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Futurs porte-avions: Londres s'impatiente.

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Futurs porte-avions: Londres s'impatiente.

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Le ministre de la défense britannique invite la France à « prendre une décision rapide » concernant une coopération autour du programme des nouveaux porte-avions. John Reid, en déplacement aux chantiers navals de Scotsound, a déclaré que Paris : « devait accepter les bases existantes du design britannique pour le PA2 ». En clair, le ministre tire à vue sur le projet Romeo de DCN afin de décider la France à opter une bonne fois pour toutes pour le modèle des CVF (porte-avions) de la Royal Navy. Ce design, c’est celui qui a été imaginé par le groupe français Thales et qui a été retenu par Londres en 2004. Or, l’architecture prévue pour les deux navires de la Royal Navy (Queen Mary et Prince of Wales) ne convenait pas tout à fait à Paris. Ces derniers mois, la Délégation Générale pour l’Armement et DCN ont eu de nombreux contacts avec leurs homologues britanniques. « Nous travaillons ensemble à la comparaison de nos conceptions et à la recherche de solutions communes et je peux vous dire que nous avons fait des progrès substantiels », annonçait avant l’été François Luneau, patron de la DGA. Les progrès sont effectivement là puisque, selon Jean-Marie Poimboeuf, président de DCN, « les navires sont désormais identiques à 85% », mais aucune date précise n’est prévue, ce qui agace l’allié d’outre manche. Selon le ministre de la Défense britannique John Reid : « Nous avons des échanges avec la DGA mais aucune échéance n’a été fixée par les Français. Ils nous ont fait des propositions que nous pourrons retenir s’ils nous proposent un meilleur calendrier ». John Reid est par ailleurs catégorique quant à la suite des évènements :
« Le programme ne peut être retardé ou rendu plus cher pour rejoindre les critères français ». Les bases de la coopération sont donc jetées et le ministre a d’ailleurs indiqué qu’il avait rencontré son homologue française, Michèle Alliot-Marie, le 30 juillet à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées Atlantiques) pour discuter de l’état d’avancement du programme.

Roméo, Juliette et le CVF

Pour l’heure, les ingénieurs et architectes français ont planché sur trois projets (si l’on excepte la solution d’un Charles de Gaulle remis à niveau : 50.000 tonnes, 4 réacteurs nucléaires, quatre catapultes et 50 aéronefs). Le premier navire, dont la maquette a été présentée par DCN au dernier salon Euronaval, est connu sous le nom de Juliette. Il s'agit d'un navire dérivé de Roméo, porte-avions étudié par DCN pour une solution purement nationale. Déplaçant 59.000 tonnes pour 284 mètres de long pour 72 de large, ce bâtiment embarquerait une quarantaine d’aéronefs (32 Rafales, 3 Hawkeye et 5 NH90). Sa propulsion (Thales a proposé du tout électrique en partenariat avec Rolls et même des Pods) lui assurerait une vitesse maximum de 27 nœuds et une autonomie de 10.000 nautiques à 15 nœuds. Armé par 1770 personnes, dont 900 pour le groupe aérien, il pourrait rester en opération pendant 45 jours (vivres). Il se distingue surtout des CVF britanniques par l’absence de tremplin et un îlot unique (contre deux) placé sur l’arrière, entre les deux ascenseurs.
Le porte-avions le plus intéressant en terme de coopération est toutefois la variante du projet CVF Delta de Thales. C'est cette option que défend le ministre britannique de la défense. Le projet, baptisé «CVF FR», reprend, dans les grandes lignes, l’architecture validée par les Britanniques (avec deux îlots séparés par un ascenseur). Moins grand que Juliette (280 mètres de long pour 69 de large) le CVF FR est plus lourd (64.500 tonnes) et filerait sensiblement à la même vitesse (26,5 nœuds). La motorisation proposée consiste en une propulsion combinée diesel-électrique et turbines à gaz (CODLAG). Elle pourrait comprendre deux TG Rolls Royce MT 30 (2 x 36 MW), quatre moteurs diesels Wärtsila ( 2 x 11,7 MW et 2 x 9,45 MW). La puissance totale disponible serait de l’ordre de 110 MW (contre 61.000 kW pour le Charles de Gaulle) avec une distance franchissable de 8.000 à 10.000 nautiques à 15 nœuds et un ravitaillement en combustible tous les 7 jours.
Les installations aéronautiques imaginées pour Juliette et le CVF FR sont identiques, avec un hangar unique et deux ascenseurs d’une capacité de 70 tonnes, capables d’accueillir deux Rafales au standard F3 (le plus lourd). Dans les deux cas, la surface du pont d’envol sera plus importante que celle du CDG. Le navire sera doté de deux catapultes à vapeur américaines C13-2, d’une longueur de 90 mètres.
Côté électronique, il est prévu d'équiper le bâtiment d'un radar multifonctions tridimentionel Herakles (Thales) placé dans une mât conique qui pourrait être inspiré des mâtures intégrées des futures frégates multimissions (FREMM). L’armement devrait être similaire au porte-avions nucléaire avec quatre lanceurs Sylver (32 missiles Aster 15) et deux système surface/air à très courte portée Sadral (12 missiles Mistral), le tout complété par les contre-mesures habituelles : lance-leurres EM (électromagnétiques), IR (infrarouge) et anti-torpilles. Le groupe aérien doit également comprendre une quarantaine d’appareils dont 32 Rafales mais l’équipage serait plus réduit que sur Juliette, avec 1500 personnes.

