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Géolocalisation : Galileo est opérationnel

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« C’est un jour historique, qui concrétise le déploiement de ce programme européen majeur initié en 1999 », a déclaré hier soir Alain Vidalies, secrétaire d’Etat français aux Transports. Paris, comme les autres capitales européennes, salue la mise en service du système de positionnement par satellite Galileo, dont la mise en service a été officiellement prononcée jeudi 15 décembre.  

Le 17 novembre dernier, une fusée Ariane 5 a mis en orbite quatre satellites, permettant d’en aligner pour le moment 18 et, ainsi, de pouvoir lancer le système auprès des usagers. La constellation finale, qui doit comprendre 30 satellites, devrait être opérationnelle en 2020. Galileo offrira alors une couverture complète de la Terre et sera totalement indépendant des autres systèmes de géolocalisation, avec lesquels il complète pour le moment son service dans les zones non couvertes.

 

 

(© ESA)

 

Lancé après l’Américain GPS, le Russe Glonass ou le Chinois Beidou, Galileo arrive certes plus tardivement mais constitue une réelle avancée. Le système européen, qui intègre les dernières avancées technologiques, offre une qualité supérieure en termes de précision (de l’ordre du mètre) et, parmi les nouveautés, comprend la datation du signal qu'il est le seul à offrir. Avec le paiement d'un supplément (le système sera gratuit par ailleurs), il sera même possible d'avoir une précision de l'ordre de quelques centimètres. Un service que l'on imagine déjà très utile pour l'ensemble des objets connectés et des véhicules autonomes. Galileo permettra également de visualiser, n'importe où, un appel de détresse, ce qui facilitera les opérations de recherche et de sauvetage.

En se dotant de son propre système de navigation, l’Europe acquière une autonomie stratégique cruciale et entend bien s’en servir pour favoriser l’émergence d’applications innovantes dans de nombreux secteurs.

 

En complément, l’article de Florence Autret paru dans Le Télégramme :

 

Le « GPS européen » est entré en service
 

Il est loin le temps où Paul Wolfowitz écrivait aux ministres de la Défense européens pour les dissuader de créer un « GPS à eux ». C'était en décembre 2001, trois mois après les attentats suicides contre le World Trade Center, au moment où George W. Bush se lançait dans la « deuxième guerre du Golfe ». En gage de bonne volonté, le vice-secrétaire d'État à la défense américain annonçait qu'à l'avenir les services civils et militaires du système de positionnement par satellite géré par le Pentagone allaient être clairement séparés et que Washington s'interdirait d'utiliser l'interruption de signal comme une arme stratégique.

Entre Européens, les débats furent interminables. Était-ce bien raisonnable de se fâcher avec l'allié américain ? Pourquoi développer une infrastructure qui allait coûter plus de dix milliards d'euros alors qu'on avait le GPS gratuitement ? Fallait-il ou non prévoir une version militaire ? L'obstination de quelques-uns, comme l'ancien commissaire européen Jacques Barrot, aura finalement eu raison de ces réserves, au moment où les Russes, les Chinois et les Indiens préparaient leur propre programme.

Bonne nouvelle pour les pilotes

Plus de dix-sept ans après que l'idée a été formulée, Galileo, le GPS européen, émet donc ses premiers signaux. Les « services de base », gratuits, s'appuient sur une constellation de seulement 14 satellites sur les 24 indispensables pour assurer une couverture complète de la planète. En attendant la fin du déploiement, en 2020, l'actuelle constellation privilégie le continent européen et offre un service très supérieur au GPS, notamment en ville ou sous les hautes latitudes. Une bonne nouvelle pour les pilotes des vols transatlantiques qui pâtissent des faiblesses du GPS quand ils évoluent au-dessus de la Scandinavie ou du Groenland.

Les applications sont innombrables : virements bancaires, guidage et freinage des trains, navigation automobile, aérienne et bien sûr en mer, téléphones portables, services de secours en montagne, assistance à distance aux personnes âgées, guidage des appareils agricoles.

Les voitures équipées dès 2018

Selon Galileo Applications, une association qui regroupe des entreprises qui misent sur le marché des utilisateurs du signal, seuls les smartphones Aquaris X5, de l'espagnol BQ, sont déjà « compatibles Galileo ». Son concurrent, Qualcomm, a annoncé qu'il allait suivre. La Commission a également annoncé que toutes les voitures vendues en Europe seront équipées à partir de 2018.

Galileo va-t-il détrôner le GPS ? Pas forcément et, quoi qu'il en soit, pas tout de suite. Les récepteurs cryptés, par exemple, destinés aux militaires ou aux policiers ne sont pas encore équipés. Par ailleurs, les récepteurs seront conçus pour recevoir les deux types de signaux, voire ceux du système russe Glonass ou chinois BeiDou.

Immense marché des applications

Rapportera-t-il de l'argent ? Pas directement, pas plus d'ailleurs que le GPS, fourni gratuitement. Les « services commerciaux », autrement dit payants car fournissant des signaux plus précis, par exemple pour la cartographie, ne seront disponibles que dans les prochaines années. En revanche, les coûts opérationnels tourneront autour de 200 millions d'euros qui devraient être largement compensés par l'immense marché des applications et l'avantage de disposer d'une infrastructure stratégique propre.


 

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