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Futur porte-avions : les chantiers pensent pouvoir assembler la coque en moins d’un an
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Futur porte-avions : les chantiers pensent pouvoir assembler la coque en moins d’un an

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Quand la France décidera d’offrir un successeur au Charles de Gaulle, sa construction devrait être nettement plus rapide que celle de son aîné. Pour mémoire, l’actuel porte-avions de la Marine nationale, commandé en février 1986, avait vu sa première tôle découpée en novembre 1987 à l’arsenal de Brest. Sa mise sur cale était intervenue en avril 1989, sa mise à l’eau en mai 1994 et ses premiers essais en mer en mars 1999, pour une admission au service actif prononcée en mai 2001. Du début de la construction du Charles de Gaulle à ses premiers milles parcourus au large de la Bretagne, il se sera donc écoulé plus de 11 ans. Un délai qui n’est pas aberrant, même aujourd’hui si on le compare par exemple au nouveau porte-avions américain, l’USS Gerald R. Ford, dont la première tôle fut découpée en août 2005 et qui a débuté ses essais en mer en avril 2017. La construction du Charles de Gaulle, premier porte-avions réalisé en France depuis le Clémenceau (1960) et le Foch (1963), et premier bâtiment de surface européen à propulsion nucléaire, avait cependant été moins rapide que prévu. L’Etat avait en effet ralenti les travaux à quatre reprises pour cause de restrictions budgétaires imposées à ses arsenaux. Plusieurs années avaient été ainsi perdues.

Cette fois, ce genre de contrainte ne devrait pas entrer en ligne de compte. Car si Naval Group pilote le projet, c’est Saint-Nazaire qui aura la charge de réaliser le porte-avions de nouvelle génération (PANG). Un bâtiment que les Chantiers de l’Atlantique devront produire entre deux paquebots. Contrairement à Brest, le calendrier sera donc sécurisé car le planning d’occupation des cales de l’estuaire de la Loire va se gérer pour de nombreuses années au mois près. Par rapport à Brest il y a 30 ans, le PANG va aussi bénéficier d’un outil industriel autrement plus moderne et performant, dont un portique capable de soulever des blocs de 1200 tonnes et un niveau de pré-armement de ceux-ci sans commune mesure avec ce qui se pratiquait dans les années 80 et 90. Tant et si bien qu’en l’état actuel des choses, les Chantiers de l’Atlantique estiment entre quatre et cinq ans seulement la durée totale qu’il faudra pour construire le nouveau porte-avions français, la différence d’un an résidant dans les essais de plateforme, s’ils sont ou non conduits depuis Saint-Nazaire. Sur ce laps de temps global, qui ne tient pas compte des études évidemment, la durée d’assemblage des blocs constituant la coque sera très courte, et en réalité pas beaucoup plus longue que celle d’un grand paquebot, qui représente pour Saint-Nazaire une charge de travail équivalente à celle d’un porte-avions. Si le plan de charge se maintient tel que prévu aujourd’hui, avec deux paquebots au moins à livrer par an jusqu’à la fin de la prochaine décennie, le PANG ne pourra même pas rester deux ans dans les formes de construction nazairiennes. « Deux ans c’est impensable car on ne peut pas bloquer si longtemps nos formes alors que nous avons d’autres navires à construire. Il faudra donc que l’assemblage se fasse entre six mois et un an », estime Laurent Castaing dans une interview à Mer et Marine. Une fois mis à l’eau, le PANG sera achevé à flot au bassin C, le seul de Saint-Nazaire en dehors des formes suffisamment large pour accueillir un tel bateau, dont l’empattement est très important du fait de ses encorbellements.

Pour l’heure, le projet PANG n’en est qu’au stade des études, qui visent à définir les caractéristiques du bâtiment en fonction des besoins opérationnels futurs, ainsi qu’un prix approximatif. Cela sur la base de deux propulsions possibles : nucléaire ou conventionnelle. Après un an et demi de travaux et l’émergence de différentes options, les conclusions seront remises dans les mois qui viennent à la ministre des Armées, Florence Parly, qui les soumettra au président de la République. Sur cette base, Emmanuel Macron devrait prendre une décision dans le courant de l’année 2020.

Aujourd’hui, la seule contrainte calendaire est de disposer d’un nouveau bâtiment en 2038, date limite de retrait du service du Charles de Gaulle correspondant à la fin de potentiel de son dernier rechargement de cœurs nucléaires. Mais avec des délais de construction raccourcis, si la France choisit de revenir à deux porte-avions afin de recouvrer la permanence opérationnelle de son outil aéronaval, il serait alors possible, si la volonté politique et les budgets sont là, de prévoir une arrivée du premier PANG plus tôt et celle de son sistership pour la fin de vie du Charles de Gaulle.

- Voir notre dossier complet sur le PANG

 

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