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Futur(s) porte-avions : la décision repoussée

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Futur(s) porte-avions : la décision repoussée

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Le conseil de défense devant entériner le programme porte-avions de nouvelle génération (PANG) a été repoussé. Initialement, il devait se tenir le 8 juillet, ouvrant la voie à une annonce par le président de la République à l’occasion de la fête nationale. Mais le changement de gouvernement quelques jours plus tôt a bouleversé ce calendrier et l’exécutif, qui a déjà beaucoup de dossiers à gérer actuellement, a préféré renvoyer celui-ci à plus tard. Selon différentes sources, un conseil de Défense est toujours espéré dans le courant de l’été, mais il sera sans doute reculé à la rentrée avec, éventuellement, une annonce dans le sillage du grand plan de relance de l’économie que prépare le gouvernement. Le PANG pourrait en effet constituer le symbole fort d’une stratégie française axée sur la souveraineté industrielle et technologique, ainsi que l’indépendance militaire dans un monde de plus en plus dangereux. Mais aussi un vecteur de coopération européenne puisque le groupe aéronaval français est un outil unique au sein de l’UE et que le futur porte-avions sera amené à mettre en œuvre le système de combat aérien futur (SCAF) porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne. Il se peut également que le programme ne soit dévoilé qu’au salon Euronaval, dont la dernière édition en octobre 2018 avait été marquée par le lancement des études portant sur la succession du Charles de Gaulle.

Un dossier établi après 18 mois d’études

Ce sont précisément ces travaux qui ont permis de réaliser le dossier allant être présenté par Florence Parly, ministre des Armées, à Emmanuel Macron, afin que celui-ci entérine les grands choix concernant le PANG. Pour mémoire, plusieurs études (dont une technico-opérationnelle et une de design), d’une durée de 18 mois pour un montant de 36 millions d’euros, ont été conduites, impliquant la Direction Générale de l’Armement, la Marine nationale, le CEA et, côté industriel, Naval Group, les Chantiers de l’Atlantique, TechnicAtome, Thales, Dassault Aviation et MBDA.

Elles ont servi à traiter l’ensemble des questions relatives à ce projet : qu’il s’agisse de besoins opérationnels et capacitaires, de caractéristiques techniques générales et d’intégration de futures technologies, de prise en compte des menaces émergeantes ou encore de permanence du groupe aéronaval avec le retour d’une flotte à deux porte-avions. L’ensemble a permis de faire émerger de grandes options architecturales et d’établir des estimations budgétaires.

Un bâtiment nettement plus gros que le Charles de Gaulle

A l’issue de ces études, qui ont permis d’explorer différents concepts, les grandes lignes de ce qui avait été imaginé dès le départ semblent se confirmer. Le successeur du Charles de Gaulle (261 mètres, 42.500 tonnes de déplacement en charge) sera nettement plus massif que son aîné, soit un bâtiment de plus de 280 mètres pour environ 70.000 tpc, un gabarit assez proche du projet PA2 développé dans les années 2000 sur la base du design des deux nouveaux porte-avions britanniques de la classe Queen Elizabeth (284 mètres, 65.000 tpc). Cette taille est dictée par les mensurations du successeur du Rafale, le NGF (New Generation Fighter), qui fait partie du programme SCAF et sera un avion bien plus volumineux et lourd que son aîné. Son poids est estimé à 35 tonnes, contre environ 24 pour l’actuel avion de combat français.

Pour la mise en œuvre de sa chasse et des avions de guet aérien embarqués, mais aussi de futurs drones de combat (UCAV), le PANG sera équipé d’une piste oblique avec brins d’arrêt et de deux catapultes de nouvelle génération, plus longues (environ 90 mètres au lieu de 75) mais surtout électromagnétiques et non plus à vapeur comme sur le Charles de Gaulle. La France va ainsi logiquement suivre l’évolution technologique des Etats-Unis, dont elle dépend pour la fourniture de ces équipements très pointus et coûteux (ces catapultes représenteront à elles seules un budget de plusieurs centaines de millions d’euros).

Propulsion nucléaire

Quant à la propulsion, qui est le point le plus sensible de ce projet, les partisans du nucléaire l’ont a priori emporté face à une propulsion classique. Avec plusieurs arguments. D’abord, une question de soutien à la filière nucléaire et de maintien de compétences critiques tant au CEA que chez les industriels en charge de la fabrication et de la maintenance des chaufferies embarquées. Cela, alors que le parc de réacteurs embarqués est très réduit dans la marine française : douze seulement, dont les deux du Charles de Gaulle, auxquels s’ajoutent les dix (un chacun) des sous-marins (quatre SNLE et six SNA).

L’atome est aussi privilégié pour des questions de prestige international et de « poids militaire », un porte-avions nucléaire, outil que seuls, à ce jour, possèdent l’US Navy et la Marine nationale, étant considéré comme le summum d’une grande puissance navale. Avec au passage des avantages opérationnels, liés en particulier à la question du ravitaillement en combustible. Ce dernier aspect a été important dans les réflexions, les militaires estimant que la disponibilité du gasoil allant diminuer sensiblement au cours des prochaines décennies en raison de l’essor dans la Marine marchande de combustibles plus vertueux pour l’environnement. Un problème qui concernera à terme aussi les autres unités de surface de la flotte, à commencer par les frégates, mais qui sera sans doute plus « simple » à gérer que sur une plateforme aussi imposante et complexe que le porte-avions, prévue pour durer au moins 40 ans. Du fait de ses évolutions constantes pour mettre en œuvre son aviation embarquée, ce dernier est beaucoup plus gourmand en

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