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Futur porte-avions français : « Au bas mot 5 milliards » selon Alfan

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Futur porte-avions français : « Au bas mot 5 milliards » selon Alfan

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L’amiral Jean-Philippe Rolland, commandant la Force d’Action Navale (Alfan) et ancien pacha du Charles de Gaulle, a été entendu le 12 mars par la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale. Lors de cette audition, le patron de la flotte de surface française a notamment été interrogé sur le projet de futur(s) porte-avions. Au député Thomas Gassilloud, qui lui demandait de confirmer que le coût du successeur du Charles de Gaulle serait bien « de l’ordre de cinq à six milliards d’euros », l’amiral a rappelé « qu’on ne dispose que d’une très large fourchette d’évaluation ». Mais, a-t-il ajouté, « aujourd’hui, l’ordre de grandeur s’élève à plusieurs milliards d’euros, au bas mot cinq milliards sans doute – et même davantage si la propulsion nucléaire est retenue. Mais, bien sûr, si on en achète plusieurs, on en amortit les coûts de développement ».

Pour mémoire, le ministre des Armées a lancé une étude portant sur le futur porte-avions français. D’une durée de 18 mois, elles portent notamment sur les capacités de combat souhaitées, le mode de propulsion (conventionnel ou nucléaire), l’adoption de catapultes électromagnétiques en lieu et place des actuelles catapultes à vapeur, ou encore l’intégration des futurs drones de combat qui complèteront la chasse embarquée pilotée. Les choix qui en résulteront permettront de définir le gabarit du futur bâtiment, qui sera très probablement plus grand que le Charles de Gaulle. Ces études seront également l’occasion de définir les besoins pour un retour à une flotte disposant de deux porte-avions, ce qui permettrait de recouvrer la permanence opérationnelle de cet outil.

Comme le rappelle un ancien amiral, « disposer d’un porte-avions et de son groupe aérien embarqué représente en gros 80% de l’investissement total de la permanence, pour une disponibilité de l’outil de 70% compte tenu des arrêts techniques. En investissant seulement 20% de plus, la permanence est assurée ». En clair, décider de réaliser un bâtiment représente déjà l’essentiel de l’effort budgétaire car le plus gros des frais est lié à la conception et à la chasse embarquée.

Contrairement à ce qui est souvent avancé par les détracteurs d’un second porte-avions, sa réalisation n’implique en effet pas d’investir dans un deuxième groupe aérien embarqué. L’objectif est avant tout de disposer de deux plateformes pour être certain d’en avoir au moins une disponible à tout moment. Le GAé passe ensuite de l’un à l’autre des bâtiments. Idem pour le format des moyens d’escorte, qu’il ne serait pas nécessaire d’augmenter avec un second porte-avions. Quant aux équipages, il n’y a pas non plus besoin de deux effectifs complets, ce qui n’était déjà pas le cas du temps où la Marine nationale alignait les anciens Clemenceau et Foch.  

Les premières décisions quant au(x) futur(s) porte-avions français sont attendues à partir de 2020, sachant qu’une commande ne pourra sauf très grosse surprise intervenir avant 2025 et le début de la prochaine loi de programmation militaire. Pour l’heure, le scénario le plus optimiste table, au cas où le retour à deux porte-avions serait acté, sur une mise en service de la tête de série au début des années 2030 et de son sistership vers 2037-2040, au moment où le Charles de Gaulle sera désarmé.

Ci-après la retranscription de l’audition de l’amiral Rolland telle que publiée sur le site Internet de l’Assemblée nationale :

 

Commission de la défense nationale et des forces armées

Mardi 12 mars 2019

Séance de 17 heures

Compte rendu n° 28

Présidence de Mme François Dumas, vice-présidente

 

Audition de l’amiral Jean-Philippe Rolland, commandant la force d’action navale

La séance est ouverte à dix-sept heures.

Mme Françoise Dumas, présidente. Mes chers collègues, nous recevons aujourd’hui le vice-amiral d’escadre Jean-Philippe Rolland, commandant de la force d’action navale.

Amiral, je vous remercie de nous avoir rejoints depuis Toulon où vous exercez votre commandement. Je vous prie tout d’abord de bien vouloir excuser notre président, Jean-Jacques Bridey, qui accompagne le président de la République dans son déplacement en Afrique.

C’est à la suite de la passionnante visite du porte-avions Charles de Gaulle que certains d’entre nous ont effectuée en décembre dernier que nous avons souhaité que vous veniez ici compléter les éclairages dont vous nous aviez fait part à bord.

