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GE sort la première des 80 nacelles du parc éolien de Saint-Nazaire
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GE sort la première des 80 nacelles du parc éolien de Saint-Nazaire

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Alors que les Chantiers de l’Atlantique s'apprêtent à débuter la construction d’une seconde sous-station électrique destinée à un champ éolien offshore français, l’usine General Electric de Montoir-de-Bretagne a célébré hier la sortie de la première des 80 nacelles destinées au futur parc de Saint-Nazaire. La cérémonie, à laquelle se sont pressés politiques et industriels, visait à marquer la poursuite du décollage tant attendu de la filière des énergies marines en France, notamment dans l’estuaire de la Loire. Il faut dire que cet évènement aurait normalement dû se produire il y a des années déjà. Mais les projets de premiers parcs français, dont l'attribution remonte à 2012, ont cumulé les retards, englués pendant longtemps dans les méandres administratifs puis les recours juridiques. Au final, celui de Saint-Nazaire, développé par EDF et Enbridge et qui sera le premier à voir le jour dans l'Hexagone, ne sera opérationnel qu’en 2022. Et ce sera finalement le seul équipé de l’Haliade-150 de 6 MW que la branche énergies renouvelables d’Alstom, avant d’être absorbée par l’Américain GE en 2014, avait développé en misant sur les parcs français pour lancer cette première éolienne marine tricolore.

Une série qui s’arrêtera à seulement 157 machines

Le projet, initié il y a une décennie, avait pour mémoire vu le prototype de cette machine de 6 MW implanté sur le site du Carnet, dans l’estuaire de la Loire, en 2012. L’Haliade-150, dont un second exemplaire avait ensuite été installé au large des côtes belges sur le champ Belwind, avait été certifiée entre 2013 et 2015.

Sur le plan commercial, alors qu’Alstom inaugurait en 2014 une usine flambante neuve à Montoir, taillée pour produite jusqu’à 100 machines par an, la montée en puissante a été bien plus lente que prévu, du fait notamment du retard des projets français. En 2016, cinq Haliade-150 ont été produites pour le champ américain Block Island, une autre étant livrée à EDF Energies Nouvelles pour le site d'essais en mer d’Osterild, au Danemark. Montoir a également sorti en 2017 trois nacelles pour un parc pilote au large de la province chinoise du Fujian (projet Xinghua Gulf). Puis a enchainé sur son premier contrat pour une ferme commerciale, en l’occurrence le parc allemand Merkur, qui comprend 66 Haliade-150. Les machines ont été installées en 2018 en mer du Nord. Et pour finir, il y a donc le parc de Saint-Nazaire, qui sera le dernier à disposer de ces éoliennes de 6 MW. Soit en tout et pour tout seulement 157 machines produites, prototypes inclus. Bien loin des ambitions initiales. 

On rappellera que l’Haliade-150 avait également été retenue pour équiper les parcs de Fécamp (83 machines, 498 MW) et Courseulles-sur-Mer (75 machines, 450 MW). Mais d’un commun accord avec EDF en 2019, ce dernier s’est orienté vers un autre fournisseur, en l’occurrence Siemens-Gamesa. Idem pour le parc pilote d’éoliennes flottantes de Groix-Belle-Ile, qui devait recevoir quatre Haliade de 6 MW et s’est réorienté vers trois V164 de 9.55 MW produites par MHI Vestas.

Place à l’Haliade-X de 12 MW

Si General Electric a décidé de cesser la production de l’Haliade-150 de 6 MW, c’est que cette machine n’a aujourd’hui plus sa place sur le marché. Car les rapides et importants progrès technologiques réalisés ces dernières années ont permis d’augmenter sensiblement les puissances, au-delà de 10 MW, avec au passage une réduction sensible des coûts permettant à l’électricité produite par l’éolien en mer de devenir compétitive par rapport à d’autres sources d’énergie. GE a donc décidé de tourner rapidement la page de sa première turbine pour accélérer le développement d’une nouvelle éolienne, l’Haliade-X, de 12 MW. Alors que le prototype de cette turbine est sorti à l’été 2019 de l’usine de Montoir, la production en série doit commencer l’année prochaine. L’Haliade-X a déjà rencontré ses premiers succès commerciaux en étant retenue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Ørsted équipera avec la nouvelle éolienne de GE deux champs américains : Skipjack (120 MW) prévu pour une mise en service au large du Maryland en 2022 et Ocean Wind (1100 MW) qui doit être opérationnel au large du New Jersey en 2024. L’Haliade-X a aussi été choisie par Dogger Bank Wind Farms (co-entreprise détenue à 50/50 par Equinor et SSE Renewables) pour équiper un gigantesque parc au large des côtes britanniques du Yorkshire.  Là, trois projets combinés (Creyke Beck A, Creyke Beck B et Teesside A), de 1.2 GW chacun, doivent produire 3.6 GW. Ils sont prévus pour être mis en service entre 2023 et 2025.

D’ici là, GE entend bien enregistrer d’autres commandes, alors que la course technologique se poursuit avec ses concurrents, l’Haliade-X ayant déjà perdu cette année son titre de plus puissante éolienne offshore du monde.

Reprise des embauches après une période difficile

C’est dans ce contexte que, non sans une certaine dimension anachronique, la première Haliade-150 destinée à un champ français sort d’usine. Il était en effet trop compliqué techniquement de modifier le parc de Saint-Nazaire avec une nouvelle machine, ce qui aurait entrainé une remise à plat complète du projet et des délais incompatibles avec la nécessité de maintenir l’activité à Montoir en attendant l’Haliade-X. Le site, ainsi que celui de GE dédié à la R&D à Nantes, a déjà perdu faute de contrats de nombreux emplois ces dernières années. La tendance, heureusement, s’est inversée depuis 2019 et les importants investissements consentis par le groupe dans l’Haliade-X. L’usine de Montoir est ainsi passée en un an de 200 à 350 personnes, une centaine d’emplois supplémentaires devant être rapidement créés. Quant au site de Nantes, il s’est stabilisé à un peu plus de 200 salariés. Avec la nouvelle usine de production de pales d’éoliennes de GE à Cherbourg, le groupe entend générer 1400 emplois en France d’ici la fin 2021.

L'installation des éoliennes au large de Guérande prévue en 2022

Concernant le parc de Saint-Nazaire, situé sur le banc de Guérande, les travaux ont débuté en 2019. Les nacelles produites par l’usine de Montoir seront stockées l’année prochaine sur le nouveau hub logistique aménagé par le port de Nantes Saint-Nazaire près de la forme Joubert. Le site servira au pré-assemblage des éoliennes qui seront progressivement installées en mer par des navires spécialisés à partir du printemps 2022 et jusqu’à la fin de cette année-là. Auparavant, les fondations des éoliennes et les câbles sous-marins assurant leur connexion seront posés en 2021. Quant à la sous-station électrique en cours de construction aux Chantiers de l’Atlantique, elle sera installée l’été prochain.

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