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FTI : Entre communication et réalités budgétaires

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FTI : Entre communication et réalités budgétaires

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A tort, le programme des frégates de taille intermédiaire commence, y compris par certains politiques, à être non seulement présenté comme acquis, mais carrément lancé. En témoigne par exemple cette surprenante phrase de Gwendal Rouillard, député du Morbihan et rapporteur du budget de la Marine nationale, lors de la séance du 2 novembre de la Commission de la Défense à l’Assemblée nationale : « Je salue la signature par notre ministre du programme de 5 frégates de taille intermédiaire ».

De fait, Jean-Yves Le Drian n’a jusqu’ici strictement rien signé concernant les FTI, qui demeurent à ce jour et jusqu’à notification du contrat de lancement un simple projet. Le ministre de la Défense, qui en est il est vrai un fervent supporter, a fixé ses objectifs calendaires le 18 octobre dernier, lorsqu’il s’était réservé la primeur, à l’occasion de l’inauguration du salon Euronaval, du dévoilement de la maquette de cette fameuse frégate de nouvelle génération. « J'ai décidé du lancement du programme FTI dès le début 2017. La réalisation commencera l'année prochaine », disait-il alors, précisant que ce programme devrait représenter un investissement de 3.8 milliards d’euros, développement compris. La livraison de première de ces cinq FTI, qui doivent être réalisées à Lorient par DCNS, est espérée en 2023 afin de commercer le remplacement nombre pour nombre des frégates du type La Fayette, dont une partie sera d'ici là modernisée. 

En réalité, la commande des FTI n’est pas prévue dans le projet de loi de finances 2017. Mais une marge de manœuvre a été conservée dans le budget afin de pouvoir lancer le programme. « Le passage au stade de réalisation pour les programmes FTI et rénovation FLF est prévu conjointement en 2018. Selon la progression des travaux qui restent à mener, il pourrait être avancé en 2017 afin de sécuriser le calendrier contraint de la FTI et le maintien du format à 15 frégates de 1 er rang », peut-on lire dans le Bleu budgétaire.

Du côté de la Direction Générale de l’Armement, on explique que, « comme indiqué par le ministre, l’objectif est de commander les cinq FTI au premier trimestre 2017, pour une livraison de la première en 2023. Le marché comprendra plusieurs tranches. Le budget sera prévu en cohérence de ces hypothèses ».

Le budget sera, en fait, le nerf de la guerre et, pour le moment, le moindre que l’on puisse dire, c’est que les sommes prévues l’an prochain pour ce programme sont des plus limitées. Voté le 2 novembre à l'Assemblée en commission élargie, le budget de la mission Défense ne prévoit ainsi que 162.7 millions d’euros de crédits de paiement en 2017 pour les FTI. 2.1 milliards d’euros d’autorisation d’engagement sont certes prévus mais ce poids financier est reporté à plus tard, en fait pour l’essentiel à la prochaine loi de programmation militaire (2020-2025).

C’est ce qui inquiète de nombreux parlementaires, y compris de la majorité, alors que beaucoup craignent un « mur budgétaire » dans les prochaines années et l’impossibilité, faute de crédits suffisants, de respecter l’ensemble des objectifs fixés pour les différents programmes militaires français lancés, en passe de l'être ou prévus. D’autant que les opérations extérieures coûtent très cher et engendrent des usures prématurées. Le maintien en condition opérationnelle des matériels semble par conséquent devoir être renforcé, tant le niveau de disponibilité de certains équipements est faible.

Dans un contexte budgétaire global toujours très contraints, les échéances électorales de 2017 font peser une grande incertitude et la prochaine équipe en place, quel que soit son bord politique, pourrait bien être contrainte de procéder à des ajustements.

C’est pourquoi il semble encore très prématuré, sinon hasardeux, de tenir le programme FTI pour acquis.

 

 

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