Le Charles de Gaulle a fait l’objet d’une remise à niveau technique de très grande ampleur. Il a achevé le cycle d’entraînement après être sorti du chantier et a appareillé la semaine dernière pour un premier long périple.

C’est une occasion pour nous de faire le point sur sa capacité opérationnelle et plus généralement sur celle offerte par le groupe aéronaval.

Amiral Jean-Philippe Rolland. Je vous remercie, Mesdames, Messieurs les députés, pour l’intérêt que vous portez aux porte-avions.

Je suis accompagné par le capitaine de frégate Pierre Gottis, de mon état-major, pilote de Rafale qui a commandé la première flottille de Rafale marine, et par le capitaine de vaisseau Antoine Vibert, chargé des liaisons parlementaires à l’état-major de la marine. Je mentionnerai, pour l’anecdote, que nous étions tous les trois à bord du Charles de Gaulle de 2003 à 2005.

Dans un premier temps, je me consacrerai aux avantages du porte-avions en tant qu’outil politique et stratégique puis j’insisterai sur les capacités opérationnelles du groupe aéronaval, même si beaucoup d’entre vous les connaissent déjà. Ensuite, je m’attacherai au cas particulier de la France. Enfin, je terminerai sur l’arrêt technique majeur (ATM) qu’a connu le Charles de Gaulle et sa reprise de service.

Quels sont les avantages que procurent les porte-avions aux pays qui en possèdent ? Il s’agit en premier lieu d’un outil politique conçu pour soutenir une stratégie nationale de défense.

Passons en revue les principaux détenteurs en commençant, bien évidemment, par les États-Unis.

Pour les Américains, le porte-avions est le symbole d’une domination en mer tangible à l’échelle mondiale, démontrée depuis la guerre du Pacifique. Ils y ont montré qu’ils étaient capables d’agir avec succès en mer et depuis la mer vers la terre.

Aujourd’hui, l’US Navy est intégralement trempée dans la culture des groupes aéronavals. Comme en France, les sous-marins nucléaires d’attaque agissent en soutien de ces groupes et les plus grands bâtiments amphibies ont des capacités tout à fait significatives dans le domaine de la mise en œuvre d’aéronefs. Ces derniers mois, l’US Marine Corps a procédé aux premières mises en œuvre opérationnelles de F-35. Très attentive à son autonomie, cette composante a voulu investir dans une capacité aéronavale en propre, même s’il s’agit d’exploiter des porte-aéronefs de petite taille en comparaison des grands porte-avions de l’US Navy.

En Russie, le groupe aéronaval est, il faut le dire, une capacité inaboutie car peu valorisée par les différentes stratégies nationales de défense qui se sont succédé en Union soviétique puis en Russie. Cela s’explique d’abord par les déterminants géopolitiques. Les accès au grand large étant sous le contrôle des partenaires de l’OTAN, les investissements financiers se sont orientés préférentiellement vers les bombardiers stratégiques à long rayon d’action « tueurs de porte-avions », les missiles à longue portée, qu’ils soient conventionnels ou nucléaires et les flottes sous-marines. Les porte-avions ou les porte-aéronefs ont quant à eux fait l’objet de moindres investissements financiers, humains, technologiques et opérationnels limitant ainsi la possibilité d’émergence d’un groupe aéronaval abouti. Cela montre incidemment que la construction et l’entretien d’une telle capacité ne supportent pas les demi-engagements. Il ne s’agit pas d’y aller sur la pointe des pieds : il faut qu’il y ait un tout cohérent et une continuité dans l’effort.

La Chine a manifesté sa volonté d’accélérer le développement de porte-avions de façon doublement symbolique : dans le registre de la compétition stratégique, il s’agit de dépasser les États-Unis comme acteur dominant mais aussi de rompre son enclavement relatif pour permettre son accès à la haute mer, occulté par un rideau de territoires : Corée du Sud, Japon et archipel Ryukyu, Taïwan et Philippines. Depuis le XVe siècle, la Chine s’est essentiellement tournée vers la terre et un déploiement continental. Son orientation vers la mer est récente et correspond au développement économique qu’elle a engagé depuis un peu plus de vingt ans.

La Chine se heurte toutefois à une double difficulté. Il y a d’abord la maîtrise des technologies et des savoir-faire associés car on ne peut construire de rien des groupes aéronavals sans rencontrer des aléas. Il y a ensuite un problème

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