Jean-Marie Poimboeuf: « Le design britannique est compatible avec les besoins français »

Les projets Roméo et Juliette doivent répondre à un double impératif : Les spécificités réclamées par la marine française et le succès de la coopération avec la Royal Navy, destinée à réduire les coûts pour les deux pays en construisant trois plateformes identiques. Pour l’heure, la France et la Grande-Bretagne seraient donc parvenues à trouver des solutions communes pour 80 à 90% du navire, comprenant notamment la coque, les machines et les locaux vie. Les principales modifications souhaitées par Paris concernent :

-La suppression du tremplin prévu à la proue des CVF britanniques. La Royal Navy souhaite en effet acquérir le F 35 à décollage/appontage court (Du fait de son prix exhorbitant, une version classique du F 35 est toutefois envisagée) alors que la Marine nationale a besoins d’une pont classique et de catapultes pour lancer ses Rafales.
-Un aménagement spécifique pour la disposition des aéronefs dans le hangar.
-La mise en place d’un système de commandement pour une force amphibie et aéronavale. Le groupe nécessaire au fonctionnement de ce vaste PC embarqué est estimé à 100 personnes.
-La mise en place d’un système de combat national, sans doute dérivé du CMS (Combat Management System de la famille Senit), développé par DCN.
-L’accroissement de la capacité des soutes à combustible. Se basant sur le retour d’expérience du Rafale, Paris souhaite que les capacités en carburant du porte-avions soient portées à 5 millions de litres, contre 3 millions pour le projet initial des CVF anglais. Les Français désirent en effet pouvoir réaliser 75 sorties quotidiennes au delà de 7 jours, alors que les spécifications britanniques, en cas de conflit, porte sur 108 sorties dans les premières 24 heures, 72 sorties dans les dix jours suivants et 36 au-delà de 20 jours.

DCN a achevé cet été les études de conception et remettra à la fin du mois un rapport sur une stratégie industrielle commune pour les trois navires franco-britanniques. Le gouvernement doit prendre une décision dans la foulée. Interrogé ce week-end par le journal londonien Sunday Times (*), Jean-Marie Poimboeuf a donné ce qu’on pourrait interpréter comme une indication sur la tendance actuelle : « Notre conclusion est que le design britannique est compatible avec les besoins opérationnels de la marine française. S’il est choisi, nous ferons juste quelques adaptations ». En ce qui concerne le calendrier, le président de DCN affirme que : « Le contrat de développement et de réalisation ne sera pas passé avant 2006 ou 2007 et donc, la production ne commencera pas avant 2008 ou 2009 » .
La maîtrise d’œuvre du second porte-avions français (qui pourrait s’appeler Richelieu) a été confiée en juin 2004 à MOPA2, une société commune de DCN et Thales (65% DCN, 35% Thales). 167 millions d’euros ont été allouées aux études de définition sur le budget 2005. Le coût total des études devrait s’élever à 500 millions d’euros et la construction du navire à environ 2 milliards d’euros. Son admission au service actif est prévue en 2014. De source britannique, Paris et Londres doivent officialiser leur coopération pour la construction de trois bâtiments en décembre prochain.

(*)Voir l'article du Sunday Times

Marine du XXIème siècle Royal Navy