Marine Marchande
 Gérard Couturier propose de céder la SNCM à la Corse pour l'euro symbolique

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Gérard Couturier propose de céder la SNCM à la Corse pour l'euro symbolique

Marine Marchande

L'effet « coup de théâtre » est garanti. Alors que le cahier des charges sur la future desserte de la Corse est en plein débat, Gérard Couturier, président du Conseil de surveillance de la SNCM, jette un gros pavé dans la mare. Dans une lettre adressée à Paul-Marie Giaccobi, président de l'exécutif corse, il propose de vendre les parts de Veolia Transport dans la SNCM (soit 66%) pour un euro symbolique à la collectivité territoriale de Corse.
Derrière cette proposition inattendue, la réticence exprimée par plusieurs élus corses face à l'entrée (en 2005) puis la montée de Veolia Transport dans le capital de la compagnie, auparavant entièrement publique. Des inquiétudes désormais ravivées par l'annonce du groupe Veolia de sa décision de se séparer, d'ici 2015, de sa branche Transport.

« Une suspicion de prédation »

« A plusieurs reprises, vous vous êtes légitimement interrogés sur les conditions de privatisation de la SNCM qui exerce son activité principalement sur les liaisons de continuité territoriale entre la Corse et le continent, dans le cadre d'une délégation de service public », écrit Gérard Couturier. « Il semblerait qu'une « suspicion de prédation » s'élève contre Veolia Environnement qui aurait acquis, dans cette opération et à "très bas prix", un actif rentable et de grande valeur. Vous savez qu'il n'en est rien et qu'au contraire, pour faire face à une situation qui demeure fragile et difficile, la SNCM a besoin et bénéficie, jusqu'à ce jour du soutien de son actionnaire principal, Veolia Transdev ». Une référence directe à la très violente réaction de Paul-Marie Giaccobi en 2005 quand Veolia, alliée au fond d'investissement Butler, était devenu actionnaire majoritaire de la SNCM en injectant 35 millions d'euros dans la compagnie, alors que les actifs de la compagnie étaient estimés à 280 millions d'euros. La « suspicion de prédation » fait référence à la demande répétée de l'élu corse d'ouverture d'une enquête parlementaire sur les conditions de privatisation de la SNCM.

Vers un armement régional ?

Le contexte est trouble. Le 20 février dernier, Paul Giaccobi a dessiné l'ébauche de ce que pourrait être les futures conditions de la délégation de service public de la Corse, dont la collectivité est attributaire. Et ces premières ébauches sont loin d'être favorables à la SNCM : pas d'extension de la DSP à Toulon, alors que la SNCM vient difficilement de s'y installer, suppression du service complémentaire (raison majeure de l'annulation de la DSP actuelle par la justice administrative) et enfin, création, via une société d'économie mixte, d'un armement régional.
Face à ces prises de positions, Gérard Couturier allume donc un contre-feu : « je comprends que vous menez actuellement une réflexion sur la création d'une compagnie à capital contrôlé par votre collectivité », poursuit-il dans son courrier. « A la fois pour faire taire cette suspicion infondée et, pour, éventuellement aider à la création de cette compagnie régionale que vous envisagez, je me permets de vous indiquer que je vais suggérer à monsieur le président de Veolia Transdev, actionnaire à 66% de la SNCM, aux côtés de l'Etat et des salariés, de prendre l'initiative de vous proposer d'acquérir cette participation majoritaire pour un euro symbolique, hors concours de trésorerie mis à disposition de la SNCM par l'actionnaire principal ».

Vives réactions en Corse

Manoeuvre ? Coup de bluff ? Exaspération ? Gérard Couturier renvoit directement la balle dans le camp des élus corses. En leur faisant donc porter la responsabilité des conséquences des propositions de Paul Giaccobi. Les réactions ont été à la hauteur de l'effet de surprise sans doute voulu par les dirigeants de la SNCM. A commencer par celle de Paul-Marie Bartoli, patron de l'office des transports de Corse, qui qualifie cette proposition de « grotesque, indécente et dérisoire ». Mais elle pèsera sans doute sur l'élaboration du futur cahier des charges de la DSP.

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