassard et Jean Bart, tout en complétant les deux grandes frégates de défense aérienne Forbin et Chevalier Paul. Ces FREMM DA n’embarqueront pas de MdCN, mais auront en lieu et place 16 missiles surface-air supplémentaires, soit un total de 32 Aster 15 et Aster 30. La base de leur mât principal sera plus fine afin de réduire au maximum l’effet de masquage pour le radar Herakles, qui sera plus puissant que sur les six premières FREMM. Le système de combat ainsi que le CO des Alsace et Lorraine seront en outre adaptés à la mission de défense aérienne.  

 

FREMM DA (© NAVAL GROUP)

FREMM DA (© NAVAL GROUP)

 

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