Croisières et Voyages
Genting Hong Kong et MV Werften dans la tourmente

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Genting Hong Kong et MV Werften dans la tourmente

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Propriétaire notamment des chantiers allemands MV Werften et Lloyd Werft, ainsi que des compagnies de croisière Star Cruises, Dream Cruises et Crystal Cruises, le groupe Genting Hong Kong est en grande difficulté financière. Filiale du conglomérat malais Genting, l’un des leaders de l’hôtellerie et des casinos en Asie du sud-est, l’entreprise a annoncé en fin de semaine dernière qu’elle n’était plus en mesure de payer ses fournisseurs. Coté à la bourse de Hong Kong, le titre de l’entreprise a immédiatement plongé, perdant un tiers de sa valeur. Il lui faut maintenant trouver de l’argent pour sortir la tête de l’eau, sachant qu’en février, le groupe avait déjà cédé un tiers du capital de Dream Cruises pour lever des fonds. Le 19 août, il avait également annoncé un plan de restructuration de sa dette, qui s'élevait au 31 juillet à près de 3.4 milliards de dollars. 

Genting HK paye la crise engendrée par le coronavirus, qui a frappé de plein fouet ses activités principales, à l’arrêt pour l’essentiel et qui ne génèrent donc plus de cash, mais en revanche toujours des coûts opérationnels. Sans parler des clients qu’il a fallu rembourser ou dédommager, comme par exemple les 2000 passagers du paquebot World Dream placés en quarantaine à Hong Kong en février.

En Asie, six des sept navires de croisière de Star Cruises et Dream Cruises sont à l’arrêt depuis février, seul l’Explorer Dream (ex-Superstar Virgo) ayant repris son activité en juillet mais uniquement sur le marché taïwanais. Quant à Crystal Cruises, elle a annulé le reste de sa programmation 2020 pour ses deux paquebots (Crystal Symphony et Crystal Serenity) et son yacht Crystal Esprit, qui ne reprendront donc du service que l’année prochaine. Idem pour les croisières fluviales (quatre navires) de la compagnie américaine.

Cette situation catastrophique pour l’industrie du tourisme en général et la croisière en particulier rejaillit directement sur les quatre chantiers navals que le groupe possède en Allemagne. En plus du chantier Lloyd Werft de Bremerhaven, racheté en 2015 par Genting HK et qui travaille surtout dans la réparation navale (tout en ayant réalisé les quatre récents navires fluviaux de Crystal), ce sont surtout les trois sites de construction du groupe asiatique qui posent problème. Car tous ont comme activité exclusive la production de nouveaux navires pour les filiales de leur maison-mère. Situés au nord de l’Allemagne, à Wismar, Warnemünde et Stralsund, ces chantiers, qui formaient l’ancien groupe Nordic Yards, ont été repris en 2016 par Genting pour soutenir le développement de son activité dans la croisière. D’abord, le projet Global, avec deux mastodontes de plus de 200.000 GT et 2500 cabines destinés à Dream Cruises. Le premier, nommé Global Dream, en est au stade de l’achèvement à flot à Wismar, sa livraison venat d'être officiellement reportée de 2021 à 2022, comme nous le révélions en mai dernier. Alors que le projet devait initialement comprendre jusqu’à une dizaine d’unités, son premier sistership a vu sa construction débuter en septembre 2019 à Warnemünde. Mais la réalisation de ces deux premiers navires est à l'arrêt. 

Autre programme en cours chez MV Werften, celui des deux nouveaux navires de luxe de Crystal Cruises. Le premier (Crystal Endeavour) a été mis à l’eau en décembre dernier à Stralsund, où il est en achèvement à flot. Mais sa construction est difficile et a pris du retard, en plus de celui lié au Covid-19. Sa livraison, prévue pour cet été, a été renvoyée à l’année prochaine. Son jumeau, s’il est achevé, glissera lui-aussi inévitablement. MV Werften devait par ailleurs lancer prochainement la réalisation du premier d’une série de deux nouveaux paquebots de luxe (classe Diamond), toujours destinés à Crystal Cruises.

En mars/avril, lorsque l’épidémie était à son paroxysme en Europe, la plupart des grands chantiers navals avaient fermé, comme Saint-Nazaire et les sites italiens de Fincantieri, ou tourné au ralenti comme Meyer Werft en Allemagne et Turku en Finlande. Ceux qui avaient cessé leur activité lors des périodes de confinement avaient repris progressivement à partir de mars. Sauf MV Werften, stoppé depuis maintenant plus de cinq mois.

Une reprise était espérée cet été mais le constructeur allemand, contrairement à ses concurrents qui travaillent pour des compagnies externes, doit composer avec les problèmes financiers de sa maison-mère. Qui n’a plus les moyens de payer… Tout reste donc à l’arrêt et MV Werften, déjà fragilisé par les difficultés rencontrées avec ses premiers projets dans le secteur de la croisière, se retrouve par ricochet menacé. Le groupe a demandé de l’aide aux collectivités locales et au gouvernement fédéral, misant peut être sur le fait que ses trois chantiers sont installés sur le fief électoral d’Angela Merkel, le Mecklenburg Vorpommern, région où la chancelière allemande a débuté sa carrière politique. Mais les pouvoirs publics allemands ont conditionné leur aide éventuelle au résultat de quatre audits actuellement en cours et qui portent notamment sur la situation financière de MV Werften et de Genting, les projets de navires en construction et prévus, ainsi évidemment que le marché de la croisière après la pandémie.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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