Défense
Futur(s) porte-avions : Emmanuel Macron annonce une décision dès 2020

Actualité

Futur(s) porte-avions : Emmanuel Macron annonce une décision dès 2020

Défense

Le président de la République était hier à bord du Charles de Gaulle, en phase de remontée en puissance à l’issue de sa refonte à mi-vie. Il en a profité pour accorder une longue interview au journal de 20 heures de TF1. Interrogé par Gilles Bouleau sur l’opportunité de construire un ou deux nouveaux porte-avions, Emmanuel Macron a annoncé que la décision serait prise sous deux ans. « Il est aujourd’hui trop tôt pour le dire. J’ai lancé les études, dans 18 mois, c’est l’année 2020 qui sera charnière, nous pourrons répondre à cette question. Elle dépend de quoi ? Un, de savoir comment évolue la menace : est-ce que cet équipement, et avoir un deuxième porte-avions, est la meilleure réponse ou est-ce qu’il faut d’autres types de réponses. Donc, comment évolue la menace ? Comment évoluent les technologies ? Comment évoluent nos partenaires ? Tout ça c’est ce que nous sommes en train d’étudier. Est-ce que l’on fera un autre porte-avions avec une propulsion nucléaire ou pas ? Ce sont des tas de sujets stratégiques, technique et opérationnels », a expliqué le chef de l’Etat, précisant qu’un nouveau porte-avions représenterait un investissement de « 4 à 5 milliards d’euros ». Pour Emmanuel Macron, « rien n’est exclu » à ce stade. « C’est un choix que l’on fera en 2020. Ce choix sera conduit par un objectif : protéger la France, les Françaises et les Français, permettre à nos soldats d’avoir les meilleurs outils pour cela et pour les protéger eux-mêmes, et être en capacité de répondre aux menaces du monde d’aujourd’hui et de demain ».

La ministre des Armées, Florence Parly, avait confirmé fin octobre le lancement des études portant sur le successeur du Charles de Gaulle et l’opportunité de construire un ou deux nouveaux porte-avions (voir notre article détaillé sur ces études). Ces travaux seront conduits par la Direction Générale de l’Armement, la Marine nationale et les industriels concernés, à commencer par Naval Group et les chantiers de Saint-Nazaire.

Pour mémoire, la France ne dispose plus de la permanence opérationnelle d’un groupe aéronaval depuis 20 ans suite au désarmement du Clémenceau en 1997 puis la vente du Foch au Brésil en 2000. Un an plus tard, le Charles de Gaulle entrait en service mais le programme, qui devait initialement comprendre deux bâtiments pour succéder aux précédents porte-avions, s’arrêta là. Depuis, la France ne peut compter qu’environ 60% du temps sur cet outil militaire et politique majeur, alors même que la dépense globale dans la force aéronavale a été accomplie à 80%, les appareils du groupe aérien embarqué ayant un format calibré sur la capacité à déployer à n’importe quel moment un porte-avions, qu’il y en ait un ou deux. La seconde plateforme a en effet essentiellement vocation à assurer la permanence du groupe aéronaval, c’est-à-dire être certain de disposer d’un bâtiment pendant les périodes d’indisponibilité technique de l’autre.

Sortant de 18 mois de maintenance et de rénovation, le Charles de Gaulle doit prendre sa retraite à la fin des années 2030, non sans avoir connu dans 10 ans un troisième arrêt technique majeur. Si le retour à une flotte dotée de deux porte-avions est acté, ce troisième ATM peut constituer un objectif calendaire pour l’arrivée du prochain bâtiment, même si celui-ci n’est pas encore opérationnel. Cela permettrait d’éviter une nouvelle période de deux ans (en comptant les phases d’entrainement et de remontée en puissance) pendant laquelle la France ne disposerait plus de cette capacité et les pilotes du groupe aérien embarqué seraient obligés de s’en remettre une nouvelle fois aux Américains pour s’entrainer et maintenir leurs qualifications. La construction d’un second navire pourrait être lancée avec quelques années de décalage, par exemple au début de la LPM suivante (à partir de 2030) de manière à entrer en service pour la fin de vie du Charles de Gaulle. Il est en tous cas impératif qu’il ne s’écoule pas une décennie entre les deux bateaux pour d’évidentes questions d’efficience industrielle et financière du projet.

Si la décision de lancer un nouveau programme de porte-avions est prise en 2020, il ne faudra pas non plus attendre 10 ans pour commander le premier bateau, faute de quoi les études deviendraient caduques. La logique veut que le contrat soit rapidement notifié une fois les grands choix actés. Pour l’heure, la loi de programmation militaire, qui s’étend de 2019 à 2025, ne prévoit que l’actuel contrat d’étude, relativement modeste puisque doté d’une enveloppe de seulement 40 millions d’euros. Les études détaillées, si la construction est entérinée, seront beaucoup plus onéreuses. S’il parait aujourd’hui peu probable qu’une commande de 4 à 5 milliards vienne alourdir l’actuelle LPM, celle-ci pourrait cependant être enrichie de la partie consacrée aux études détaillées à l’occasion de la revue à mi-parcours de la loi, qui interviendra avant les élections de 2022. Emmanuel Macron pourra donc décider de mettre le programme sur les rails suffisamment tôt pour pouvoir le sécuriser, bien que le gros de la dépense soit renvoyé à la LPM suivante puisque la construction ne débuterait raisonnablement pas avant 2025 (*). Le président ferait alors preuve d’un courage politique qui, en la matière, a clairement fait défaut à ses prédécesseurs.

(*) Une fois les études stabilisées, la construction et les essais de plateforme prendraient selon les industriels de quatre à cinq ans, auxquels il faudra ajouter la phase de mise au point du système d’armes et de montée en puissance du bâtiment et de son groupe aérien embarqué.  

 

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française